A Kinshasa, la souffrance ordinaire du « délestage » alimentaire

A Kinshasa, la souffrance ordinaire du « délestage » alimentaire
Source : Lemonde.fr
15/08/2016 14:30

Dans la capitale de la République démocratique du Congo, la majorité des habitants souffre de malnutrition.

« C’est chaque jour qu’on se serre la ceinture ! » Pas besoin d’insister pour qu’Antoine, cadre de la Banque centrale à la retraite, reconnaisse que les temps sont vraiment durs. « On ne peut pas acheter les extras : confiture, beurre, jambon, fromage… Tout ça, c’est fini ! On ne connaît même plus le goût de ces choses-là. On se concentre sur l’essentiel, c’est-à-dire le fufu [pâte à base de farines] ou le riz, et puis les légumes, le poisson. La viande… Il faut faire des efforts pour acheter de la viande ! »

Dans la cuisine, son épouse, Jenny, prépare une sauce où frémissent de rares morceaux de poulet à l’arachide et quelques légumes. Elle aurait aimé une sauce plus épaisse, mais avec la dépréciation du franc congolais face au dollar, « les prix ont vraiment augmenté » sur les marchés. « C’est difficile. C’est trop, ça pèse ! », se lamente-t-elle. Le pouvoir d’achat du ménage a été divisé par deux depuis quelques mois.

« Chercher de l’argent »

La situation de l’ex-Zaïre, plus vaste pays d’Afrique subsaharienne, est paradoxale. Ici, on a coutume de dire que quand Dieu a créé le monde, il a trébuché au-dessus de la République démocratique du Congo, et y a déversé toutes les richesses naturelles : minerais, gaz, pétrole, eau, forêts… Alors ils ne comprennent pas que la majorité des 65 millions de Congolais vive dans la misère et que le salaire minimum soit fixé à trois dollars par jour, une somme du reste supérieure à ce que gagnent bien des agents de l’Etat. Selon le programme alimentaire mondial, plus de 63 % de la population congolaise vit en dessous du seuil de pauvreté et n’a pas accès à une alimentation adéquate.

« Il y a des familles ici, à 5 heures du matin, papa sort, maman sort et les enfants – à partir de cinq ans, ou disons six ans – sortent, et chacun va chercher de l’argent, raconte Antoine. Tout le monde se retrouve le soir à la maison avec ce qu’il a gagné dans la journée. » Le président Joseph Kabila est conscient de cette précarité. Le 29 juin, veille de la fête de l’indépendance, il avait déploré la « situation économique préoccupante » du pays, liée à la chute du cours des matières premières, dont les minerais. ...

 

 




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