Polémiques autour de l'enterrement d'une momie

Polémiques autour de l'enterrement d'une momie
Source : Sciencesetavenir.fr
02/11/2017 06:00

La décision du Kirghizstan d'enterrer sa seule momie, vieille de 1.500 ans, provoque la colère du monde scientifique. Il accuse les autorités de céder aux médiums de ce pays d'Asie centrale où les superstitions restent très ancrées.

La momie, dont on sait peu de choses à part qu'il s'agit d'une femme, a été retirée du musée où elle se trouvait et remise sous terre en hâte à la mi-octobre 2017 dans le sud du pays, où elle avait été découverte en 1956. Cette décision a été prise par une commission gouvernementale, malgré l'opposition de la seule archéologue y siégeant, mais conformément à l'avis du ministre de la Culture Toulguelbaï Kazakov. Ce dernier a justifié la décision de la commission par le fait que la relique avait été largement négligée par les scientifiques et que le Kirghizstan manquait des fonds pour la conserver dans de bonnes conditions. Le ministre s'est depuis retrouvé visé par un flot de critiques, aboutissant à sa démission samedi face à la désapprobation du président Almazbek Atambaïev.

Le Kirghizstan, un pays né de l'éclatement du bloc soviétique

Certains observateurs ont noté l'étrange concomitance de la mise en terre de la momie avec l'élection présidentielle remportée par Sooronbaï Jeenbekov, un allié du chef de l'Etat sortant de cette ex-république soviétique politiquement encore très instable. Selon eux, cette décision met en lumière l'influence des superstitions dans les cercles politiques du pays. L'enterrement de la momie était réclamé par les médiums du pays, très influents auprès de certains cercles, qui avertissaient d'une catastrophe si la relique restait enfermée dans un musée. Zamira Mouratbekova, l'une de ces médiums, affirme avoir reçu un message du monde des esprits ordonnant aux autorités d'enterrer la momie : "Elle n'était jamais morte", affirme-t-elle à l'AFP. "En l'enterrant à nouveau, nous avons évité un bain de sang à l'élection", ajoute-t-elle, dénonçant les appels des scientifiques à la déterrer comme une grave erreur.

Kadycha Tachbaïeva, la principale archéologue du pays, qui a participé à la commission sur la momie, dénonce pour sa part une décision motivée par les conseils de charlatans. "On s'imagine que ces gens ne sont que des sectaires et des marginaux. Mais ils se font entendre et l'Etat fait écho à leurs positions", regrette-t-elle. Bien que le Kirghizstan soit majoritairement musulman, les pratiques chamaniques et les superstitions sont encore très répandues. En 2011, les députés avaient sacrifié rituellement sept moutons dans le bâtiment du Parlement pour exorciser les "mauvais esprits".

Le président sortant Almazbek Atambaïev a condamné l'enterrement de la momie. Un des membres de son parti, participant à une commission parlementaire créée après l'enterrement, pour décider une fois encore du sort de la momie, s'est néanmoins prononcé pour laisser la relique sous terre. "Est-elle Kirghize ? Est-elle musulmane ? Nous ne savons rien de cette momie", dont la mort précède sans aucun doute la naissance de l'Islam, a indiqué le député Ryskeldi Mombekov. "La déterrer de nouveau serait du vandalisme", a-t-il déclaré lors d'une session tendue du Parlement début octobre. ...

 




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