Déguisée en homme, Nadia Ghulam a défié les talibans pendant dix ans

Déguisée en homme, Nadia Ghulam a défié les talibans pendant dix ans
Source : closermag.fr
21/03/2019 10:00

Défigurée et déportée, Nadia a décidé de troquer le voile contre un turban à l'âge de 11 ans pour assurer la survie de sa famille. Et, pendant dix ans, elle a usurpé l'identité de son défunt frère. Au péril de sa vie.

Son odyssée personnelle a quelque de chose de vertigineux. On songe à la chaîne de drames, de souffrances et de forces de vie qui l'ont conduite jusque dans ce café parisien. Nadia, une Afghane de 33 ans, nous raconte comment, pendant des années, dans son pays meurtri par la guerre, elle a dû se faire passer pour un garçon. La seule façon de subvenir aux besoins de sa famille sous le régime des talibans, quand les femmes ne pouvaient pas sortir de chez elles, et encore moins travailler. Un destin hors norme qu'elle retrace dans un livre passionnant (Cachée sous mon turban, Nadia Ghulam avec Agnès Rotger, éd. L'Archipel) qui vient d'être traduit en français.

"Raconter mon histoire, c'est la vivre à nouveau. Dans mon corps et dans ma tête, c'est toujours douloureux. Mais j'ai le sentiment de devoir le faire. On me dit que je suis courageuse, mais mon histoire n'est rien comparée à celle des femmes de ma famille, nous confie la jeune femme avec une humilité désarmante. A celles de toutes les Afghanes restées là-bas. Ce sont elles, les courageuses ! Je ne voulais pas qu'elles demeurent invisibles. Je suis un peu leur voix."

"Le début de ma descente aux enfers"

L'histoire de Nadia, aujourd'hui installée en Espagne, commence par une bombe qui fait voler en éclats sa maison, son enfance et son visage. La fillette a 8 ans. Rescapée, elle se réveille après six mois de coma. Défigurée. "Le début de ma descente aux enfers." Un corps devenu un "ennemi", des hôpitaux qui ne la prennent pas en charge, le chaos de la guerre qui conduit sa famille dans un camp de réfugiés. Désormais, la notion de foyer et de sécurité a disparu : "Si vous voulez faire peur à un Afghan, parlez-lui de voyage. Nous autres, nous n'aspirons qu'à une chose : pouvoir rester chez nous, sans craindre les bombardements et la destruction."

Dans le camp de Jalalabad, Nadia et ses parents se voient attribuer une tente. Il leur faut survivre dans ce douloureux dénuement. La seule lueur d'espoir est l'hôpital de la ville, tenu par une ONG allemande. Les plaies et les blessures de la fillette, qui s'envenimaient, sont enfin soignées. Nadia y subit huit des quatorze interventions qui permettront de la sauver. Mais, au bout d'un an dans le camp, la famille rentre à Kaboul. Les moudjahidines, qui occupaient la capitale, sont partis, chassés par des hommes enturbannés qui semblent avoir apporté la paix. Un instant, l'espoir renaît. La douche froide sera terrible. Les talibans n'ont amené avec eux que la terreur. Les hommes doivent porter la barbe, et les femmes, la burqa. Elles doivent rester recluses dans leur maison. "Tout était interdit : la musique, la danse, même les cerfs-volants !" Une sombre réalité à laquelle s'ajoute une terrible nouvelle : son frère, Zelmaï, le fils unique de la famille, meurt dans le chaos de la guerre. Son père ne s'en remettra pas. Sa tristesse l'envoie aux confins de la folie. Comment survivre dès lors ?...




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