« Les victimes de la crise en République centrafricaine ont soif de justice »

« Les victimes de la crise en République centrafricaine ont soif de justice »
Source : Lemonde.fr Afrique
11/05/2017 17:00

Alors que la Centrafrique célèbre sa Journée nationale des victimes de conflits, Amnesty lance une campagne d’aide pour solder les crimes commis durant la crise politique de 2013.

 

Les yeux hagards, Lydie revit les événements ayant tragiquement changé le cours de sa vie un matin d’août 2014. Sa cousine vient de sortir pour se rendre à l’église, la laissant seule dans leur maison du quartier Boy Rabe à Bangui, la capitale centrafricaine. Alors qu’elle vaque à ses occupations, des bruits d’armes se font entendre. Redoutant le pire, Lydie se réfugie alors dans les toilettes. Une poignée de minutes plus tard, la porte d’entrée est défoncée par quatre membres du groupe armé anti-Balaka.

Lydie ferme ses yeux emplis de larmes. Elle les rouvre après quelques secondes et, avec un regard lointain, poursuit courageusement son récit : « Deux d’entre eux m’ont déshabillée en m’assénant des coups lorsque j’essayais de résister. Les minutes semblaient interminables. Ils m’ont violée à tour de rôle. J’ai appelé à l’aide mais sans succès. »

Lydie n’avait que 16 ans à l’époque. Et bien qu’elle me dise que « rien ne pourra jamais effacer cet horrible événement de sa tête », elle s’empresse d’ajouter : « Cela va me soulager si on les arrête, les juge et les condamne. »

Méfiance de la population

Ce cri du cœur de Lydie fait écho à ceux de nombreuses victimes des groupes armés ex-Séléka et anti-Balaka avec lesquelles j’ai échangé aux mois de juin et octobre 2016 au cours d’une mission en RCA. Elles martèlent toutes ces mots, symbole de la soif de justice qui les anime : « Je veux que les responsables soient pourchassés et punis » ; « Je garde espoir que j’aurai gain de cause » ; « Le dernier mot appartient à la justice » ; « Personne n’est au-dessus de la loi ». Un souhait certes, mais que d’obstacles à sa réalisation !

Avant que le conflit n’éclate en 2013, le système judiciaire et pénitentiaire en RCA était déjà fragile. Quatre ans plus tard, il a besoin d’être reconstruit presque entièrement. Et les défis auxquels il fait face suscitent, chez les victimes, des réserves quant à sa capacité, en l’état actuel, de rendre justice. Ces réticences exprimées sont de plusieurs ordres.

Jeanne, une femme de 29 ans du quartier de Boy Rabe qui a perdu son bébé de 2 mois en août 2013 après qu’une roquette a été lancée sur sa maison par des ex-Séléka, m’explique d’un air dépité pourquoi elle n’a pas porté plainte : « La justice dans notre pays ne fait rien pour nous aider. » Elle n’est par ailleurs pas convaincue que cela aboutirait à traduire en justice les responsables. ...




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