Enquête : les milliardaires qui disent vouloir aider les Africains sont-il vraiment philanthropes ?

Enquête : les milliardaires qui disent vouloir aider les Africains sont-il vraiment philanthropes ?
Source : JeuneAfrique.com International
27/07/2016 17:30

À la tête des géants Microsoft, Facebook et Google, ils consacrent une partie de leur fortune au continent, offrant des médicaments ou un accès à internet. Mais ces milliardaires sont-ils aussi désintéressés qu’ils voudraient le faire croire ? Entre charité et business, la frontière est souvent ténue…

Microsoft, Facebook, Google… Ils font partie de nos vies. Derrière ces géants américains du numérique, symboles de la Silicon Valley, des patrons adulés comme des rockstars : Bill Gates, l’homme le plus riche du monde, Mark Zuckerberg, sixième fortune de la planète, et Sundar Pichai, l’inventeur de Chrome, qui a pris les rênes du navigateur le plus utilisé du globe et qui déclenche des mouvements de foule à chacune de ses interventions.
 
Ces rois de l’industrie numérique sont aussi devenus les philanthropes les plus en vue. Le capital cumulé de la Fondation Bill & Melinda Gates (BMGF), de la Chan Zuckerberg Initiative (CZI) et de la Google Foundation atteint des records dans l’histoire de la philanthropie américaine, avec près de 100 milliards de dollars (environ 90 milliards d’euros) à dépenser dans des domaines aussi variés que la formation, l’agriculture, la santé, les biotechnologies…

La recherche et l’agriculture menacés par la philanthropie 

Mais à l’engouement suscité par ces nouveaux philanthropes de la côte Ouest succèdent un certain nombre d’interrogations, notamment sur leurs véritables intentions. Et les critiques se font entendre, de plus en plus virulentes.
 
Parmi elles, celle de Robert Barro, économiste à Harvard, pour qui « mieux valait, pour l’humanité, un Gates patron qu’un Gates philanthrope ». De nombreux acteurs médicaux africains estiment que l’action de la BMGF dans le domaine de la santé provoquerait tout le contraire de son objectif, en vidant notamment les centres de recherche publics de ses médecins-chercheurs, attirés par de meilleurs salaires. Le milliardaire américain compte aussi de nombreux détracteurs parmi les agriculteurs, à l’image de ce paysan kényan demandant « qu’il garde ses milliards et ne vienne pas polluer [les cultures kényanes] avec ses OGM ».
 
Bref. Le couple Gates n’a pas que des fervents partisans. Fin juin à Paris, lors du festival contre le sida Solidays, Bill Gates assurait pourtant avoir sauvé des millions de vies menacées par la malaria en distribuant des moustiquaires, qu’un vaccin contre ce virus était proche, que la polio était presque vaincue en Afrique ou que la « révolution verte » y était en marche. La reconnaissance ne serait donc pas à la hauteur du travail accompli.

Des résultats décevants

Mais les faits sont cruels. En un peu plus de seize ans d’existence et après avoir dépensé des milliards de dollars, la BMGF n’a pas éradiqué la pauvreté comme elle le promettait, ni même la famine. Certains pays où elle est pourtant très active – comme le Malawi – se retrouvent même à la traîne par rapport à l’Éthiopie ou au Rwanda, où l’économie s’est développée à un rythme soutenu depuis dix ans.
 
Dans les couloirs d’autres fondations, on fustige l’ego démesuré de l’Américain. Geoffrey Lamb, conseiller économique de la fondation, cité dans Le Cœur américain. Éloge du don par l’économiste français Guy Sorman, ne le nie d’ailleurs pas. Et botte en touche quand il s’agit de défendre le bilan de la fondation Gates : « Cet argent appartient à Bill et Melinda. Ils en font ce qu’ils veulent, n’est-ce pas ? »

La fondation appuyée par les OGM

Un joli pécule de près de 50 milliards de dollars qui s’érode peu, malgré les dépenses astronomiques. Car si le fondateur de Microsoft peut être critiqué sur la gestion de son mécénat, celle de sa fondation semble plus pragmatique. La BMGF ne dépense pratiquement que ce qu’elle gagne. Ses placements lui rapportent de nombreux dividendes pour financer ses activités. Dans une enquête publiée par le Los Angeles Times en 2007, les journalistes Charles Piller, Edmund Sanders et Robyn Dixon ont notamment découvert que la fondation avait des intérêts dans des secteurs certes très rentables, mais controversés, comme l’industrie pétrolière (ConocoPhillips).
 
Le Financial Times dévoilait également en 2010 que la BMGF était un actionnaire de Monsanto, le géant américain des pesticides et des OGM. Gates ne s’en est d’ailleurs jamais caché : sa révolution verte passe par des organismes génétiquement modifiés, résistants à la sécheresse et aux insectes ravageurs. Au sein de la BMGF, celui qui dirige depuis 2006 la recherche sur ce sujet n’est autre que Rob Horsch, ancien vice-président du développement international chez… Monsanto. ...

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