10 films en noir et blanc des années 2000

10 films en noir et blanc des années 2000
Source : lesinrocks.com Cinema
09/09/2016 12:01

Paula Beer et Pierre Niney dans "Frantz", de François Ozon (copyright Mars Films 2016)Norme du cinéma de la première moitié du XXème siècle, le noir et blanc résiste et revient hanter le cinéma moderne. Tandis que sort "Frantz" de François Ozon, retour sur dix usages du noir et blanc dans le cinéma de ces quinze dernières années.

Les clichés attachés aux films en noir et blanc contemporains sont le rétro et le dépouillement esthétique. Le nouveau film de François Ozon, Frantz, entre en partie dans cette catégorie puisque il est situé au début du XXe siècle. L’emploi du noir et blanc n’est pas pour autant une facilité et les cinéastes actuels s’y risquent rarement car le grand public tolère mal la stylisation et préfère voir la vie en couleurs. A part La Liste de Schindler de Spielberg ou The Artist – fac-similé de film muet –, rares sont les œuvres récentes en noir et blanc qui ont fasciné les foules, surtout quand elles n’avaient pas l’alibi du passé et d’une éventuelle authenticité historique.

Cela n’empêche pas quelques cinéastes d’être des aficionados de ce sous-genre achromatique, notamment, le Philippin Lav Diaz ou le Français Philippe Garrel. S’ils ne figurent pas dans le best of qui suit, c’est parce que pour l’instant les films de Lav Diaz sont encore très peu diffusés (nous ne les avons pas vus) et que les derniers travaux de Garrel nous paraissent moins inventifs formellement que lors des décennies précédentes.

Le noir et blanc reste un continent à part, une sorte de réserve arty, au bon sens du terme, où vont se ressourcer régulièrement la majorité des cinéastes pour qui le cinéma est indissociable d’une part de recherche esthétique. A présent, faire du noir et blanc, autrefois synonyme de banalité (jusqu’en 1955-60, grosso modo), est obligatoirement la manifestation d’un souci graphique et formel. Une sorte de pied de nez esthétique à la folie du pixel et du réalisme clinique induite par le numérique.

Les Harmonies Werckmeister, de Béla Tarr (2001)

Béla Tarr n’a pas toujours tourné en noir et blanc, mais il l’a définitivement adopté en 1988 à partir de Damnation, et jusqu’au Cheval de Turin (2011), son œuvre ultime puisqu’il a mis un terme prématuré à sa carrière. Les Harmonies Werckmeister est le dernier volet d’une trilogie écrite avec l’écrivain Laszlo Krasznahorkai (comme les films suivants), qui en gros traite de la déliquescence morale et sociale d’une Hongrie dont on ne saisit pas bien si elle est contemporaine ou purement imaginaire. Sans doute la réponse se situe-t-elle à mi-chemin.

La puissance du film ne tient pas seulement à son ambiance de fin du monde, ni à ses personnages aussi étranges que ceux de Dreyer (autre grand maître du noir et blanc), mais également à son travail sur le clair-obscur. Surtout l’obscur, en l’occurrence, puisqu’une grande partie du film est consacrée à la tournée nocturne d’une sorte de facteur de village. Béla Tarr ne filme pas en noir et blanc par coquetterie, mais pour pousser le graphisme de l’image à son comble et forcer les contrastes, purifiant pour ainsi dire la noirceur à force de la saturer. C’est particulièrement flagrant au début de l’épisode de la baleine, où la dépouille du monstre presque antédiluvien est plongée dans l’obscurité avec à peine quelques taches de lumières pour en suggérer l’ampleur et l’horreur.

Computer chess, d’Andrew Bujalski (2013)

Au début des années 1980, un congrès de binoclards est réuni pour un championnat d’échecs par ordinateur dans un hôtel lambda. Combat de coqs version technoïde : chaque informaticien arrive avec son programme chéri, qu’il lance dans l’arène virtuelle – ou presque, puisque les pièces du jeu sont déplacées manuellement (d’après les indications des ordinateurs).

Le cinéaste a poussé la reconstitution jusqu’à tourner avec des caméras vidéo primitives en noir et blanc des années 1970, au rendu cotonneux du plus bel effet. A priori c’est d’une authenticité rébarbative et le vérisme malade de la reconstitution peut agacer. Comme si le message n’était plus le médium mais le décorum. Mais Bujalski est plus retors. S’il a poussé la reconstitution jusqu’à l’hyperréalisme, c’est pour mieux déchaîner une intense loufoquerie.

Renaissance, de Christian Volckman (2006)

Dans le Paris de 2054 métamorphosé en mégapole tentaculaire, un privé enquête sur la disparition d’une jeune scientifique. Certes, l’intrigue policière sur des manipulations eugéniques, mixant des clichés de la science-fiction libertaire à ceux des films noirs américains, est déjà vue. Mais visuellement, ce dessin animé en noir et blanc est une merveille. Imaginez un Metropolis en négatif, transposé dans un Paris futuriste. Le film est contrasté au point de ressembler à un négatif.

C’est donc avant tout un film plongé dans le noir et strié de lignes et d’éclairs blancs qui dessinent des formes humaines ou architecturales. Saisissant. Dans un même ordre d’idées et d’esthétique, on peut cité Alois Nebel, film tchèque réalisé en rotoscopie – tournage en images réelles avec des comédiens ensuite redessinés – tandis que Renaissance emploie le motion capture – comédiens munis de capteurs, dont les mouvements sont traduits en images de synthèse.

Pursuit of loneliness, de Laurence Thrush (2012)

Los Angeles par un réalisateur de publicité british déjà auteur d’un étonnant premier film en noir et blanc situé au Japon, ce semi-documentaire est quasiment expérimental en raison de sa narration diffractée et distanciée. Son événement central est la mort d’une vieille dame seule, Cynthia. Le film tente de reconstituer sa vie, à travers les recherches des services sociaux sur sa famille, plus quelques flash-backs et des scènes quotidiennes de l’hôpital où elle est morte. ...

Un travail fragmentaire, en noir et blanc, qui donne souvent l’impression d’être filmé par une sorte de caméra de surveillance. Le cinéaste, en privilégiant le montage (pas de plans séquence) et multipliant les gros plans (parfois macro), pose un regard clinique, attentif mais dénué de sensiblerie sur les effets de la solitude urbaine et de la vieillesse.

 

 

 

 




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