Les cent meilleurs films du 21e siècle

Les cent meilleurs films du 21e siècle
Source : lesinrocks.com Cinema
06/10/2016 10:46

Le mois dernier, la BBC proposait un classement des 100 meilleurs films selon un panel de critiques internationaux pour les 16 années écoulées. Nous nous sommes à notre tour amusés à retraverser nos émois cinéphiles de ce début de siècle afin d'offrir un contrepoint au classement de la BBC. Voici donc nos 100 films, dévoilés par tranches de 25, en partant du dernier.

75 : Deux en un, de Bobby et Peter Farrelly (Stuck on You, USA, 2003) avec Matt Damon, Greg Kinnear, Meryl Streep

Au début des années 2000, la fratrie Farelly touche les cimes. Après la galvanisante ode à la schizophrénie de Fous d’Irène, ils réussissent leur film le plus poignant avec cette chronique d’une progressive déliaison entre deux frères siamois. Greg Kinear et Matt Damon campent ce tandem fusionnel avec une sentimentalité exacerbée. Bien sûr, le film est hilarant, et pourtant un frisson mélo le parcourt de part en part. Et en plus, il y a Cher, impériale en milf suprême au pieu avec un amant mineur qui dévore du popcorn dans un grand saladier.

Teaser : Deux en un est un des deux films interprétés par Matt Damon classés dans ce top 100 – l’autre figure dans les dix premiers. En revanche, Deux en un est un des quatre films classés d’Eva Mendes, ce qui en fait une des actrices les plus présentes du top. Et l’un de ces films figure vraiment sur les plus hautes marches du podium…

74 : Syndromes and a Century, d’Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande, France, Autriche, 2006) avec Nantarat Sawaddikul, Jaruchai Lamaram

Moins remarqué que Tropical Malady ou Oncle Boonmee qui furent sélectionnés en compétition à Cannes et primés, Syndromes and a Century est pourtant au moins aussi fort, beau et étrange. Comme beaucoup de films du cinéaste, celui-ci se passe dans un hôpital. Et comme toujours, notre configuration cartésienne ne comprend pas tout ce que raconte Apichatpong mais notre zone sensible ressent profondément la beauté et la puissance de ses plans qui scannent poétiquement les mystères anxiogènes de la maladie et de la médecine.

Teaser : les rêveries à la beauté maladive du cinéaste thaïlandais reviendront hanter ce classement.

73 : Triple Agent, d’Eric Rohmer (France, Italie, Russie, Espagne, Grèce, 2004), avec Katerina Didaskalou, Serge Renko, Cyrielle Clair

Tiré d’un fait divers véridique (assez rare chez Rohmer pour être noté), Triple agent se déroule dans les années trente à Paris, et raconte l’histoire d’un général russe blanc émigré qui s’occupe en travaillant pour plusieurs réseaux d’espionnage ennemis… L’avant-dernier film d’Eric Rohmer est le film d’espionnage le plus original qui soit. Un film sur le mensonge sans gadget ni poursuite, avec des échanges d’informations et des manipulations menés sur un ton badin. Tout finira mal, comme il se doit.

Teaser : Triple agent est un des deux films d’Eric Rohmer du classement. Rappelons que le vétéran de la Nouvelle Vague nous a quittés en 2010.

72 : Les 1001 nuits, de Miguel Gomes (As 1001 Noites, Portugal, 2015) avec Cristina Alfaiate, Joana de Verona, Adriano Luz

Dans un pays d’Europe en crise, une équipe de tournage tente de rendre compte des conflits sociaux et de la misère grandissante qui frappe leur peuple. Le réalisateur, écrasé par l’ampleur de la tâche, s’enfuit et laisse Shéhérazade prendre la parole à sa place. La belle jeune femme, pour éviter d’être exécutée par le cruel souverain auquel elle a été mariée de force, lui raconte chaque soir une nouvelle histoire pour le captiver. Au fil des nuits, l’inquiétude laisse place à la désolation, puis à l’enchantement. Patchwork de styles narratifs et esthétiques, le triptyque de Gomes est un foisonnant puzzle poétique, imprégné d’érotisme et sous-tendu par un fil rouge : réenchanter le cinéma politique par l’invention et le merveilleux.

Teaser : Miguel Gomes est un jeune cinéaste très aimé à la rédaction.

71 : Saint Laurent, de Bertrand Bonello (France, 2014) avec Gaspard Ulliel, Jérémie Renier, Louis Garrel, Léa Seydoux

Bertrand Bonello portraiture le couturier dans un biopic très peu épique, aux antipodes du rise and fall archétypal. Il propose plutôt une apnée dans les grands fonds marins d’un psychisme particulièrement torturé, exploration scrupuleuse d’une vie intérieure aussi intense que complexe. La beauté du film gît dans sa construction, l’élaboration de son montage, ses images rémanentes, son grand charivari où s’entremêlent toutes les étapes d’une vie. Le temps n’est pas une flèche, il n’avance pas. Il s’enroule plutôt en anneaux, comme ces serpents qui hantent Saint Laurent la nuit. On est jeune et vieux en même temps. Tout se diffracte dans le grand kaléidoscope d’une vie et le film en restitue génialement le perpétuel scintillement.

Teaser : Saint Laurent est le seul film de ce classement interprété par Gaspard Ulliel. En revanche, Louis Garrel apparaît dans quatre films, et Léa Seydoux dans cinq – carrément. Ce qui en fait la championne de ce top dans la catégorie Interprètes. Même si dans certains de ces cinq films son rôle n’est parfois que très secondaire.

70 : Woman on the Beach, de Hong Sang-soo (Corée du Sud, 2006), avec Kim Seung-woo, Go Hyun-jung

Comme souvent chez Hong Sang-soo, le personnage principal de Woman on the Beach est un réalisateur en crise qui décide de partir chercher l’inspiration dans une station balnéaire en compagnie de son chef opérateur et de sa petite amie qui va petit-à-petit se rapprocher du réalisateur. Dans ce marivaudage emplis de grisaille, la fuite dans le désir amoureux ou sexuel, on ne sait jamais, est perçue comme un remède au mal être. Avec une légèreté mélancolique et un humour tour à tour tendre et cruel, le réalisateur coréen démontre une nouvelle fois dans ce film son immense talent pour capter la furtivité des émotions et rendre compte d’un réel où la trivialité de l’existence se mêle à une puissance poétique folle.

69 : La Captive, de Chantal Akerman (France, Belgique, 2000) avec Stanislas Merhar, Sylvie Testud

Relecture moderne et libre de La Prisonnière, La Captive est sans doute la meilleure adaptation cinématographique de Proust et le film le plus intelligent sur la sexualité humaine. Le film raconte l’histoire d’un homme oisif (Stanislas Mehrar) obsédé jusqu’à la folie par une femme qu’il a recueillie chez lui et dont il connaît les goûts lesbiens. Inatteignable, insaisissable, elle est l’obscur et parfait objet de son désir.

68 : A l’ouest des rails, de Wang Bing (Chine, 2003)

Une grande fresque documentaire (plus de neuf heures) qui parcourt dans tous les sens un gigantesque complexe industriel devenu obsolète du nord-est de la Chine, peu à peu abandonné par les ouvriers et livré à la rouille. Wang Bing, à l’époque un inconnu total, réussit seul, avec sa caméra, un coup de maître : montrer et métaphoriser la fin de la Chine communiste. Attentif aux petites histoires humaines qui font la grande Histoire, A l’ouest des rails est un chef d’oeuvre.

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