Fashion name : Qui est Carmen Busquets ?

Fashion name : Qui est Carmen Busquets ?
Source : Elle
02/10/2019 17:20

Son nom est inconnu du grand public, mais, prononcé en présence d'acteurs de l'industrie de la mode et du luxe,il prend toute sa dimension. " Elle est fascinante, non ? Elle a toujours deux ou trois longueurs d'avance ! " s'exclame un spécialiste. " ... Lire la suite de l'article sur Elle.fr

Elle est derrière les plus grands succès du luxe sur internet, dont le géant Net-a-Porter. L'investisseur vénézuélienne Carmen Busquets a du flair quand il s'agit de miser sur les idées et les talents de demain. Rencontre. Son nom est inconnu du grand public, mais, prononcé en présence d'acteurs de l'industrie de la mode et du luxe, il prend toute sa dimension. « Elle est fascinante, non ? Elle a toujours deux ou trois longueurs d'avance ! » s'exclame un spécialiste. « Quelle chance vous avez, j'adorerais la rencontrer moi aussi », dit un attaché de presse lorsqu'il apprend que nous l'avons approchée. Pourtant, avant de parvenir jusqu'à Carmen Busquets, il faut s'armer de patience. Échanger d'innombrables messages avec ses assistants et collaborateurs, détailler les contours de l'entretien et, surtout, trouver un créneau horaire adéquat. La puissante femme d'affaires de 54 ans étant toujours entre deux avions, trois continents... C'est à Londres, dans un quartier animé et entouré de parcs verdoyants que le rendez-vous est fixé, dans l'une des résidences qu'elle occupe à travers le monde : un moderne et spacieux duplex baigné de lumière en ce mois de juillet ensoleillé. Cette célibataire sans enfants à la peau diaphane apparaît pieds nus, ses longs cheveux lâchés, vêtue d'un jean et d'une blouse vaporeuse. « Je vous sers un café ?, propose-t-elle en guise d'introduction, il est biologique. » On découvrira plus tard qu'elle a investi en 2016 dans une petite production indépendante de café éthique, Cru Kafé. Car cette fine stratège, sommité des cercles financiers des grands de ce monde, s'intéresse à tout, et surtout à son époque. C'est en 2000, à 35 ans, qu'elle rencontre la Britannique Natalie Massenet qui a alors le projet de créer un magazine en ligne baptisé « Net-a-Porter », dans lequel chaque vêtement ou accessoire serait disponible à l'achat. Une idée brillante, qui peine pourtant à trouver ses investisseurs : « Lorsque j'ai rencontré Natalie, par l'intermédiaire de mon compagnon de l'époque, j'ai trouvé son idée fantastique ! J'ai été tout de suite partante pour l'aider financièrement malgré les réticences de mon entourage. La bulle Internet venait d'exploser, et personne ne pensait que les femmes accepteraient d'acheter des pièces de luxe sans les avoir essayées. Moi j'étais convaincue que cela fonctionnerait. » Car Carmen Busquets, qui a ouvert CaBus, la première boutique de luxe de Caracas, en 1991, a déjà éprouvé la méthode. Elle qui propose alors la pointe des créateurs de l'époque, Alaïa, Montana, Thierry Mugler, mais aussi Chanel, a été obligée de fermer sa boutique lors de la tentative de coup d'État de 1992. « La vitrine avait été criblée de balles, ce n'était plus tenable, raconte-t-elle. Je me suis alors retrouvée avec un stock de vêtements dont je ne savais que faire. J'ai eu l'idée de les prendre en photo, et de les envoyer à mes meilleures clientes à travers le monde. Je faisais pareil lors des défilés de mode, je faisais des Polaroïd ou je dessinais des croquis pour qu'elles passent commande. Je leur envoyais ensuite les pièces par Fedex. Cela a fonctionné au-delà de mes espérances. J'ai gagné 1 million de dollars par an pendant huit ans. » Le sens des affaires en héritage Le sens des affaires, Carmen en a hérité. C'est son père, José Busquets, un industriel spécialisé dans la métallurgie ayant fui l'Espagne de Franco, qui le lui a transmis. « Lorsque j'avais 22 ans, mon frère est décédé dans un accident de voiture. Je suis alors rentrée des États-Unis, où je poursuivais mes études, pour épauler mon père dans ses activités. Nous avons passé un marché : si je l'aidais suffisamment, il financerait par la suite ma boutique de mode. » Promesse tenue. Pourtant, elle confesse volontiers que son premier amour était tout autre : « Ma mère, cubaine, a fui la dictature de Castro. Elle était sociologue et anthropologue. J'ai beaucoup voyagé avec elle, découvert de nombreuses cultures différentes, de l'Inde à Bali. À travers les peuples que je rencontrais, je voyais la mode, et surtout l'accessoirisation, comme une manière de s'exprimer, de raconter qui l'on est. De plus, ces voyages m'ont initiée à la spiritualité. En 1997, j'ai participé à la création du site MyPotential avec un spécialiste des médecines alternatives, l'Indien Dee-pak Chopra, un ami de mes parents. » Ce premier investissement ne s'avère pas payant, mais ne décourage pas Carmen. « Je dis toujours que mes échecs sont des leçons. Comme si j'avais dépensé l'équivalent d'une année d'études à l'université Harvard. J'apprends de mes erreurs et je ne regrette jamais mes choix. » Carmen Busquets fonctionne à l'instinct. Un trait de son caractère qu'elle attribue à sa surdité partielle. « Je ne l'ai découverte qu'à l'âge de 23 ans. Enfant, comme j'étais très têtue, mes parents se disaient que je choisissais d'entendre ce que je voulais. J'ai commencé à porter des appareils auditifs à 29 ans seulement, et j'ai immédiatement trouvé ça pratique : lorsqu'une conversation m'ennuie, je les enlève », dit-elle en souriant. À la suite du succès de Net-a-Porter, son nom circule de plus en plus, et les sollicitations de créatifs en quête d'investisseurs ne manquent pas. En 2006, elle lance le site CoutureLab, un projet dédié aux jeunes créateurs et artisans du monde entier. Elle investit ensuite en 2013 dans le site américain Moda Operandi, qui propose les pièces en prévente dès qu'elles sont descendues du podium, ou encore, en 2015, dans le site de vente anglais Farfetch, qui fait le lien entre les clients et les meilleures boutiques multimarques au monde. Dans son portefeuille, Carmen Busquets compte également The Business of Fashion, site d'information sur l'industrie du luxe lancé en 2013 et considéré comme le plus influent du moment. Comment a-t-elle développé cet intérêt pour Internet ? « Vous avez lu le livre 'Message et Massage. Un inventaire des effets' du sociologue et théoricien de la communication Marshall McLuhan, publié en 1967 ? Il y développe l'idée que le monde est un village, et que nous sommes tous connectés. Un vrai visionnaire ! Je l'ai lu très jeune et j'en ai toujours été convaincue. Internet est un outil extraordinaire, il renforce l'égalité d'opportunités entre les gens. » En 2010, Natalie Massenet et Carmen Busquets ont revendu leurs parts de Net-a-Porter au groupe Richemont (entré au capital en 2003), au terme d'une âpre négociation. La Vénézuélienne empoche alors plus de 190 millions d'euros (sur les 400 millions d'euros versés par le groupe suisse), garde 2,3 % des parts, et poursuit ainsi ses investissements avisés, avec, toujours en tête, l'envie de valoriser les entrepreneuses : « C'est très important, évidemment. Je n'ai pas été élevée dans l'idée de me marier, de faire des enfants, et de rester sagement à la maison. Mes parents m'ont toujours encouragée à être indépendante. Mon père me disait : 'Je te donne 100 dollars si tu arrives à en gagner le double !' » En 2017, elle investit dans la marque de fausses fourrures haut de gamme et éthiques House of Fluff, créée par l'Américaine Kym Canter, et également dans le site Internet Tagwalk, fondé par la Française Alexandra Van Houtte. Sorte de Google de la mode, ce dernier répertorie et classe les défilés de mode pour faciliter le travail des stylistes et journalistes de mode. « Je l'ai littéralement harcelée de messages pendant plus d'une année, explique Alexandra Van Houtte. Je tenais vraiment à m'associer à Carmen Busquets. Je savais que non seulement elle m'apporterait son savoir-faire, mais qu'elle m'ouvrirait également les frontières. Son nom est un sésame dans l'industrie. C'est quelqu'un de très loyal et son rapport au travail est très sain. Ce n'est pas évident de lancer sa société, car on est pétri de doutes, mais je sais qu'à la moindre hésitation, je peux compter sur ses conseils. Elle m'offre un soutien financier indispensable, bien sûr, mais elle m'apporte bien plus que cela. Elle a une vision à long terme. » Une figure engagée Chris Morton, fondateur du site de vente anglais Lyst, dans lequel Carmen Busquets a investi en 2014, ne dit pas autre chose : « La plupart des investisseurs sont généralement distants, mais Carmen est différente. Elle a une telle connaissance du secteur du luxe qu'elle s'implique énormément. Elle nous accompagne tout au long de notre croissance. » Philanthrope et concernée par les tourments du monde, Carmen Busquets met également sa fortune et sa notoriété au service de causes importantes. Membre du WWF, elle s'investit à ses côtés pour préserver la nature au Bhoutan et sensibiliser les populations locales ; elle s'engage également auprès des enfants du Guatemala et du Salvador, à travers des opérations de parrainage. Elle n'hésite pas à partager ses voyages et expériences sur son site Internet. Elle s'est récemment engagée auprès des réfugiés vénézuéliens, arrivés en masse en Colombie. Une manière de garder un lien avec son pays. « J'ai quitté définitivement le Venezuela en 2002, et je ne sais pas si je pourrai y retourner un jour car je n'ai jamais caché mes opinions politiques. La situation actuelle y est déplorable, c'est un désastre ! » se désole-t-elle. Dans la mode, son cheval de bataille actuel est la préservation de l'environnement. « La mode pollue tellement ! La fabrication d'un seul T-shirt nécessite l'utilisation de 2 000 litres d'eau. Il en faut 9 000 pour une paire de jeans. Nous devons trouver de nouvelles manières de fabriquer et de consommer la mode, c'est indispensable. Je suis convaincue que les nouvelles générations de créateurs sont prêtes à faire ces changements ou du moins à chercher des solutions, et que les jeunes consommateurs sont à l'écoute. » Jamais en retard d'une tendance, Carmen s'est récemment tournée vers la location de vêtements, manière de freiner la surconsommation : « C'est le futur, j'en suis certaine ! » Elle a donc investi dans le site américain Villageluxe, qui invite les VIP du secteur - rédactrices de mode, socialites, DJ en vue... -, à mettre leur dressing à disposition le temps d'une location, et reverse les bénéfices à des associations caritatives. Et quand elle n'a pas l'oreille vissée à son téléphone pour mener à bien ses affaires en cours ? Elle s'offre de longues plages de silence et de méditation, sur le tapis de son salon ou dans les endroits les plus reculés du monde. Une détox indispensable à ce gourou du Web.

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