Ophtalmologistes et opticiens : Quand la loi brouille les pistes et sème la discorde !

Ophtalmologistes et opticiens : Quand la loi brouille les pistes et sème la discorde !
Source : LesInfos.ma
26/03/2019 14:05

Les ophtalmologistes montent au créneau pour dénoncer avec vigueur le projet de loi 45-13 autorisant, entre autres, les opticiens à vendre des lunettes sans prescriptions médicales. Une brèche béante ouvrant la voie à l'exercice illégal de la médecine. Un programme de grèves échelonnées est prévu par les ophtalmologistes afin d'asseoir leurs revendications.

Le torchon brûle entre les ophtalmologistes et les opticiens du royaume ! Et à défaut d'éteindre la flamme, la loi réglementant l'exercice de ces secteurs souffle sur les braises et démarre l'incendie !

Conduite par le Syndicat National des Ophtalmologistes Libéraux du Maroc (SNOLM), une réunion s'est tenue dimanche 24 mars à Mohammedia, regroupant l'ensemble des représentants des différents secteurs de l'Ophtalmologie et de la médecine marocaine (SMO, SMG, SMOP, CROM de la région de Casablanca, le CNOM, le collège national Syndical des Médecins du Secteur privé, le Syndicat indépendant des Médecins du Secteur public, le Syndicat National des Médecins du Secteur Libéral, ainsi que le CHU de Casablanca).

Un danger pour autrui

A cette occasion, les professionnels de la santé se sont à nouveau âprement insurgés contre le projet de loi 45-13, relative à l'exercice des professions de rééducation, de réadaptation et de réhabilitation fonctionnelle, encadrant notamment la profession d'opticien, dont l'adoption nuirait indiscutablement à l'exercice légal de la médecine. En effet, ce projet de loi de la discorde, dont le vote imminent est prévu le jeudi 28 mars à la Chambre des Conseillers, permettrait aux opticiens d'être dispensés d'une prescription médicale pour délivrer des lunettes. Hormis quelques rares cas particuliers pris en compte et cités dans l'article 6 dudit projet de loi, le laxisme de cette disposition légale entraînerait des conséquences fâcheuses pour la santé des patients. Un point sur lequel insistent fermement les médecins du SNOLM. « En effet, autoriser des techniciens de Bac+2 ou +3, enregistrés au registre du commerce, à prescrire des lunettes tout en les vendant, et dispenser les patients (devenus simples clients) de tout examen médical complet, exposerait ces derniers, entre autres, à des retards de diagnostics mettant en jeu leur pronostic fonctionnel, et parfois même vital », s'indignent-ils. Et d'ajouter qu'outre le danger que représente une telle pratique, l'article 6 du projet de loi 45-13, - soulignant que « L'opticien lunetier délivre au public des articles d'optiques destinés à corriger ou à protéger la vue. Préalablement à leur délivrance, il réalise l'adaptation et l'ajustage desdits articles au moyen d'instruments de contrôle nécessaire » - constitue une violation flagrante de la loi 113-13 réglementant l'exercice de la médecine au Maroc.

Sans la moindre concertation

Si l'inquiétude est palpable dans le rang des ophtalmologistes et professionnels de la médecine au Maroc, elle n'occulte pas l'indignation ressentie quant au traitement de ce dossier dans les sphères décisionnelles. Et pour cause, les professionnels de ce secteur médical n'ont aucunement été informés du premier vote à la Chambre des Conseillers, qui s'est tenu en 2016 ! Selon le virulent communiqué du SNOLM, le projet de loi a été par la suite « introduit depuis plus d'un an à la deuxième Chambre, sans aucune concertation des instances scientifiques et professionnelles de l'Ophtalmologie marocaine ». Une aberration ainsi qu'une opacité dans la gestion législative conduisant à la déréglementation de tout un secteur professionnel, ainsi qu'à la mise en danger d'autrui. Les professionnels réunis ce dimanche 24 à Mohammedia « étaient unanimes sur le fait qu'en cas d'adoption du projet de loi en l'état, et sans amendements maintenant l'obligation de prescription médicale pour les dispositifs médicaux optiques, les membres de la Chambre des Conseillers ainsi que le Gouvernement marocain, et notamment le Ministre de la Santé, endosseraient la responsabilité historique des conséquences dramatiques sur la santé visuelle des citoyens marocains ».

Grèves en perspective

Fermement engagés dans cette lutte, les professionnels de l'ophtalmologie annoncent une série de grèves en cas de non amendement de l'article 6 du projet de loi, lors du vote prévu à la Chambre des conseillers le 28 mars 2019. « En effet, outre la grève du 4 avril (prévue par le Collège National Syndical des Médecins Spécialistes privés, l'ANCP, et le Syndicat des Médecins généralistes), le SNOLM projette une grève les 9 et 10 avril, puis les 16, 17, et 18 avril 2019, puis une assemblée générale est prévue pour les décisions futures », souligne la même source.

D'ores et déjà mis à mal par des coupes budgétaires, des manques de moyens criants, la privatisation galopante, un abandon du secteur public etc, le secteur de la Santé souffre de nombreux maux au Maroc. Malgré certaines volontés de refonte et quelques balbutiements de réformes, les espoirs de guérison s'amenuisent, tandis que les professionnels du secteur s'acharnent manifestement seuls à son chevet...                          

HoM

Recherche
Newsletter
Conformément à la loi 09-08, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition au traitement de vos données personnelles.
Ce traitement a été autorisé par la CNDP sous le n° D-W-343/2017

*: champ obligatoire

Météo Plus

En bref Voir plus



Les articles les plus lus

Buzz

En poursuivant votre navigation sur notre site internet, vous acceptez que des cookies soient placés sur votre terminal. Ces cookies sont utilisés pour faciliter votre navigation, vous proposer des offres adaptées et permettre l'élaboration de statistiques. Pour obtenir plus d'informations sur les cookies, vous pouvez consulter notre Notice légale