Faut-il des quotas pour limiter la présence d'hommes dans la science ?

Faut-il des quotas pour limiter la présence d'hommes dans la science ?
Source : Sciencesetavenir.fr
14/03/2019 11:05

Le programme For Women in science de l’Oréal-Unesco a organisé un débat avec le New York Times sur le thème du genre et la science. Deux équipes de scientifiques se sont affrontées autour de la question : faut-il des quotas d'hommes dans la recherche ? 

Dans le cadre de l'édition 2019 de la Semaine internationale L'Oréal-UNESCO, consacrée au programme Women in Science, une assemblée nombreuse et internationale s'est rassemblée à Paris pour assister à un débat surprenant "pour ou contre des quotas d'hommes dans la recherche scientifique?", organisé avec en collaboration avec le New York Times. Deux équipes de scientifiques ont affuté leurs arguments, avant d'être jugées à l'applaudimètre par la salle. 

Avant de lancer la question provocatrice, Londa Schiebinger, professeure d'histoire des sciences et directrice du département Innovations genrées à l'Université de Stanford (Etats-Unis), a replacé le débat dans son contexte : la recherche scientifique actuelle est axée sur l'homme. "Historiquement, le corps masculin blanc a été pris pour norme, que ce soit en médecine ou dans le design des voitures", assure-t-elle. Et même les recherches sur l'animal sont le plus souvent menées sur des souris mâles! Pourtant "il est important d'utiliser des hommes et des femmes dans des expériences scientifiques". En effet, des études ont montré "qu'hommes et femmes peuvent présenter des symptômes différents pour une même maladie". Ainsi que des réponses aux traitements et des effets secondaires différents selon le sexe. Même le don d'organes a de meilleurs résultats si on accorde les sexes du donneur/ de la donneuse et du receveur/ de la receveuse! 

La science est organisée autour du modèle masculin 

Cara Tannenbaum, directrice scientifique de l'Institut de la santé des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada, ne dit pas autre chose. « 70% des images médicales représentent des hommes ». Pourtant la chercheuse l'assure « les femmes ne sont pas des « petits » hommes ! ». Elle rappelle que les femmes sont porteuses d’une 23epaire de chromosomes XX alors que les hommes sont porteurs de XY. « Le Y porte 426 gènes, le X plus d’un millier. Chaque cellule de notre corps porte cette signature, aussi il est important que la science médicale ne soit plus organisée autour du seul modèle masculin ». 

Dans le domaine de la recherche en intelligence artificielle (IA) le questionnement est tout aussi actuel. «1/5ede la force de travail seulement est composée de femmes qui occupent seulement 13% des postes de dirigeants, expose Rachel Adams, chercheuse en intelligence artificielle à l’Institute for Advanced Legal Studies, à l'Université de Londres (Royaume-Uni). Ce déséquilibre n’est pas sans induire de biais dans la conception même des programmes. «Les systèmes sont basés sur les valeurs de l’équipe qui les ont conçus » rappelle-t-elle. Par exemple, « il a été montré qu’un programme d’analyse pour le recrutement filtre les CV en écartant ceux comportant le mot fille ou femme ». Ou encore, les assistants personnels, programmés par des équipes essentiellement masculines ont des réponses genrées : « Il existe de nombreuses réponses programmées par l'IA qui n'ont pas été conçues pour répondre aux questions et aux besoins des femmes. Par exemple, si vous interrogez un assistant personnel sur les médicaments pour le traitement des troubles sexuels, vous aurez beaucoup d’informations, mais pas si une femme a besoin d’aide après avoir été violée." 

Pour faire évoluer les choses, il faut rééquilibrer les équipes de recherche. Pour ce faire,  «faut-il instaurer des quotas pour limiter la présence des hommes dans la science ?» Le débat est lancé. 

 

Pour ou contre des quotas d'hommes en science ? 

L’équipe « Pour » les quotas monte sur scène et avance ses arguments. « Le problème n’est pas de faire entrer les femmes en science mais de les garder », avance Francisca de Vries, professeure en sciences de la Terre à l'université d'Amsterdam (Pays-Bas). Ce qui n’est pas chose aisée car les femmes scientifiques sont « moins citées, moins invitées à des conférences, ont moins d’étudiants ». Pourquoi ? « Quand un professeur (homme) prend sa retraite, il remplace son poste par un collègue masculin le plus souvent alors qu'il faudrait nommer des femmes à ces postes ». Le seul homme du débat, Stephen Frost, fondateur et président de l'organisation Frost included, expert de l'inclusion, ajoute « le groupe dominant (les hommes) se perpétueNous avons un besoin urgent de quotas d'hommes et de recentrer le débat. Ensuite, nous avons besoin d'adaptation et d'améliorer la méritocratie. Si nous ne faisons rien, le préjugé perdurera". Car les préjugés sont nombreux : "Il y a des biais conscients et inconscients qu'il faut corriger, souligne Marina Kvaskoff, épidémiologiste, chercheuse à l'inserm. Elle évoque une étude de l’Université de Yale qui a démontré qu’un même CV s'est vu proposer un poste d’encadrement plus élevé si le prénom était « John » plutôt que « Jennifer ». La chercheuse rappelle : "Les femmes  représentant 50% de la population, elles devraient représenter la moitié de la communauté scientifique. Il est temps de changer la photo de famille."...




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