Selfie royal, justice divine et peine de mort : Une autre semaine ordinaire au Maroc

Selfie royal, justice divine et peine de mort : Une autre semaine ordinaire au Maroc
Source : Lesinfos.ma
13/04/2018 17:00

Chers lecteurs,

 

Permettez-moi aujourd’hui de vous écrire une lettre. Ça m’évitera d’abord le casse-tête d’un article en pyramide inversée, et ça me permettra de me rapprocher un peu plus de vous et de votre illustre indulgence.
Voilà une semaine un peu ordinaire où le lundi, pluvieux et agaçant - comme le reste de cette semaine d’ailleurs - s’est passé dans un calme relatif, sur le rythme d’un vent sifflant et d’un froid glaçant. Le printemps fait des siennes et les Marocains râlent. Nous sommes un peuple du soleil, « salina ! », alors les caprices de Mère nature, on en a un peu ras les doudounes, vous en conviendrez.
Mardi, le Maroc se réveille sur un selfie royal. Une photo, « sans commentaire », qui a tout de même déchaîné les plus folles passions. Perso, j’ai regardé la photo, je me suis dit « dommage, l’appareil photo est sacrément nul, elle est floue» et j’ai vaqué à mes occupations. J’ignorais que mon fil d’actualité Facebook allait se noyer sous un flux de commentaires, plus extraordinaires les uns que les autres. « Message fort », « Amitié confirmée », « Le selfie de l’année » (…). Non mais oh ! Du calme ! Bon, il est vrai que c’est très bizarre de voir Saad Hariri sur le même cliché que « MBS », et de voir notre Roi bien aimé avec MBS (cet « ami » qui ne veut même pas voter pour notre candidature en 2026 et qui en veut à notre neutralité avec le Qatar), mais que voulez-vous ! Pour être honnête avec vous, mon père m’a toujours dit : « La politique, tu n’y comprends rien et si tu continues à t’y intéresser, tu finiras en prison... Écris sur les oies, c’est mieux, les oies ». Alors bon, je n’écrirai rien sur les oies parce que je les trouve profondément inintéressantes et leurs jars d’une extrême violence, mais je préfère ne rien commenter du tout. Le cliché est somme toute joyeux, leurs sourires ont l’air, ma foi, sincères et ultra-bright et le dîner extrêmement délicieux. Alors, zappons. J’aimerais quand même dire, parce que je n’arrive pas à la fermer, que le Roi nous manque terriblement ici. Voilà, c’est dit. Je me sens mieux tout d’un coup. Merci.

Mercredi, le Maroc apprend qu’un avion s’est écrasé en Algérie avec à son bord quelques dizaines de membres du Polisario. Il n’en fallait pas moins pour que mes compatriotes recouvrent leur foi en le Tout puissant et croient en une colère divine. Oui, apparemment – et selon les dires de nombre de mes compatriotes, moi, je n’ai rien dit - Dieu soutiendrait le dossier du Sahara, c’est un fait, ne cherchez pas midi à quatorze heures. J’aperçois des rictus satisfaits ici et là, des débats houleux sur la toile entre voisins en désamour depuis des décennies et les éternels sobriquets canins entre ces maghrébins perdus dans un océan d’amour passionnel et de haine politique sans bornes. Dans ce brouhaha d’irrespect chaotique du deuil humain, je reste songeuse quant au sérieux de ces quelques Marocains qui voient en une catastrophe aérienne une justice divine instantanée. Mon Dieu... Moi, dans mon infinie sagesse et vous m’excuserez du peu, je me contente de prier pour ces âmes humaines perdues et pour leurs familles. Point. Next.

Jeudi, Amnesty International a rendu sa copie sur l’abolition de la peine de mort dans le monde. Vous vous doutez bien que notre pays est parmi les plus critiqués, parce que d’une part, il n’a pas envie d’abolir la peine capitale alors qu’il ne l’applique plus depuis plus de deux décennies, et d'autre part  parce qu’il fait des promesses qu’il ne tient pas. Vous me direz que cette histoire de promesses est une caractéristique propre au Marocain, mais tout de même. Notre pays a surtout besoin de se garder cette petite carte dans la manche, au cas où, hein... Et ne compte pas s’en débarrasser. Mais ce que je trouve tout de même bizarre c’est que notre Ministre d’État chargé des droits de l’Homme, El Mostapha Ramid pour ne pas le citer, s’y oppose fermement (à l’abolition, j’entends bien). Ce triste sire me restera incompréhensible pour le restant de mes jours, je pense. Il affirme en plus que « l’écrasante majorité » de nous, Marocains, sommes opposés à l’abolition. Je ne sais pas d’où il tient cette information et à qui il a posé la question, mais moi, personne ne m’a demandé mon avis et je réfute fermement ce point. Jamais vu quelqu’un en charge des droits de l’Homme et qui les combat en même temps. Peut-être qu’il n’a pas compris le but derrière son poste. Allez savoir.

Chers lecteurs, cette semaine pluvieuse ne m’a rien appris de bien extraordinaire sur le plus beau pays du monde. Notre Roi affectionne toujours autant les selfies et grand bien lui fasse, les Marocains redeviennent profondément croyants et la peine de mort est bien partie pour rester dans son illustre contradiction avec le droit à la vie, couché noir sur blanc dans la Constitution. Lah yester w khalass.  Allez, salut.

 

Bien cordialement.

 




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