En Tanzanie, le reportage musical sur l’île aux albinos

En Tanzanie, le reportage musical sur l’île aux albinos
Source : lesinrocks.com
13/06/2017 09:00

Le 13 juin est la Journée mondiale de sensibilisation à l'albinisme. L'occasion de découvrir "White African Power", un album enregistré en Tanzanie sur l'île refuge des albinos.

Mais qu’est-ce qui anime le producteur américain Ian Brennan ? Il y a deux ans, il sortait un album de musique enregistrée dans une prison de haute sécurité au Malawi. Quatre ans plutôt, il avait enregistré les chansons de vendeurs de brochettes de souris grillées au bord des routes, toujours au Malawi. Depuis, il a produit une bouleversante compilation de chants interprétés par des vétérans de la guerre du Vietnam – mais Vietnamiens, pour une fois.

Après avoir adoré l’indie-rock et fait son travail de producteur dans le monde de la pop au sens large (il a travaillé avec Richard Thompson, Tinariwen, TV On The Radio), cet homme a versé dans une forme radicale, extrême et engagée de production ethno-musicologique : il débusque la musique là où personne d’autre ne va ; là où, à la limite, il n’y a même pas de musique. Il poursuit, dans le monde entier et avec les moyens d’aujourd’hui, l’œuvre de maître Alan Lomax, dont la mission était de “donner une voix aux sans-voix“.

Le martyre des albinos

Son dernier projet, Tanzania Albinism Collective, est un autre voyage aux confins des sociétés humaines. Avec sa femme, la photographe italo-rwandaise Marilena Delli, il s’est rendu sur l’île tanzanienne d’Ukerewe, posée sur l’immense lac Victoria. Là vivent environ 150 000 personnes, dont un nombre important d’albinos. C’est une île refuge, pour une population victime de racisme (au mieux) et de persécutions sur le continent africain.

Dans cette partie de l’Afrique, naître albinos est une malédiction. Pas seulement à cause des problèmes de santé liés à cette maladie génétique (troubles de la vue, risques de cancers de la peau), mais pour des raisons culturelles. Les enfants peuvent être abandonnés par leurs parents. Enfants et adultes peuvent être violés, enlevés, tués et mutilés. Les albinos sont surnommés « argent », parce qu’on attribue à leurs organes des vertus magiques. Les morts sont volés, démembrés et vendus. Sur le marché de l’horreur, où cette histoire atteint des sommets, le corps d’un albinos peut valoir plus de 65 000 €.

La peur des instruments

Des musiciens albinos, on en connaît quelques-uns, de la star malienne Salif Keita au rappeur d’ici, le cagoulé Kalash Criminel. Ceux rencontrés par Ian Brennan sont albinos avant d’être musiciens. "A une exception près, personne sur le disque n’avait jamais écrit de chanson ou joué d’instruments. A vrai dire, on a appris qu’ils n’avaient même pas eu le droit de chanter à l’église, un endroit où historiquement tout le monde pouvait s’exprimer, même au temps de l’esclavage".

En collaboration avec l’association humanitaire anglaise StandingVoice, présente sur l’île, Ian Brennan a recruté 18 candidats volontaires à l’écriture et l’interprétation de chansons, en échange d’une petite rémunération et d’un repas quotidien pendant les onze jours qu’a duré l’enregistrement. Des instruments ont été envoyés avant l’arrivée de Brennan et sa femme, pour que les participants puissent se familiariser avec eux, mais personne n’y a touché. ...




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