Rééducation par les sons de basse fréquence : révolution ou faux espoir ?

Rééducation par les sons de basse fréquence : révolution ou faux espoir ?
Source : Sciencesetavenir.fr
25/03/2019 15:07

La centre de rééducation Allyane annonce 92% de succès avec une nouvelle méthode de rééducation basée sur l'écoute de sons de basse fréquence. Pourtant, ce nouveau procédé ne repose pour l'instant sur aucune preuve scientifique.

Peut-on réapprendre à bouger correctement ses membres après un AVC… en quelques jours ? Oui d'après le centre Allyane, situé à Lyon, qui commercialise un nouveau procédé étonnant utilisant les sons de basse fréquence pour aider à la reprogrammation du mouvement au niveau du cerveau. Une technique dont les résultats semblent spectaculaires, mais à considérer pour l'instant avec prudence, en raison du manque de preuves scientifiques en sa faveur.

Quand le cerveau se remanie pour éviter la douleur

"Parfois, la fonction d'un membre est altérée sans qu'il y ait de cause organique", c'est-à-dire même sans lésion du système nerveux, explique le Dr Christophe Duret, spécialiste en médecine physique et de réadaptation à la Clinique des Trois Soleils (Île-de-France ; le docteur Duret n'a pas de lien avec le centre Allyane). La cause se trouve dans le cerveau. Les connexions neuronales programmant le mouvement peuvent en effet être modifiées en réaction à une douleur chronique, après une intervention chirurgicale, ou directement lésées par un AVC. Et cela induit des remaniements du fonctionnement et des architectures neuronales.

 

Résultat, un bras qui ne se lève plus au-delà d'un certain angle, ou encore un boitillement persistant. Hélas, même si le cerveau peut se remanier grâce à la "plasticité cérébrale", la cicatrisation de la lésion d'origine ne permet pas de réversibilité. "Le cerveau a été 'déprogrammé', et a généré des schémas de mouvement pathologiques qui forment un nouveau fonctionnement cérébral stable, même s'il est susceptible d'intégrer quelques améliorations", commente le Dr Duret.

Tromper le cerveau pour le reprogrammer

La solution consiste à reprogrammer le cerveau sur un schéma fonctionnel sain : on appelle cela la rééducation fonctionnelle neurologique. "Le principe, c'est d'accompagner le remodelage cérébral avec un réapprentissage moteur", c’est-à-dire que le patient doit répéter souvent le mouvement à réapprendre, réaliser des mouvements difficiles, et recevoir des retours positifs sur sa performance, mois après mois… Parfois pendant des années. Pour cela, les ergothérapeutes utilisent notamment la robotique, où des prothèses aidant plus ou moins le mouvement sont couplées à une interface ludique, ainsi que la thérapie miroir.

"La thérapie miroir se base sur les neurones miroir : quand le cerveau visualise un mouvement, ça active les mêmes neurones que lors de la réalisation du mouvement", explique le Dr Duret. Son centre s'est d'ailleurs récemment équipé d'une machine permettant de filmer le membre sain puis de retourner l'image afin de faire croire au cerveau que le membre malade était capable de bouger normalement à nouveau. "Coupler intention et visualisation permet d'envoyer un signal positif au cerveau, c'est une thérapie plus que prometteuse". En gros, il s'agit de faire croire au cerveau que le mouvement est possible pour qu'il se réorganise en conséquence.

Allyane : une méthode qui revendique 92% de succès

Chez Allyane, on ne se base pas sur la visualisation du mouvement à réaliser, mais sur son ressenti. C'est ce qu'on appelle la "proprioception", cette capacité à sentir la position et le mouvement de ses propres membres même sans les voir. "L'idée est de guider le patient pour qu'il se concentre sur la sensation que produirait son membre atteint s'il était sain", explique le président du centre, Gilles Chaufferin. Pour cela, le patient se base soit sur ses sensations dans son membre sain, transposées à l'autre, soit sur les quelques sensations de mouvement fluide ressenties avec son membre atteint jusqu'à un certain point, qu'il extrapolera à l'ensemble du mouvement. Cette technique de visualisation du mouvement, appelée "imagerie motrice", "ne date pas d'hier", commente le Dr Duret.

Là où la méthode Allyane diffère, c'est en intégrant à l'imagerie motrice le dispositif Alphabox : des séquences précises et brevetées de sons de basse fréquence entrecoupés de silences qui, diffusées aux patients au travers d'un casque, les plongeraient "en mode alpha". Cet état de relaxation, entre éveil et sommeil léger, "hyperactive le contrôle physiologique moteur, et permet de mieux ressentir son corps", affirme Gilles Chaufferin. Une affirmation "purement empirique" et qui n'est pour l'instant étayée par aucune étude, admet-il volontiers.

Après avoir imaginé en détails le mouvement de son membre atteint comme s'il était sain, le patient s'allonge avec le casque sur les oreilles et imagine qu'il supprime son membre atteint. Puis les sons changent, et il reporte mentalement les sensations de mouvement sain sur son membre atteint. D'après Gilles Chaufferin et les témoignages de patients sur le site d'Allyane, les résultats seraient spectaculaires : en à peine 2 à 4 séances d'1 à 2 heures, les vidéos du site montrent des patients qui marchent et lèvent les bras presque sans difficulté. "92% des patients perçoivent l'efficacité de notre méthode", rapporte fièrement Gilles Chaufferin, avec des résultats "qui durent dans le temps". En l'absence de remboursement, ces séances à 90 à 100 euros de l'heure restent cependant à la charge du patient. Mais pour Gilles Chaufferin, cela reste "une prise en charge peu coûteuse par rapport au temps passé et aux résultats obtenus"...




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