Le 8 mars : les femmes, objets marketing comme les autres...

Le 8 mars : les femmes, objets marketing comme les autres...
Source : Lesinfos.ma
07/03/2018 15:00

Occasion de mettre en avant la lutte pour les droits des femmes et d’ouvrir des débats fructueux en termes d’égalité des sexes, le 8 mars s’est transformé au Maroc en une sorte de fête commerciale où tous les coups marketing sont permis.

Les panneaux publicitaires et autres façades de magasins et restaurants sont en saturation. Pour cause, des promotions, des soldes et des offres « exceptionnelles » sous prétexte d’une célébration engagée. Ainsi, « la journée internationale de la lutte pour les droits des femmes » est convertie en fête et surtout en occasion pour user et abuser de stratégies marketing afin d’écouler des stocks d’invendus, gagner davantage d’abonnés, augmenter les réservations d’établissements hôteliers et autres restaurants et vendre des crédits à gogo. Pire, ces pratiques devenues routinières et normalisées, font perdre tout sens à cette journée, fruit de luttes de femmes ayant marqué l’histoire et ayant pour principaux objectifs de dresser des bilans, de faire entendre des revendications et améliorer la condition féminine. Elle se mue tristement en sorte de festival où le sexisme et les clichés sont à leur apogée. Fait étonnant, les principaux détracteurs de cette journée… sont des femmes !
Un marketing qui rend les femmes « à leur place »
Grand nombre de magasins floquent leurs façades à coups d’offres pour « célébrer les femmes ». Les établissements de beauté entendent les embellir davantage, les opérateurs téléphoniques tentent de les rendre joignables par le biais de petits téléphones dénués de toute intelligence même artificielle, les restaurants leurs préparent des dîners inoubliables à coups de « ladies night », les enseignes de lingerie veulent les rendre pour attrayantes pour leurs hommes et même les magasins de vêtements pour enfants s’y mettent. D’ailleurs, dans une ruelle de Casablanca, une franchise spécialisée dans la mode infantile annonce vouloir gâter les mamans avec 30% de réduction sur les habits de leurs enfants. Édifiant. En fait, le 8 mars dans sa définition nouvelle, entend rendre les femmes à « leur place naturelle » tout simplement. Un rang duquel elles veulent justement s’extirper dans un souci d’égalité avec leurs congénères de sexe masculin.
A contrario, certains établissements, notamment hôteliers, ont décidé de suivre le cours de leur activité sans s’arrêter sur cette date. « Nous n’avons rien de prévu pour le 8 mars. Ce n’est pas une journée de célébration et les femmes sont à l’honneur tous les jours dans notre établissement », se targue le responsable commercial d’un hôtel de luxe connu de la place. Même son de cloche dans cette franchise de vêtements féminins : « Nous n’avons rien prévu. La saturation des offres nous étonne d’ailleurs compte tenu du fait que le 8 mars est une journée de lutte et non pas de célébration », nous explique la gérante visiblement étonnée par les soldes des concurrents.

Les femmes, principales détractrices

En posant la question à nombre de lecteurs des deux sexes, les réponses du côté des femmes sont quasi unanimes : cette journée a perdu son sens et ses objectifs depuis plusieurs années. « Je n’aime pas le 8 mars. Je pense que c’est une confirmation que la femme est une victime. Peut-être que cette journée a été instaurée avec de bonnes intentions à l’époque, mais au lieu de « célébrer » les femmes avec des offres sur les cosmétiques et des cures d’amincissement, j’aurais préféré l’action», nous confie Imane. Les hommes ne sont pas en reste. En plus de s’indigner sur l’aspect commercial, ils pointent du doigt une célébration alors qu’il y a matière et occasion de « lutter pour réclamer des droits ».
Nos intervenants n’ont pas tort. Le 8 mars est à la base une journée dédiée à la lutte pour le droit des femmes et il n’a jamais été question de « fête des femmes ». La nuance est importante puisqu’il résulte de cette confusion une objectivisation et une victimisation supplémentaires de la gente féminine, ce qui est contre-productif.

« Le 8 mars n'est pas la fête des femmes. C'est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Donc s’il vous plaît, arrêtez de nous féliciter, de nous offrir des fleurs et des cadeaux, de programmer des repas (…). C'est une journée qui marque la nécessité et le besoin de lutter encore davantage pour les droits des femmes. Ce n’est surtout pas une fête ! », insiste Sanaa El Aji, auteure du livre à succès « Sexualité et célibat au Maroc, pratiques et verbalisation ».
Si la colère et l’indignation se font ressentir dans moult témoignages, certaines femmes tentent de nuancer en voyant en cette date « une pensée pour la femme et au rôle important qu’elle joue dans la société. C’est une occasion de reconnaître sa valeur de lui consacrer une journée dans l’année pour rappeler au monde que derrière chaque grand homme il y a une femme », confie une femme, à la vision… optimiste.  




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