Bertrand Bonello : « Nocturama ne véhicule aucune idéologie barbare ou liberticide »

Bertrand Bonello : « Nocturama ne véhicule aucune idéologie barbare ou liberticide »
Source : Premiere.fr Live
29/08/2016 15:01

Le réalisateur de Nocturama répond aux questions qui fâchent sur son brûlot révolutionnaire. 

C’est le film dont tout le monde parle cette semaine. En mettant en scène une bande de jeunes révolutionnaires (et non pas intégristes) qui pose des bombes dans Paris, Nocturama prend le risque d’attiser les débats sécuritaires et idéologiques qui empoisonnent la France depuis un an – et particulièrement cet été.

Première a vu et aimé Nocturama, « un film qui ne tracte pas et ne justifie rien, un pur geste artistique, visionnaire, hanté par un futur imminent qu’il contemple avec courage. » Il pose cependant question quant à sa nature et à son discours dans le contexte présent. Nous sommes donc allés à la rencontre de Bertrand Bonello pour qu’il s’explique sur certains points précis. Le réalisateur s’est employé -avec brio- à dissiper les malentendus potentiels.

Quoi qu’on pense de Nocturama, que nous aimons beaucoup à Première pour son côté romanesque, rock, poétique et mélancolique, il est difficile de ne pas le rattacher à l’actualité. Que répondez-vous à ceux qui trouvent que c’est un film dont le positionnement est dangereux ou dont l’interprétation peut être dangereuse ?

J’ai entendu ça quelquefois, mais quand on demande aux gens de développer, ça coince. À quel endroit serait-il dangereux selon vous ?

Vous êtes un enfant de 1968, vous l’avez beaucoup dit, et l’héritier, en quelque sorte, d’une pensée anarchiste et révolutionnaire…

(coupant) Héritant, justement, de 68, sans l’avoir vécu, s’est posée pour ma génération la question du collectif qui n’existait plus. Quand j’avais 18 ans, en 1986, l’individualisme régnait. C’était à la fois perturbant et frustrant.

Ce que je voulais dire, c’est que les groupuscules révolutionnaires des années 70 se positionnaient déjà contre le capitalisme et l’ultralibéralisme…

(re-coupant) À l’époque, les lignes idéologiques étaient très claires. Plus claires qu’aujourd’hui.

Vous admettez que le film s’inscrit dans le même genre de protestation ?
Certes. Il ne s’inscrit évidemment pas dans la barbarie de Daesh. Il est beaucoup plus dans la lignée d’une pensée insurrectionnelle, dans une histoire de l’insurrection, qui existe depuis des siècles.

Finalement, à l’origine, le film partait d’un bon sentiment.

(il sourit) Le terme est un peu réducteur, mais il y a de ça… Il part d’un ressenti d’étouffement qui pousse, à un moment donné, à dire stop. Cela se transforme en désir, sinon d’insurrection, de révolte qui est, quelque part assez sain.

Quand, cependant, vous situez l’action dans la France de Valls et que vous faites dire à Adèle Haenel, « ça devait péter », vous faites un amalgame qu’on peut juger très ambigu. Ce genre de discours est-il audible aujourd’hui ?

Citer Valls, comme montrer le bâtiment d’HSBC ou des stations de métro, participe d’une envie d’ancrer le film dans une réalité très contemporaine. J’aurais pu inventer des noms ou des sigles, mais j’ai préféré assumer. Je voulais que Nocturama soit un mélange d’hyperréalisme, d’abstraction et de fantasmagorie. ...




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