Nicolas Sarkozy : Un témoin accablant dans le scandale des financements libyens

Nicolas Sarkozy : Un témoin accablant dans le scandale des financements libyens
Source : Lesinfos.ma
19/04/2018 16:00

Moftah Missouri, interprète de Mouammar Kadhafi, était présent dès le premier échange entre Nicolas Sarkozy et le Guide libyen. Son témoignage, accablant, viendrait contredire bien des affirmations de l’ancien président français.

C’est un témoin de taille dans l’affaire des présumés financements libyens dans la campagne de Nicolas Sarkozy. Moftah Missouri, ancien diplomate et interprète de Kadhafi, était présent dès le premier entretien entre Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur à l’époque et Mouammar Kadhafi, président Libyen, assassiné en 2011.

La mission de cet homme était de traduire les propos de l’un et de l’autre, et donc de connaître le contenu des discussions entre les deux dirigeants. Dans un long entretien accordé à nos confrères de Mediapart, il revient sur cette affaire et dévoile plusieurs détails.
Il est à rappeler que Moftah Missouri n’a toujours pas été entendu de manière formelle par les enquêteurs et que ses propos ont néanmoins été recueillis par plusieurs médias hexagonaux.


Premier entretien entre Nicolas Sarkozy et Kadhafi


Moftah Missouri explique notamment que Nicolas Sarkozy avait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle à Mouammar Kadhafi dès leur première rencontre en 2005, et ce dernier lui a promis le soutien de la Libye. « Nicolas Sarkozy a déclaré : « Moi, je compte me présenter à la prochaine élection présidentielle». Le Guide a répondu qu’il était très content et il a ajouté : « C’est très bien d’avoir un ami à la tête de la France. On vous y encourage, et on est prêts à vous appuyer, vous soutenir. » C’est tout. Diplomatiquement, le soutien, c’est quoi ?  Je suis habitué à de telles formulations. Quand on dit à un chef d’État « on va vous soutenir », cela veut dire « on va vous donner de l’argent ». Car la Libye ne peut rien donner d’autre à la France. Pas de parfums, ni de camemberts… ni de Rafale. Et c’est tout. Après, il est parti », explique l’interprète.

Selon ce témoin désormais accablant, la question du financement viendra un an plus tard, lors d’une rencontre entre les deux hommes en 2006, et c’est un document officiel qui atteste d’un accord de financement de 50 millions d’euros. Document signé des mains du chef des renseignements extérieurs libyens de l’époque, Moussa Koussan. Mais Nicolas Sarkozy en réfute l’authenticité depuis sa publication dans les colonnes du journal français Mediapart. A contrario, pour Moftah Missouri, le document est bien authentique. Il affirme l’avoir vu sur le bureau du Guide libyen, en janvier 2007. Selon lui, Kadhafi a coupé la somme en deux et au final a donné vingt millions de dollars. Bien que tout se soit fait en liquide, une preuve existe affirme Moftah Missouri : «  Il y a tout simplement un petit récépissé qui se trouve chez le chef comptable, actuellement prisonnier à Zaouïa. Mais je ne sais pas où ce bout de papier se trouve ». Toutefois, les preuves semblent avoir été perdues dans les archives qui ont été dispersées quelques jours avant le bombardement de la forteresse du Guide libyen en juillet 2011, comme en témoigne l’interprète.
Kadhafi avait évoqué le financement en mars 2011
En mars 2011, lors d’un entretien avec le journal français « Le Figaro », Mouammar Kadhafi avait évoqué le sujet du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy. Au final, la journaliste avait choisi de ne pas publier cette partie de l’échange pour finir par la dévoiler, quelques années plus tard, dans un livre intitulé « Tripoliwood ». L’interprète était présent lors de cette entrevue et confirme l’information. « La journaliste a posé beaucoup de questions au président Kadhafi sur la révolution, l’insurrection, la position de la France et puis à la fin, elle lui a dit : « Est-ce que vous avez contribué à la campagne électorale du président Sarkozy ?» Et il a dit : « Oui, bien sûr, j’ai contribué. » Et la journaliste de demander : « À hauteur de combien ? » Le Guide lui a répondu : « Je ne me rappelle plus. Demain, je vais vous le dire ». La journaliste partait de bonne heure, alors il lui a dit de me laisser ses coordonnées. Le lendemain, le Guide m’a dit à moi : « Je me suis renseigné et la somme est de 20 millions de dollars». Je ne sais si c’est vraiment en dollars ou en euros, mais c’est ce qu’il m’a dit. La manière dont l’argent était envoyé, ça ne le regardait pas. Moi, je ne vous dis pas que j’ai vu des mallettes, je ne vous dis pas comment la somme a été transférée. Je vous dis ce que le Guide m’a dit à moi », se souvient-il.

Si « l’amitié » au début du mandat de l’ancien président français avec Mouammar Kadhafi semblait « officielle », le Guide aurait été – selon le témoignage de son interprète – sidéré du coup de théâtre, de la part « de son ami », quand celui-ci a amorcé les hostilités. « Le dernier projet de lettre que j’ai reçu de la part du Guide, c’était une lettre en arabe que je devais traduire en français. J’ai traduit ce document que j’ai remis à Bachir Saleh [ancien argentier de Mouammar Kadhafi, ndlr] qui l’a emmené à Sarkozy. Cette lettre parlait de répit et d’une solution pacifique pour le problème libyen, pour l’insurrection. Le Guide était prêt à des discussions le concernant au sujet de son retrait, à condition de rester dans son pays, comme une figure protocolaire. C’était la dernière missive de Kadhafi que j’ai traduite, fin juin, début juillet », témoigne Moftah Missouri. Un courrier qui n’a pas empêché « l’ami » de mettre la Libye à feu et à sang.




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