Affaire Bouachrine : Le procès où tous les coups sont permis

Affaire Bouachrine : Le procès où tous les coups sont permis
Source : Lesinfos.ma
06/06/2018 16:00

Pendant que les preuves matérielles et les témoignages tendent à incriminer Taoufik Bouachrine, ce dernier continue à clamer son innocence pendant que ses avocats crient au complot. Zoom sur une des affaires les plus controversées de l’année.

L’histoire n’est pas simple à suivre et le scandale impliquant le patron du journal arabophone « Akhbar Al Yaoum » pousse à se poser moult interrogations sur la guerre que se livrent les deux clans depuis février dernier. La clé de voûte de cette affaire est sans doute les cinquante vidéos saisies dans le bureau de Taoufik Bouachrine, dont la défense conteste l’authenticité. Allégations balayées d’un revers de la main par le procureur du Roi qui se dit prêt, ainsi que les avocats des plaignantes, à soumettre les enregistrements à une expertise scientifique pour mettre fin à cette polémique. Une option qui semble poser problème à la défense du journaliste.

Des vidéos compromettantes

Les vidéos saisies dans le bureau de Taoufik Bouachrine posent problème. En effet, le patron d’Akhbar Al Yaoum et ses avocats en contestent l’authenticité surtout qu’à certaines dates indiquées sur les images, la défense prétend que l'accusé n’était présent pas dans les locaux de son journal et en détient des preuves « solides ». Parmi ces documents : des contraventions routières, un certificat d’hospitalisation, des relevés d’opérations bancaires et des géolocalisations provenant de relevés téléphoniques. Ses avocats expliquent également que le registre des communications téléphoniques présenté au procès a été « retravaillé pour en effacer les localisations géographiques qui pourraient l’innocenter ». Pour l’avocat de quatre des plaignantes, Maître Habib Hajji, c’est une toute autre histoire. Selon lui, c’est bel et bien Taoufik Bouachrine et deux de ses clientes qui apparaissent dans les enregistrements. « Ces vidéos montrent des scènes de tentatives de viol sur une des cinq parties civiles, deux de mes clientes y apparaissent et Bouachrine les oblige à des pratiques abjectes. Elles peuvent avoir l’air consentantes mais elles ne le sont pas, car elles ne pouvaient pas lui dire non par peur d’être licenciées », a-t-il affirmé à l’AFP. « Il est clair que c’est bien Bouachrine qui apparaît dans ces vidéos, toutes filmées dans son bureau ».
Les audiences se déroulant à huis-clos pour préserver l’intimité des plaignantes et éviter les débordements, personne en dehors des partis concernés n’a pu visionner les vidéos pour savoir si Bouachrine et les plaignantes sont identifiables. Parallèlement, le procureur du Roi en charge de l’enquête préliminaire a confirmé auprès de nos confrères de Jeune Afrique que c’est bien le directeur d’Akhbar Al Yaoum qui figure dans les enregistrements. « Bouachrine est poursuivi parce qu’il apparaît dans des vidéos confirmant les charges retenues contre lui ».  
Et ce n’est pas tout. Devant l’ampleur de la polémique et les accusations de falsification venant du clan Bouachrine, les avocats des plaignantes ont demandé au parquet général une expertise scientifique des vidéos à charge. « Si la culpabilité de l’accusé est confirmée scientifiquement, il doit être condamné. S’il est innocent, il doit être relaxé », expliquent-ils en toute logique. Seule ombre au tableau : certains avocats du camps Bouachrine refusent l’expertise.

La « plaignante » qui fait beaucoup de bruit

L’une des bizarreries de cette affaire est sans nul doute l’histoire de la « plaignante » qui a accusé la BNPJ d’avoir falsifié ses procès verbaux, en vue d’enfoncer Taoufik Bouachrine. En effet, Afaf Bernani, salariée du groupe de presse détenu par l'accusé, a confirmé ne jamais avoir fait objet d’agression ou de harcèlement sexuels de la part de son patron, contrairement aux allégations de la police. «Je n’ai jamais déposé une plainte contre Bouachrine. C’est la BNPJ qui m’a convoquée et les procès verbaux le prouvent. J’ai fait l’objet de pressions diverses pour accabler Bouachrine », a-t-elle expliqué dans une entrevue accordée à Al Yaoum24. « J’ai été surprise de voir mon nom parmi ceux des victimes de Bouachrine et j’ai contesté ce point auprès de la BNPJ. Mais j’ai dû quitter les locaux de la police judiciaire sans réussir à faire changer mon statut dans l’affaire. Du coup, j’ai décidé de porter plainte pour falsification le 8 mars, jour d’ouverture du procès », a-t-elle précisé.
Pourtant, malgré ses protestations, Afaf Bernani a été condamnée pour diffamation à six mois de prison ferme et une amende de 1000 dirhams. Au lendemain de sa condamnation, la journaliste a déclaré maintenir ses accusations à l’encontre de la BNPJ. Elle accuse aussi le tribunal de l’avoir condamnée sans lui accorder le droit de se défendre. Ce que le procureur du Roi a contesté fermement dans un communiqué : « A aucun moment le tribunal n’a refusé d’entendre l’accusée comme cela est consigné dans les procès verbaux des audiences. Elle a bénéficié de toutes les garanties conférées par la loi ». Ce lundi, Afaf Bernani a été interpellée et ramenée de force pour assister à l’audience de Taoufik Bouachrine en qualité de plaignante.

Arrêté et incarcéré depuis le 23 février, l’ancien directeur de publication du quotidien Akhbar Al Yaoum est accusé de traite d’êtres humains, d’abus de pouvoir à des fins sexuelles, de viol et tentative de viol. Accusations que le journaliste rejette catégoriquement, tout en dénonçant un « procès politique ».




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