À peine la rentrée universitaire lancée, le projet de loi-cadre n°54.29 sur l’enseignement supérieur fait déjà des remous. Adopté jeudi par le Conseil de gouvernement, ce texte, censé remplacer la loi 01-00, est perçu par une partie de la communauté académique comme une réforme imposée, élaborée sans concertation avec les principaux concernés : les enseignants et les étudiants.
Plusieurs Facultés ont exprimé leur colère. Enseignants et étudiants menacent de paralyser les cours si le projet est validé tel quel, faisant planer le risque d’une crise dès le début de l’année universitaire.
Trois organisations en première ligne
La Coordination nationale des étudiants ingénieurs, le Comité national des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie ainsi que l’Union nationale des étudiants du Maroc ont signé un communiqué conjoint dénonçant la méthode et le contenu du projet.
Au cœur de leurs inquiétudes : la disparition des articles 71, 72 et 73 de la loi 01-00, qui garantissaient le droit des étudiants à s’organiser via des Bureaux, associations et Conseils élus. Pour les signataires, ces instances ne sont pas accessoires mais essentielles, car elles incarnent la véritable voix du corps estudiantin.
Une remise en cause des acquis
L’exemple récent des étudiants en médecine illustre l’importance de ces instances représentatives. En 2024, leur Commission nationale avait mené un long bras de fer sur la réforme de la durée de la formation médicale, avant d’obtenir un accord officiel avec le ministère.
La nouvelle mouture du texte remet en cause ces acquis. Elle prive, selon les étudiants, les Bureaux élus de la possibilité de proposer des amendements aux règlements intérieurs ou de participer aux décisions qui concernent directement la scolarité et la vie universitaire.
« Les étudiants ne sont pas de simples récepteurs »
Les trois organisations rappellent que les étudiants doivent être considérés comme des acteurs à part entière des réformes. « Les étudiants ne sont pas de simples récepteurs, mais des partenaires dans la prise de décision et des contributeurs à l’amélioration de la qualité de la formation », soulignent-elles.
Elles dénoncent également une rupture méthodologique : le texte a été préparé et adopté sans consultation, alors même que les précédents accords reposaient sur le dialogue et la responsabilité partagée.
Entre inquiétudes et espoirs
Malgré les rumeurs d’amendements ultérieurs intégrant à nouveau le rôle des Bureaux étudiants, aucune garantie officielle n’a été donnée. Les organisations restent donc en alerte, suivant de près le processus parlementaire.
Elles espèrent que les élus introduiront des révisions de fond, afin de rétablir le droit des étudiants à s’organiser. Faute de quoi, elles n’excluent pas de recourir à la mobilisation et à la pression, au nom de ce qu’elles considèrent comme un droit constitutionnel.


