Vers une culture de la césarienne au Maroc ?

Vers une culture de la césarienne au Maroc ?
Source : LesInfos.ma
10/01/2018 17:00

Dépassant dangereusement le plafond fixé par l’OMS, la césarienne est l’intervention chirurgicale la plus pratiquée sur le sol marocain. Business rentable pour les cliniques et aux abonnés absents dans le milieu rural et les zones reculées, elle souffre – à tort et à raison – d’une mauvaise réputation même dans les cas où elle demeure la meilleure issue. 

Les accouchements par césarienne dans les milieux urbains connaissent une augmentation inquiétante. Alors que l’OMS limite à 15% le taux de ces actes chirurgicaux, le Maroc explose le plafond avec plus de 50%. À l’instar du Brésil – champion du monde des césariennes avec un taux de plus de 80% -, le Maroc suivrait-il le "mauvais" exemple des pays d’Amérique Latine ?

Un business juteux

Aujourd’hui, plus de six femmes sur dix accouchent par césarienne. Contrairement aux idées reçues, et si effectivement plusieurs gynécologues privilégient la chirurgie pour des raisons de confort financier, de meilleure gestion de leurs plannings et de moindre risques (quoique cette intervention, comme tout acte chirurgical, comporte de sérieux risques), beaucoup de patientes – essentiellement issues des classes moyennes à nanties - exigent cette solution principalement pour éviter un accouchement par voie basse et s’assurer le confort de programmer un accouchement en évitant les naissances « surprises » avec tout leur lot d’imprévus et de contractions douloureuses, entre autres.

De ce fait, l’accouchement dit naturel a reculé de manière significative en milieu urbain, au cours de la dernière décennie, passant de 64% à 50%. Cette tendance touche essentiellement les accouchements dans le secteur privé. Les cliniques optent en effet pour cette solution pour les avantages financiers qui en découlent mais aussi pour satisfaire le maximum de demandes, allant jusqu’à libérer les chambres dans des délais parfois records. Une césarienne nécessite une durée d’hospitalisation moyenne de quatre à cinq jours – au vu de l’état physique de la mère et des risques d’hémorragie accrus – et dans les cas d’accouchements gémellaires et plus, la durée peut aller jusqu’au double, huit jours, comme ce qui est préconisé en Europe par exemple. Or, au Maroc, même pour les accouchements de multiples, les patientes quittent les cliniques dans un délai maximal de quatre jours (sauf, bien entendu, en cas de complications).

De plus, financièrement parlant, un accouchement par voie basse coûte en moyenne 3.500 dirhams et nécessite une hospitalisation n’excédant pas les 24 heures, tandis que la césarienne vaut le triple, soit une moyenne de 10.000 dirhams et une hospitalisation de quatre jours, ce qui est beaucoup plus rentable pour les cliniques.

Les hôpitaux publics et le monde rural atténuent le choc

A contrario, les hôpitaux publics observent une baisse continue de cette intervention chirurgicale. Ainsi, les récentes études démontrent que la césarienne n’est pratiquée que dans 19% des cas - quand l’état, l’âge de la mère ou d’autres complications le demandent - et que les accouchements par voie basse restent les plus privilégiés (avec un taux de 81%).

Dans le monde rural, les causes de l’absence de cette pratique sont différentes. L’accouchement naturel reste pratiquement le seul privilégié. Et pour cause : notamment, le poids des traditions – une femme se doit d’accoucher dans la douleur et « normalement » - le manque d’information sur la nécessité de la césarienne dans des cas complexes et de l’inaccessibilité aux hôpitaux et aux soins dans les zones les plus reculées. C’est ainsi que l’écrasante majorité des naissances se fait par voie basse et que beaucoup d’accouchements s’opèrent dans l’intimité des foyers, ce qui est somme toute dangereux et augmenterait la mortalité chez les mères et les nouveaux nés.

La césarienne, trop diabolisée ?

La césarienne, bien que pratiquée abusivement dans des cas ne nécessitant absolument pas une telle intervention qui demeure très lourde et douloureuse, reste primordiale pour des accouchements plus complexes. Ainsi, elle est la meilleure solution quand le col de l’utérus peine à s’ouvrir malgré les contractions, quand l’enfant est mal positionné, en cas de naissances multiples (spécifiquement pour les triplés et plus), quand le fœtus souffre d’un retard de croissance et qu’une naissance par voie basse mettrait sa vie en danger, en cas d’hypertension ou de toxémie gravidique (forme de complication dite également pré-éclampsie), en cas d’hémorragies (…). Malheureusement, cette pratique qui pourrait sauver bien des vies, souffre d’une mauvaise réputation due aux abus, et reste diabolisée et pointée du doigt, même dans les cas où elle reste la meilleure issue.







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