Réconcilier les Marocains et le livre, une mission ambitieuse (mais pas impossible)

Réconcilier les Marocains et le livre, une mission ambitieuse (mais pas impossible)
Source : Huffpost Maghreb
13/02/2017 16:15

"Réconcilier le livre, le produit culturel et le grand public", tel est l'objectif de la 23e édition du Salon international de l'édition et du livre (SIEL), qui se poursuit à Casablanca jusqu'au 19 février.

Le "grand public" et le livre sont-ils à ce point fâchés que le ministère de la Culture en vient à définir pour objectif le terme de réconciliation? Il faut dire que les Marocains lisent peu, voire quasiment pas, comme l'indiquent les récentes enquêtes menées à ce sujet. Celle de l'association Racines, rendue publique en novembre dernier, dresse une situation alarmante. Selon l'enquête réalisée par Aicha Nouri et Mohamed Sammouni, sous la direction d'Aadel Essaadani, 64.3 % des Marocains n’ont acheté aucun livre au cours des 12 mois qui ont précédé l’enquête. Durant la même période et toujours selon la même enquête, 84.5% des Marocains ne se sont inscrits dans aucune bibliothèque ou médiathèque. "Le livre est en souffrance" Une situation que dénonce l'auteure marocaine Kenza Sefrioui, qui vient de publier "Le livre à l'épreuve", un livre-enquête sous-titré "Les failles de la chaîne au Maroc" et paru aux éditions "En toutes lettres". "Le livre est en souffrance au Maroc parce qu'on a structurellement une situation qui ne met pas le livre au service des gens", regrette Kenza Sefrioui dans une déclaration au HuffPost Maroc. "Nous n'avons pas plus de 600.000 bibliothèques publiques au Maroc, un pays de plus de 34 millions d'habitants", poursuit-elle. "Nos meilleures plumes partent publier à l'étranger" Pour Aadel Essaadani, président de l'association Racines, si les Marocains lisent si peu, c'est parce qu'ils n'ont pas été initiés à la lecture dès leur plus jeune âge. "C'est simple, nous ne leur faisons pas aimer le livre à l'école. C'est une question de société. Au Maroc, contrairement à d'autres pays, on n'a pas le réflexe de faire lire un livre à son enfant et l'école en est grande partie responsable. Or si on ne commence pas ce travail à l'école, on risque de ne jamais ressentir le besoin de lire", déclare-t-il au HuffPost Maroc. Kenza Sefrioui est tout aussi alarmiste. Pour celle qui se considère à la base comme critique littéraire, "il n'y a absolument rien qui permet d'initier une dynamique de lecture publique au Maroc, alors que nous avons des plumes". "Nos meilleures plumes partent publier à l'étranger, que ce soit au Liban ou en Égypte pour les arabophones, ou à Paris, pour les francophones. C'est dommage car du coup, ces livres arrivent importés. Ils sont alors chers, et ça ne contribue pas à ce qu'un dialogue s'établisse entre nos écrivains, nos penseurs et les gens qui ont envie de lire, de rêver, de comprendre", déplore-t-elle. Une seule solution pour changer la donne et pousser les Marocains à lire : "Faire pression sur nos pouvoirs publics, qui ont la responsabilité de mettre en place des infrastructures qui concerne tout le monde", insiste Kenza Sefrioui. Besoin d'une "politique d'ampleur" Selon l'éditrice et auteure, la majorité des initiatives qui existent aujourd'hui sont l'oeuvre de la société civile: "C'est l'État qui a les moyens de mener une politique d'ampleur et de pallier les déséquilibres, car aujourd'hui le livre est complètement concentré sur l'axe Rabat-Casa. Il y a un peu de dynamisme dans le nord, mais les villes universitaires n'ont rien. Je ne vous parle même pas des campagnes. On a un pays qui est complètement sinistré culturellement". "Les autorités doivent soutenir davantage l'industrie du livre, en subventionnant des livres pour qu'ils soient à la portée de tous", indique pour sa part Aadel Essaadani. ...




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