Tariq Ramadan : L’insupportable Tartuffe

Tariq Ramadan : L’insupportable Tartuffe
Source : Lesinfos.ma
09/09/2019 11:00

Chers lecteurs,

Que ceux qui s’attendaient à un mea culpa de la sainte bouche de Tariq Ramadan se raisonnent. Le come-back médiatique de l’islamologue, éternelle victime de complots d’ennemis tapis dans l’ombre d’une presse corrompue et d’une justice raciste, ne fut qu’une vaine tentative de rafistolage de virginité au micro de Jean-Jacques Bourdin.
Non, l’éminent intellectuel ne demandera pas pardon – si ce n’est à Dieu (bien évidemment), à sa famille et à ses soutiens, et c’était couru d’avance - et il ne pardonnera pas non plus. Oui parce que voyez-vous, Tariq Ramadan estime que c’est à lui seul que revient la lourde tâche de pardonner et que si un jour il devait le faire, il le fera « peut-être » si, et seulement si, ses accusatrices payaient leur dette à la société (en d’autres termes, finissaient en prison). Édifiant. 

Et donc, durant vingt-neuf (longues) minutes, l’islamologue n’a eu de cesse de brandir la carte victimaire. Il est victime d’un traquenard fomenté par Carole Fourest, son ennemie jurée, et par Alain Soral, un illuminé dont il serait inutile de faire la présentation. Il est victime d’une bande de menteuses qui ont tout inventé pour faire tomber sa grandeur. Et ses mensonges à lui ? « C’est totalement différent », s’est-il défendu. Lui qui est passé de « je ne connais pas du tout ces femmes » à « oui, bon d’accord j’ai eu des relations intimes avec », au fur et à mesure qu’il prenait connaissance des éléments du dossier, n’a voulu en réalité que protéger sa famille (sortez les mouchoirs) et n’avait donc aucune autre idée derrière la tête. « Mais c’était une erreur, j’aurais dû dire la vérité », a-t-il fait semblant de regretter. Ah si seulement il avait dit la vérité ! Mais bon, avec des « si » on mettrait Paris en bouteille, à défaut de mettre Ramadan hors d’état de nuire.
Concernant la toute dernière plainte pour un présumé viol en réunion qui aurait eu lieu le 23 mai 2014 au Sofitel de Lyon ? Mensonge, bien évidemment ! « Le 23 mai 2014, je suis en train de donner une conférence à Baltimore, devant 10.000 personnes. Sauf à avoir le don d'ubiquité, je n'y étais pas », a-t-il fanfaronné. Bien entendu, l’islamologue n’a pas le don d’ubiquité, fort heureusement d’ailleurs, mais il a manifestement quelques troubles de mémoire. La conférence de Baltimore a eu lieu les 24 et 25 mai 2014… dommage pour ses 10.000 témoins.
Puis, vint le moment où l’animateur lui parle de son livre - un ouvrage qui sortira le 11 septembre, une date qui n’a rien de symbolique bien entendu, « c’est juste parce que c’est un mercredi », se défend l’intellectuel - et lui lance non sans exaspération : « Tariq Ramadan, vous vivez une double vie, vous incitez dans vos conférences, vos auditoires à la pudeur, vous condamnez publiquement la sodomie, c’est vrai ou faux ? », ce à quoi il répond : « Les avis musulmans sont partagés sur cette question ». Je vous avoue que ce passage m’a « amusée » parce que c’est du pur Tariq Ramadan. Il a passé 30 ans – comme il adore à le répéter – à enchaîner bouquins et conférences pour dire au monde ce qui est licite et ce qui ne l’est pas, mais quand il s’agit de sa vénérable personne, les avis deviennent soudainement partagés (pour information, la sodomie est illicite chez les sunnites mais est autorisée sous certaines conditions chez les chiites, mais Tariq Ramadan n’est pas chiite).
Oui, quand il s’agit de sa personne, tout est question de nuances, d’interprétation et même s’il a passé 30 ans à se positionner en une sorte de prophète des temps modernes, il n’est finalement « qu’un homme » comme il le reconnaît enfin. Un homme qui a mené une double vie à « s’encanailler » à droite et à gauche avec plusieurs maîtresses (oui, appelons-les « maîtresses » pour le moment et disons qu’il « s’encanaillait ») dans des chambres d’hôtels, et à condamner dans les salles de conférences de ces mêmes hôtels l’adultère, un « crime obscène » que la charia – qu’il affectionne tant – punit par la lapidation. Un homme, redoutablement intelligent et d’une incroyable éloquence certes, qui se joue des règles de la religion dont il a fait son business tel un avocat qui arrange les lois à sa sauce pour faire acquitter un client coupable. Un homme dont on a découvert le vil visage et qui continue quand même à s’accrocher à ce qu’il lui reste de pouvoir et surtout d’emprise sur ce qu’il lui reste de soutiens quelque peu crédules, et quoi qu’il lui en coûte. Un homme, rien qu’un homme, de très petite vertu, qui tente de revenir sur le devant de la scène, en souvenir de ce qu’il fût à tort : Un penseur, un philosophe et un porte-parole des musulmans de l’Occident. 

Sur ce, je vous laisse méditer sur une citation qui serait de circonstance : « Le plus souvent l'apparence déçoit, il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit », Le Tartuffe ou L'imposteur, Molière. 

 

Par Majda El Krami
 

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