La " Jérusalem noire " livre ses secrets architecturaux

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Source : Sciencesetavenir.fr
15/03/2019 09:06

L'Ethiopie demande l'aide de la France pour conserver Lalibela, célèbre pour ses églises médiévales taillées à même le roc. Sa modélisation en 3D révèle l’histoire de la construction du site, comme expliqué dans cet article extrait de Sciences et Avenir 845 (juillet 2017).

Alors qu'Emmanuel Macron est en Ethiopie, Addis-Abeba a demandé à la France de lui apporter son soutien pour sauvegarder un symbole de l'Histoire millénaire de l'Éthiopie : les églises rupestres de Lalibela. A cette occasion, nous vous proposons de relire l'article que notre journaliste Bernadette Arnaud avait consacré à la "Jérusalem noire", c'était dans Sciences et Avenir 845, de juillet 2017.

Bete Danaghel, Beta Golgota- Selassie, Bete Medhane Alem, Bete Gebriel-Rufael (Saints-Gabriel-et-Raphaël)… ou encore la cruciforme Bete Giyorgis (Saint-Georges), la plus fameuse. Depuis près de 800 ans, des milliers de pèlerins se rendent chaque année dans les églises troglodytes de Lalibela, taillées dans le basalte à 500 km au nord d'Addis Abeba, la capitale de l'Éthiopie. Là, sur les hauts plateaux, 2600 mètres d'altitude, enveloppés dans leur gabi blanc, ils viennent prier dans la " Jérusalem noire ", ce site majeur de l'Église orthodoxe éthiopienne, l'une des plus vieilles confessions chrétiennes du monde (IVe siècle) (lire l'encadré ci-contre). Ce site exceptionnel d'une vingtaine d'hectares, classé au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1978, fait l'objet d'une étude sans précédent menée par une équipe française qui tente d'en retracer l'histoire.

" Nous ne disposions d'aucune donnée sur la construction de ces édifices religieux monolithes ", explique Marie-Laure Dérat, directrice de recherche au CNRS (UMR 8171), à la tête du projet " Lalibela, archéologie d'un site rupestre ", codirigé par Claire Bosc-Tiéssé (CNRS) et soutenu par le ministère des Affaires étrangères, le CNRS, l'Inrap et l'Unesco. Objectif : révéler les différentes étapes de construction des 11 églises qui s'enfoncent à 12 mètres de profondeur et dont la tradition fait remonter l'origine au roi Gebre Mesqel Lalibela, un souverain du XIIIe siècle. En pleine expansion de l'islam, celui-ci aurait en effet souhaité que les chrétiens éthiopiens puissent se recueillir dans une portion de Terre sainte symbolique, Jérusalem leur étant difficile d'accès depuis sa reconquête par les musulmans en 1187. " La chronologie précise était très délicate à établir, faute de vestiges archéologiques ", poursuit Marie-Laure Dérat. Les chercheurs ont donc fait appel au laboratoire Archéovision de Bordeaux, la plate-forme technologique du CNRS spécialisée dans la modélisation de projets archéologiques.

Différentes périodes de creusement

L'utilisation de la 3D a ainsi permis de restituer le site dans ses différentes étapes de creusement, de proposer sa reconstitution numérique et, partant, de faciliter l'élaboration d'hypothèses sur sa construction. Une première phase d'habitations troglodytiques a ainsi pu être mise en évidence par les chercheurs, qui la situent vers le Xe-XIe siècle. Des carriers auraient alors entrepris de creuser la roche volcanique en partant de son sommet et en l'évidant au fur et à mesure de la descente. Ils auraient ainsi percé des galeries. L'examen des sépultures d'un cimetière contemporain de ces tout premiers aménagements a aidé les chercheurs à comprendre qu'ils ont été l'oeuvre d'une société pratiquant des rites non chrétiens, sans que l'on sache à qui servaient ces aménagements. " C'est seulement à partir du XIIe siècle que le site de Lalibela a été transformé en complexe religieux tel que nous le connaissons actuellement ", ajoute Marie-Laure Dérat. Les bâtisseurs ont alors pénétré plus profondément dans le sol pour forer, de l'intérieur, les vastes salles à colonnes réservées à l'accueil des pèlerins. Les galeries et piliers existants ont alors été englobés dans les églises.

Pour appréhender plus finement ces phases de constructions, les spécialistes ont également étudié l'évolution de la liturgie observée par le clergé de l'époque. " Les Éthiopiens se sont en effet inspirés du programme architectural des églises d'Égypte pour construire les leurs ", poursuit l'archéologue. À l'arrivée de l'islam sur les rives du Nil, à la fin du VIIe siècle, les chrétiens coptes s'étaient en effet retrouvés dans l'impossibilité de construire de nouvelles églises. Ils ont alors multiplié les sanctuaires à l'intérieur de celles qui existaient déjà...




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