Les jeunes Marocains sont-ils intrinsèquement "fonctionnairophiles"?

Les jeunes Marocains sont-ils intrinsèquement
Source : huffpostmaghreb.com
18/03/2019 11:01

"Ils s’aperçoivent facilement qu’être fonctionnaire est plus rentable que devenir salarié d’une entreprise."

Au moment où des jeunes enseignants contractuels continuent leur grève afin de protester contre l’introduction de la contractualisation dans l’éducation nationale et la remise en cause de la sécurité d’emploi à vie, ces jeunes sont présentés comme étant des inconditionnels de la fonction publique. Et ils ne sont pas les seuls qui sont qualifiés comme tel, puisque si l’on en juge par la dernière enquête nationale socioéducative disponible (2016), 60% des bacheliers n’ont d’yeux que pour la fonction publique. Alors, s’agit-il d’une culture de fonctionnariat qui a été normalisée au fil du temps dans le pays ou la vérité est-elle ailleurs?

Un manque de préparation aux exigences du secteur privé

Il est un secret de polichinelle de dire qu’une bonne partie des jeunes Marocains ne sont pas habilités à relever les exigences du salariat dans le privé et encore moins celles de l’entrepreneuriat. L’inadéquation entre la formation et l’emploi est malheureusement un frein majeur à la qualification et l’insertion professionnelle de nos jeunes. En effet, la majorité de nos étudiants choisissent souvent des filières qui ne correspondent pas aux besoins des employeurs sur le marché de travail, soit parce qu’ils n’ont pas les atouts et/ou les moyens financiers nécessaires, soit parce que l’offre pédagogique n’existe pas. Certes, ces dernières années, les établissements scolaires commencent à réajuster leurs formations, néanmoins le contenu, la qualité et l’encadrement ne sont pas toujours à la hauteur des attentes des employeurs. Par suite, tous ces jeunes ayant un diplôme, presque par défaut, n’ont d’autre espoir que d’intégrer la fonction publique, à la fois parce que ses exigences sont moins rédhibitoires que dans le secteur privé, et parce que l’architecture d’enseignement public a été conçue depuis l’indépendance en priorité pour occuper les administrations. Ceci dit, tous nos jeunes ne choisissent pas la fonction publique par défaut, mais surtout parce qu’elle présente des avantages avérés par rapport au secteur privé.

Un fonctionnariat rendu plus rentable que le salariat privé

Les jeunes comme tout être humain, et c’est légitime, font des choix en effectuant des arbitrages personnels entre les coûts et les bénéfices associés aux options s’offrant à eux. Et cet arbitrage est influencé par les règles encadrant l’emploi aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. La première de ces règles est la rémunération. Et contrairement aux idées reçues, au Maroc le salaire moyen (en 2018) dans la fonction publique s’élève à 7.549 dirhams contre 5.120 dirhams dans le privé. Le même écart touche le salaire minimum qui est de 3.000 dirhams dans la fonction publique contre seulement 2.570 dirhams dans le privé. Autrement dit, avec la fonction publique, les jeunes auront la chance d’être mieux rémunérés. Ainsi, l’on se retrouve avec un salaire moyen dans l’administration dépassant largement celui du privé (1,52 fois) alors que l’écart public/privé est de 1,3 fois dans la région Mena (Moyen-Orient-Afrique du Nord)....




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