Logo

Démarchage téléphonique : plus de 40.000 emplois menacés au Maroc dès ce 11 août

Par EL BARHRASSI Meryem -le

Démarchage téléphonique : plus de 40.000 emplois menacés au Maroc dès ce 11 août
Depuis ce mardi 11 août, la France interdit le démarchage téléphonique sans consentement préalable. Une réforme qui frappe directement une partie des centres d’appels marocains et pourrait exposer jusqu’à 50.000 emplois.

Le démarchage téléphonique change de règles en France. Depuis ce mardi 11 août 2026, les entreprises ne peuvent plus appeler un particulier à des fins commerciales sans avoir obtenu au préalable son consentement. Un tournant réglementaire dont les effets pourraient rapidement traverser la Méditerranée, tant les centres d’appels marocains restent liés au marché français.

 

Le nouveau dispositif inverse le principe qui prévalait jusqu’ici. Avec Bloctel, les consommateurs devaient s’inscrire sur une liste pour manifester leur opposition aux sollicitations. Désormais, c’est au professionnel de démontrer que la personne contactée a explicitement accepté de recevoir des appels commerciaux.

 

Le consentement doit être libre, éclairé et résulter d’une démarche positive du consommateur. Il doit également préciser la nature des produits ou services concernés, reste révocable à tout moment et ne peut être valable plus d’un an.

 

Disposer d’un numéro de téléphone ne suffit donc plus. Qu’il provienne d’une ancienne base de données, d’un achat ou d’un partenaire commercial, l’entreprise doit pouvoir justifier son droit à contacter le consommateur.

 

Des sanctions pouvant atteindre 375.000 euros

 

Même lorsqu’un appel est autorisé, son horaire reste encadré. La prospection peut être effectuée du lundi au vendredi, entre 10h et 13h puis entre 14h et 20h. Les week-ends et jours fériés restent exclus, sauf accord spécifique du consommateur.

 

Les entreprises qui enfreignent les nouvelles règles s’exposent à de lourdes sanctions. Pour une personne morale, l’amende peut atteindre 375.000 euros. Un contrat conclu à la suite d’un démarchage effectué en violation du dispositif peut également être remis en cause.

 

Les donneurs d’ordre devront ainsi revoir la gestion de leurs fichiers clients et la transmission des données à leurs prestataires. Date du consentement, origine, durée de validité et éventuel retrait devront pouvoir être retracés.

 

Au Maroc, jusqu’à 50.000 emplois exposés

 

Cette bascule est particulièrement surveillée au Maroc, devenu au fil des années l’une des principales plateformes d’externalisation pour les entreprises françaises.

En mars dernier, le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, avait estimé que 40.000 à 50.000 emplois pourraient être menacés par l’évolution de la réglementation française.

 

Ce chiffre ne correspond toutefois pas à des suppressions de postes déjà actées. Il mesure avant tout le nombre d’emplois potentiellement exposés, notamment dans les structures fortement dépendantes de la télévente et des campagnes d’appels sortants vers les particuliers français.

 

Les opérateurs ne sont donc pas tous logés à la même enseigne. Les activités de service client, d’assistance technique, de back-office ou de gestion des appels entrants sont nettement moins touchées. Les entreprises spécialisées dans la prospection commerciale sont, en revanche, directement confrontées au nouveau cadre.

 

Les PME en première ligne

 

La vulnérabilité dépend également du profil des entreprises. Les petites structures dont le portefeuille de clients est concentré sur la France disposent de moins de marge pour compenser une chute des campagnes de prospection.

 

Plus de 60 % des entreprises concernées seraient des PME, selon des données rapportées par la presse marocaine. La Fédération marocaine de l’externalisation des services estime néanmoins que le démarchage téléphonique ne représente que 15 à 20 % de l’activité globale du secteur.

 

Ces proportions masquent d’importantes disparités. Pour certains centres spécialisés, la prospection représente l’essentiel de l’activité. Pour d’autres, elle ne constitue qu’une prestation parmi plusieurs métiers de la relation client.

 

Les premières tensions seraient déjà perceptibles. Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appel et métiers de l’offshoring, a fait état de fermetures de certains établissements, tandis que d’autres opérateurs s’interrogeraient sur la poursuite de leurs activités après la période estivale.

 

L’offshoring marocain poussé à se réinventer

 

La réforme française accélère ainsi une transformation déjà engagée. Face à l’automatisation, à la digitalisation de la relation client et désormais au durcissement réglementaire, le modèle reposant principalement sur la téléprospection montre ses limites.

 

Pour le Maroc, l’enjeu consiste à diversifier les marchés mais aussi les métiers. Support technique, relation client multicanale, back-office, services numériques, traitement de données ou encore solutions intégrant l’intelligence artificielle constituent autant de relais possibles.

 

Cette évolution implique également une montée en compétences des salariés du secteur, avec des profils davantage orientés vers les outils numériques et des prestations à plus forte valeur ajoutée.

Depuis ce 11 août, la réforme française n’est donc plus une échéance à anticiper. Elle est entrée en vigueur. Pour les centres d’appels marocains les plus dépendants de la prospection vers la France, la période d’adaptation commence désormais.


Logo

Qui Sommes Nous ?

Lesinfos.ma , 10 ans d'actualités respectant les normes légales marocaines. Infos continues, alertes quotidiennes, et newsletter. Expérience éditoriale légitime et innovante en communication ciblée et marketing numérique.

2026 © LESINFOS.MA