Remaniement: Le PJD piégé par ses contradictions

Remaniement: Le PJD piégé par ses contradictions
Source : leconomiste.com
23/08/2019 06:00

N’allez pas croire que les ministres profitent des trois semaines pour passer de bonnes vacances. Officiellement, ils reprennent le travail par un conseil de gouvernement aujourd’hui jeudi 22 août. En fait, la plupart d’entre eux sont sonnés par l’approche du remaniement réclamé par le Roi lors du dernier discours du trône...

A la rentrée politique, aucun membre du gouvernement n’est sûr de conserver son poste. Seule peut-être, Mbarka Bouaida, qui vient d’être élue à la présidence de la région Guelmim Oued Noun, est sereine, sachant que les deux postes sont incompatibles. Qu’importe, le reste des 37 ministres et secrétaires d’Etat vivent un stress sans commune mesure avec celui de la première nomination.

Saâdeddine El Othmani, sommé de faire des propositions au chef de l’Etat pour apporter du sang neuf dans l’exécutif et dans l’administration, n’est pas au top de sa forme. Et pour cause, il devra faire preuve de doigté pour passer cette épreuve périlleuse.

D’abord, il devra dresser, froidement, le bilan des membres de son gouvernement. L’évaluation doit commencer par les ministres de son parti. Certains ont été maintenus au gouvernement à cause de l’histoire du troisième mandat de Abdelilah Benkirane. Et pour cause, il ne fallait pas affaiblir le chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani qui partait à la conquête du secrétariat général du PJD.

Aujourd’hui, le contexte politique a changé et Benkirane s’est lui-même marginalisé par ses sorties, particulièrement sur la loi-cadre relative à l’enseignement. A la rentrée politique, qui coïncide avec l’ouverture de la session d’automne du Parlement par le Roi, le chef du gouvernement devra procéder aux changements au sein de son équipe sur la base des nouveaux critères édictés par le Roi: la compétence et le mérite.

Des valeurs aux antipodes de la procédure suivie par le PJD dans le choix de ses ministres. Pour être schématique, une commission établit une liste de personnes jouissant de popularité, est soumise au vote du conseil national du parti. Cette démarche, qui se veut démocratique, a jusqu’ici fait ressortir des noms connus dans les rangs du PJD, pour leurs talents d’orateurs mais sans la moindre expérience dans la gestion.

Les Marocains ont eu le loisir de le constater au cours de cette période où le PJD a été aux commandes du gouvernement. L’exemple de Mohamed Najib Boulif est édifiant à plus d’un titre. Dans le premier gouvernement de Benkirane, il s’est vu confier un super ministère chargé des Affaires économiques et de la gouvernance, avec de grandes attributions.

Mais, au premier remaniement, il a été dégradé au rang de ministre délégué pour redémarrer par la suite avec El Othmani en tant que secrétaire d’Etat. Boulif a accepté la dégringolade sans rechigner. Le cas de Mohamed Yatime, ministre de l’Emploi et de l’insertion professionnelle, est sur le même registre.

L’ancien patron de l’UNMT, bras syndical du PJD, a été incapable de faire bouger le projet de loi organique relatif à la grève, déposé au Parlement par l’ancien gouvernement, très attendu par le monde des affaires et recommandé par les instances internationales. Autre point noir à son actif, son incapacité à s’entourer de compétences afin de faire émerger une nouvelle vision de la formation professionnelle qui devait être l’axe central des Assises de l’emploi.

Idem pour Bassima El Hakkaoui qui trône sur le ministère de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social depuis 2012, sans que son département ne soit au cœur des questions qui ont dominé les débats dans la société. D’ailleurs, toutes les grandes associations qui travaillent dans son secteur se sont liguées contre elle.

Avec cette donne au niveau de la procédure de choix des candidats ministres, Saâdeddine El Othmani aura du mal à convaincre ses camarades de changer de mode d’emploi, quitte à aller chercher des profils plus compétents ailleurs. Rien qu’à l’évocation de cette possibilité, les couteaux sont tirés et la résistance s’organise.

Par ailleurs, le PPS risque de faire les frais de sa proximité avec Benkirane. En effet, El Othmani semble vouloir tourner la page de l’époque de son prédécesseur, en coupant les liens avec l’ancien secrétaire général du PJD et de ses alliés. Il avait commencé par réduire le nombre des portefeuilles du PPS au sein du gouvernement.

De 4 postes dans l’ancien exécutif, le parti de Nabil Benabdallah est passé à 3, avant de tomber à 2 il y a quelques mois, avec le limogeage de Charafat Affailal ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Eau. Du coup, le PPS s’est retrouvé avec deux marocains, l’un en charge de la Santé et l’autre de l’Habitat, l’urbanisme et la politique de la ville. Sauf que le casting n’a pas été bon. Car, ni Anass Doukkali ni Abdelahed El Fassi n’ont réussi à redresser la barre de leurs secteurs respectifs, considérés comme stratégiques au niveau social...

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