Crise politique en Algérie : inquiétude et mutisme au Maroc et en Tunisie

Crise politique en Algérie : inquiétude et mutisme au Maroc et en Tunisie
Source : France24 International
14/03/2019 11:00

Mutiques depuis le début des manifestations en Algérie contre le président Abdelaziz Bouteflika, le Maroc et la Tunisie observent avec circonspection, mais non sans inquiétude, la situation chez leur voisin.

Alors que la mobilisation se poursuit en Algérie contre le président Abdelaziz Bouteflikaqui a décidé de ne pas briguer un cinquième mandat et de reporter la présidentielle prévue le 18 avril, les développements de la crise sont suivis de très près par la Tunisie et le Maroc voisins. Même si les autorités s’abstiennent de les commenter.

Quelques jours à peine après le début des manifestations en Algérie, le chef de l’État tunisien Béji Caïd Essebsiavait déclaré, le 25 février à Genève, que le peuple algérien était "libre de s'exprimer comme il l'entend sur sa gouvernance". "Chaque pays a ses propres règles, et je n'ai pas le droit de donner des leçons à qui que ce soit", avait-il cependant ajouté.

Une position diamétralement opposée à celle du président égyptienAbdel Fattah al-Sissi, seul dirigeant maghrébin à avoir mis en garde, le 10 mars, contre les risques que posent, selon lui, les manifestations dans des États de la région, en référence à l'Algérie et au Soudan. "Tout cela a un prix", avait-il prévenu, ajoutant que "le peuple, les jeunes enfants et les générations futures vont payer ce prix-là, celui de l'absence de stabilité".

 

Élan de sympathie et franche inquiétude en Tunisie

La réserve tunisienne, toujours de mise après le renoncement du président algérien Abdelaziz Bouteflika, relève d’une constante de la diplomatie tunisienne. "Les autorités sont très prudentes avec le cas algérien, même si traditionnellement, depuis l’indépendance de 1958, Tunis n’intervient pas dans les affaires des pays voisins", explique Marilyne Dumas, correspondante de France 24 à Tunis.

L’Algérie et la Tunisie partagent une frontière de plus de 1 000 kilomètres et entretiennent des relations stratégiques, notamment sur le plan économique et sécuritaire. Une coopération en matière de lutte antiterroriste capitale aux yeux de Tunis, alors que le pays est toujours en état d’urgence depuis 2015. "Les Tunisiens redoutent la susceptibilité du pouvoir algérien, nombre d’entre eux se souviennent encore de la coupure d’électricité, fournie à l'époque par Alger, imposée par le président algérien Houari Boumédiène après un différend avec son homologue Habib Bourguiba dans les années 1960", souligne Marilyne Dumas.

Ce qui n’empêche pas les Tunisiens d’observer avec sympathie la mobilisation algérienne, en mémoire de leurs propres mouvements de contestation de 2011, qui ont débouché sur la chute de l’ex-président Zine el-Abidine Ben Ali. Le 9 mars, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont organisé une manifestation de solidarité, qui a rassemblé plusieurs dizaines d'Algériens et de Tunisiens venus exprimer leur soutien aux manifestants en Algérie, alors mobilisés contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika.

Cependant, la situation en Algérie inquiète une partie des Tunisiens, marqués par l’instabilité qui sévit toujours en Libye, son unique autre voisin frontalier, depuis la chute du régime du colonel Khadafi en 2011, avec de graves conséquences sécuritaires et économiques sur le pays.

"Affectée par le chaos régnant en Libye, la Tunisie ne veut pas voir son partenaire régional plonger dans l’inconnu, rapporte Noureddine Mbarki, correspondant de l’antenne arabe de France 24 à Tunis. Les autorités ainsi que la population tiennent particulièrement à la stabilité de l’Algérie. Pour elles, toute atteinte à celle-ci aurait des répercussions sur leur pays et sur l’ensemble de la région."

Et de poursuivre : "Plusieurs partis politiques nous ont confié leur soulagement après les annonces du pouvoir algérien, car elles vont, selon eux, dans le sens de la stabilité et tendent vers une sortie de crise."...




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