Hicham Lasri: "Il n'y a pas meilleur endroit que la Berlinale pour la naissance d'un film"

Hicham Lasri:
Source : Huffpost Maghreb
15/02/2017 12:15

C'est avec un grand enthousiasme que le dernier film de Hicham Lasri a été accueilli dimanche soir au Festival du film de Berlin. Le cinéaste marocain a également présenté hier soir Headbang Lullaby au festival Travelling de Rennes, un film qu'il définit comme un western moderne, à cheval entre absurdité et douceur.

Cinéaste de son temps, fraîchement nominé "Personnalité web de l'année" aux Maroc Web Awards, il nous raconte l'accueil réservé à son dernier long-métrage en Allemagne et en France, avant la première marocaine du film en mars prochain, puisque Headbang Lullaby sera présenté en compétition au Festival international du cinéma méditerranéen de Tétouan. HuffPost Maroc: Comment a été accueilli votre nouveau long-métrage, Headbang Lullaby, à la Berlinale ? Hicham Lasri: Très chaleureusement. On me connait un peu ici, donc il y a toujours une sorte d'attente de la part des gens, mêlée à un désir personnel de conquérir un nouveau public, d'autant qu'il s'agissait de la première mondiale. Comme c'est un film un peu absurde, il y a eu plus de rires que pour mes précédents films. Parfois jaune, parfois de vrais éclats de rires. Je suis content, je pense qu'il n'y a pas meilleur endroit pour la naissance d'un long-métrage. Qu'est ce que Headbang Lullaby vous évoque ? Pourquoi avoir choisi ce titre ? Une douceur malheureuse. C'est comme un morceau de musique metal. Quand on écoute ça de loin, qu'on n'est pas initié, c'est très agressif, mais à partir du moment ou l'on tend l'oreille, ça devient quelque chose de très doux. Je voulais donner l'ampleur de l'étrangeté des années 80 au Maroc, et raconter quelque chose qui a priori semble très rugueux dans cet écriture agressive, et qui à l'intérieur est en vérité très soft, très ritournelle. Car ça parle aussi beaucoup de tendresse, d'un flic qui attend que la journée se termine, et qui va apprendre à vivre au contact d'une population qui n'a rien mais qui est heureuse. Tandis que lui a tout ce qu'il veut, mais est très malheureux. Cela raconte le passage d'une figure d'autorité écrasante à un être humain beaucoup plus simple, beaucoup plus tendre, perméable, plus doux. Peut-on considérer que Headbang Lullaby est une sorte de western moderne, à l'image de Paris, Texas de Wim Wenders ? Oui, il y a un côté western, à travers ce personnage solitaire un peu perdu en lui-même, mais qui est obligé de cohabiter avec des gens complètement euphoriques, notamment grâce à l'épopée du Maroc en Coupe du Monde de football en 1986. Ce qui a d'ailleurs ouvert une porte d'espoir dans ces années où la vie était encore moins facile qu'aujourd'hui. On a également essayé de travailler des textures de couleurs et de lumières très chargées, ce qui donne une sorte d'aspect maladif mais assez beau, qui renvoie directement à l'intériorité du personnage principal. Donc oui, Paris, Texas est une belle référence, mais on peut également dire tout simplement que Headbang Lullaby est une sorte de western moderne marocain, sans le côté parodique. On a un personnage plus ou moins héroïque face à une population plus ou moins dépassée. C'est ce qui donne à mon film le côté western. Ça joue beaucoup aussi sur l'absurdité marocaine, l'hypocrisie, la mauvaise foi, l'à-peu-près, la crainte du pouvoir... La vie est peinte ici comme un brouillon. Vous avez une cadence très soutenue depuis le début de votre carrière. Vous n'avez pas peur d'essouffler votre créativité en sortant presque un film par an ? Non, je ne pense pas. J'ai toujours pensé que chaque idée en cachait une autre. Maintenant, il faut faire le tri et être extrêmement rigoureux. Je suis dans une écriture très personnelle, tranchée et tranchante. Je préfère réfléchir de telle manière à ce que chaque film soit une brique qui construit une oeuvre. Je travaille sur le 7e long-métrage. Entre temps, j'ai fait une bande dessinée. Je n'ai pas l'impression d'être dans une parcimonie créative et intéressée. Je pense que les idées viennent de l'exploration de nouveaux territoires. Vous êtes pour la première fois nominé aux Maroc Web Awards, en tant que "Personnalité web de l'année". Qu'est ce que cela vous évoque ? Durant les cinq dernières années, j'étais totalement déconnecté. Je n'avais ni Internet, ni Facebook… J'ai voulu rester déconnecté pour réellement me focaliser sur la réalisation de mes longs-métrages. Mais depuis l'été dernier, j'ai commencé à sortir de mon terrier, je me suis relancé sur Facebook. Ce qui m'intéressait dans la démarche de me "re-connecter", c'était les nouvelles techniques d'écriture qui découlent d'internet, la nouvelle manière de capturer le réel. ...




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