Cruz, Fellaini et boycott : Une leçon de « séduction » à la sauce charmoula !

Cruz, Fellaini et boycott : Une leçon de « séduction » à la sauce charmoula !
Source : LesInfos.ma
06/07/2018 15:00

Une vloggueuse traumatisée et une police réactive, des Belges qui deviennent soudainement Marocains et des inconnus qui exigent la suspension du boycott en brossant dans le sens du poil. Quand le plus beau pays du monde se balance - et chute - entre ses réalités et ses fantasmes, puis joue les prolongations.

Chers lecteurs,

J’espère que vous allez bien. Moi, la chaleur a eu raison de mes neurones. Je n’en ai plus beaucoup alors acceptez mon inintelligence saisonnière et mes futures fabulations en tout fair-play et sans jugement. Merci.

Lundi, l’histoire d’une vloggueuse allemande a défrayé la chronique et indigné plus d’un sur les réseaux sociaux. Ainsi, Suzi Cruz, visiblement célèbre pour ses voyages en van, a goûté au harcèlement sexuel Made in Morocco avec toute sa prose et autres joyeusetés qui l'accompagnent. Des éternels et incompréhensibles « Psst » aux remarques désobligeantes, la touriste a craqué au bout de quarante-huit heures et a littéralement fui le plus beau pays du monde. Consciencieuse, elle a tenu à mettre en garde – via une vidéo devenue (malheureusement) virale - toutes les touristes qui auraient l’idée saugrenue de venir s’aventurer seules dans les rues du Maroc. Une (très) mauvaise publicité pour notre pays, ô combien progressiste, qui casque des millions en vidéos publicitaires idylliques, histoire de montrer sa belle vitrine dont les coulisses sont plus que discutables. Dépitée, l’Allemande a même décidé de suspendre son tour du monde pour une durée indéterminée. Autrement dit, ses harceleurs ont réussi l’exploit de la dégoûter de sa passion en un temps record. Alors bon, si on fait du cas Suzi Cruz une sorte de jauge de tolérance au harcèlement sexuel et qu’on part du principe que deux jours auront été suffisants pour la faire craquer, je vous invite à calculer, sur la base de cette échelle, la frustration de nos compatriotes « coutumières » de ces nuisances sonores, sur une durée moyenne de quinze ans. C’est fait ? Flippant, n’est-ce pas ? En tout cas, prière de ne pas me communiquer les résultats et de me laisser me complaire dans mon déni. Merci.

Mardi, en me connectant sur les réseaux sociaux, le cerveau encore dans le brouillard, j’ai lu ici et là que le Maroc était passé en quart de finale de la Coupe du Monde. Un peu perdue, les Lions étant rentrés au bercail depuis belle lurette, j’ai enfin compris que nos médias parlaient des diables rouges sauvés in extremis d’une correction nippone par les « Marocains » Nacer Chadli et Marouane Fellaini, binationaux de leur état. Et c’est ainsi que, de deux buts (de pieds binationaux) dans les filets japonais, les Belges (re)devinrent Marocains. Oui, pourquoi pas. Bon, je ne renie pas les racines de ces talentueux footballeurs, loin s’en faut, mais je n’aime pas trop cette manière que l’on a de s’approprier les succès d’autrui. Ils sont « footballistiquement » belges, ils ont joué pour la Belgique et c’est cette même Belgique qui est passée en quart. Point. Ce brouhaha virtuel et médiatique est tout bonnement ridicule ! Par contre, je comprends l’exaspération de ceux qui ne comprennent pas pourquoi ni Nacer ni Marouane ne portent le maillot marocain. Pour le coup, il faudrait peut-être songer à poser la question directement à un ex sélectionneur des Lions, Fathi Jamal pour ne pas le nommer, qui a expliqué au dernier qu’il n’était pas « taillé » pour l’équipe nationale. Du coup, il s’est taillé chez les Belges qui l’ont, eux, accueilli les bras grands ouverts. Le reste de l’histoire, vous le connaissez, pas la peine de remuer les lames dans les plaies. Next.

Mercredi, roulement de tambours, nous apprenions que le harceleur de Suzi Cruz a été arrêté. Une bonne nouvelle, dans l’absolu, qui nous rappelle que notre police peut être réactive si elle le souhaite. Mais pour ce faire, il faut d’abord que la victime soit « typée autre que marocaine », qu’elle fasse le déballage de ses mésaventures sur les réseaux sociaux et que la réalité du Maroc soit exposée au grand jour et au-delà des frontières sacrées. Un deux poids deux mesures qui ne m’étonne pas pour en avoir fait l’amère expérience. Parce que oui, quand il s’agit de harcèlement sexuel (entre autres, j’entends bien), les étrangères ont plus de droits que nous dans notre propre pays. C’est à se tailler… chez les Belges !

Jeudi, une pétition signée à quarante mains a fleuri sur la toile. Dans cette lettre, des personnes - visiblement connues et reconnues dans leurs domaines respectifs-, ont suggéré aux boycotteurs de suspendre leur mouvement pour une durée de six semaines à compter du 7 juillet, histoire de laisser le temps à Centrale Danone de mettre en place les solutions annoncées par son big boss. Bien que les explications des signataires paraissent cohérentes à bien des égards, que d’illustres inconnus viennent dicter leur conduite aux Marocains ne passe définitivement pas. En témoignent les innombrables publications et vidéos sur les réseaux sociaux, particulièrement colériques, qui accusent les auteurs de la lettre de collaboration avec « l’ennemi ». Effet inverse oblige, non seulement suspension il n’y aura pas, mais les boycotteurs jurent de continuer encore plus longtemps. J’imagine la frustration des auteurs de cette tentative de réconciliation tuée dans l’œuf, mais qu’ils se disent qu’elle ne représente pas le quart du tiers de celle ressentie par leurs compatriotes excédés par la cherté de la vie.

Bref, chers lecteurs, cette semaine a fait tanguer le pays sur son fil d'équilibriste. Jouant aux apprentis acrobates, il s’est ramassé de manière monumentale sous les regards perplexes et hargneux des siens. Espérons que la semaine prochaine sera plus positive et porteuse de meilleures nouvelles.

Allez, salut !

 




Recherche

En bref Voir plus



Les articles les plus lus

Buzz

Newsletter
Conformément à la loi 09-08, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition au traitement de vos données personnelles.
Ce traitement a été autorisé par la CNDP sous le n° D-W-343/2017

*: champ obligatoire

Météo

En poursuivant votre navigation sur notre site internet, vous acceptez que des cookies soient placés sur votre terminal. Ces cookies sont utilisés pour faciliter votre navigation, vous proposer des offres adaptées et permettre l'élaboration de statistiques. Pour obtenir plus d'informations sur les cookies, vous pouvez consulter notre Notice légale