Chikaya.ma, le nouveau « Big Brother » de l'administration ?

Chikaya.ma, le nouveau « Big Brother » de l'administration ?
Source : LesInfos.ma
10/01/2018 15:00

Le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani a procédé ce mardi 9 janvier au lancement officiel du portail en ligne « Chikaya.ma » destiné à récolter les remarques des usagers du service public et leurs réclamations. Ce nouvel outil permettra-t-il d'améliorer la qualité des services ?  

Légalisation, copies conformes, « moukataâ », et ses milliers de timbres... Bon nombres de citoyens frémissent à l'idée d'affronter les rouages complexes de l'administration marocaine, dont certains fonctionnements peuvent encore sembler obscurs. Afin de déblayer quelque peu ce parcours du combattant, le gouvernement met en place un nouvel outil : « chikaya.ma ». Lancé ce mardi 9 janvier par le chef du gouvernement, Saâddedine El Othmani, ce portail vise essentiellement à récolter les réclamations des usagers du service public, ainsi que leurs propositions et leurs observations. A travers cette plateforme, l'Exécutif pourra ainsi exercer un suivi des différentes réclamations affairant aux départements et établissements publics. Une réponse adéquate devra par ailleurs leur être apportées dans un délais de 60 jours.

Pour le Chef du gouvernement, relayé par nos confrères de TelQuel, Chikaya.ma peut « contribuer au traitement des différents dysfonctionnements que connaît l'administration publique » et constituer un mécanisme de « lutte contre la corruption ».

Le management de l'efficacité

Ces initiatives – louables - participent à la construction du devoir civique et insufflent le sentiment que tout un chacun détient le pouvoir d'agir positivement en faveur d'un changement. Pour autant, ces mécanismes de « dénonciations » et de contrôles par des instances supérieures – l'Exécutif en l'occurrence - interrogent quant à leur efficience... L'exemple du numéro vert anti-corruption, mis en place en 2015, s'inscrit dans cette même logique et brille par son inefficacité ! Si les premiers mois de sa mise en fonction, il a fait l'objet d'un véritable engouement par les citoyens lassés par ce phénomène qui gangrène la société marocaine, l'absence de résultats probants (12 condamnations sur plus de 200.000 appels enregistrés !) et les problèmes techniques (lignes téléphoniques saturées, etc.) ont en revanche achevé l'enthousiasme des usagers et -quasiment- enterré ledit service. Fatalisme : 1 - progrès de la société civile : 0...

De nombreuses études ont par ailleurs démontré que les outils de surveillance du travail, accompagnés de leurs corollaires contrôles, sanctions et récompenses, ont la fâcheuse tendance à grever la productivité des employés. Des pontes du management tels que Ethan Bernstein, de la Harvard Business School ou encore Zynep Ton, professeur associée à la Sloan School of Management du MIT, plaident en effet pour un rapport au travail moins soumis au stress et à la pression pour une meilleure efficacité.

Le paradoxe du « batbout »

Des théories, qui ont porté leur fruits dans de nombreux pays, mais qui semblent faire pâle figure face au professionnalisme chancelant de certains de nos fonctionnaires de l'administration publique... Que faire en effet devant un représentant de l'administration qui n'hésite pas, en votre ostensible présence - et pour cause, vous êtes assis à son bureau-, poursuivre sa conversation téléphonique privée capitale (il y est question d'avoir recours à de l'ail ou du citron pour lutter contre un rhume) ou interpeller son collègue pour un service de premier ordre (le second est chargé de ramener le batbout dans l'heure) ? La plateforme Chikaya a-t-elle vocation à redresser ce genre de « torts » et remonter les bretelles de ces employés qui ne distinguent pas clairement la frontière entre la sphère privée et professionnelle ? Où se situe par ailleurs le curseur de la tolérance à la familiarité ? Celle-ci est-elle considérée comme un manquement à la mission de service public ? Si le service Chikaya sonne a priori comme une brillante idée, il sous-tend de nombreuses questions relatives aux fonctionnements même de notre société, qui appelle d'un côté une certaine exigence et se soulève contre ses nombreuses aberrations ; de l'autre prône la politique de la « tunique ou jellaba bien ample (kachaba wassaâ) » et un fatalisme à tout épreuve.

[Les exemples cités entre parenthèses sont tous véridiques]

 

 

 







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