Secousses royales et hallucinations collectives : Le Maroc qui rame

Secousses royales et hallucinations collectives : Le Maroc qui rame
Source : LesInfos.ma
03/08/2018 14:45

Chers lecteurs,

J’espère que vous allez bien. En ce qui me concerne, mes neurones se rétablissent petit à petit. Ils commencent à s’adapter à la vague de chaleur et à l’actualité assez comique de notre contrée. L’hamdoullah, à quelque chose malheur est bon.

Lundi, l’heure était aux interrogations existentielles. La veille, le roi avait tenu un discours plein de sous-entendus où il était question de « négativistes », de « nihilistes » et de « marchands d’illusions » qui useraient et abuseraient de prétextes pour bousculer la stabilité sacrée du royaume. Ces trouble-fête n’ayant pas été nommés, nous nous demandions légitimement de qui il était question. Quelques politologues ont expliqué qu’il ne pouvait s’agir que des membres de certains partis politiques, manifestement issus des extrêmes, qui sont montés au créneau de manière assez « gauche » semble-t-il pour dénoncer les sanctions infligées aux acteurs du Hirak. Une session de surf qui n’a définitivement pas plu au monarque, qui l’a fait savoir. Mais, mis à part ce remontage de bretelles tout en prose, moult espoirs de mes compatriotes et moi-même sont partis en fumée. Ceux qui attendaient un inespéré séisme politique pouvaient aller se coucher et ceux qui attendaient une grâce royale du cœur même d’Al Hoceima pouvaient se brosser. Tant pis. En même temps, le roi n’est pas magicien et nous sommes juste en train de payer comptant les résultats de nos votes et de nos abstentions. Et surtout de nos abstentions. Nous nageons en pleine crise de confiance et pour rectifier le tir, nos politicards devront mouiller leurs chemises (enfin bon, soyons rêveurs) et nous, nous devrons cesser de bouder notre devoir citoyen et répondre à l’appel des urnes la prochaine fois. Cela s’appelle la logique, ou le minimum syndical pour « dégager » qui de droit. Voilà, merci. 

 

Mardi, pendant que notre chère compagnie aérienne nationale, qui se targue d’être les ailes du royaume enchanté, ramait (et elle rame encore) avec ses pilotes visiblement très en colère, mais pas grévistes, entendons-nous, et que des dizaines de ses vols restaient sur la terre ferme, une vidéo pour le moins (sur)réaliste faisait le tour de la toile. Dans cet enregistrement de moins de trois minutes, nous entendons la voix d’une personne qui se présente comme Française, s’étonner – et c’est le moins que l’on puisse dire – de l’état calamiteux des urgences de l’hôpital de Casablanca. Des patients en veux-tu en voilà, une hygiène approximative et des malades qui attendent une prise en charge depuis belle lurette. La réalisatrice, visiblement abasourdie qu’un pays « comme le Maroc ! » s’exclame-t-elle, ait un hôpital aussi catastrophique, n’en revient pas et tombe vite dans la fâcheuse comparaison avec la France. Tordant. En fait, sadique et négativiste jusqu’au bout de mes ongles rongés, j’ai envie d’enfoncer davantage notre invitée dans son étonnement naïf en lui disant que de tous les hôpitaux du Maroc, elle est tombée sur l’un des plus sympathiques. Ce qu’elle a vu n’est que le vrai visage du pays des dunes, du soleil couchant et des soirées mondaines. La voilà prévenue. De rien.
 

Mercredi, alors que chacun de nous vaquait à ses occupations dans la quiétude, la nouvelle du limogeage de Mohamed Boussaïd, ministre de l’Économie et des Finances de son état, est tombée tel un couperet. Le cabinet royal et dans un communiqué très vague a expliqué que cette décision royale « intervient dans le cadre du principe de reddition des comptes ». Point. Certains médias se sont même lancés dans le déchiffrage de ce qui pourrait être une énigme et y sont allés de leurs interprétations, quand d’autres, réputés pour leur proximité avec le pouvoir, ont fourni des explications plus « recevables ».


C’est ainsi que jeudi nous apprenions sur les pages du 360 que le désormais ex-argentier du royaume aurait été éjecté suite aux retards accusés dans le déblocage des fonds prévus pour le projet « Manarate Al Moutawassit » de la ville d’Al Hoceima et aussi sur la mauvaise gestion du dossier de libéralisation des prix des hydrocarbures. Sur ce second point, Mohamed Boussaïd, qui était censé faire jouer les règles du marché en faveur des consommateurs et indexer les prix à l’international, a manqué d’anticipation et de réactivité rendant la situation du marché incontrôlable. Un « étourdissement » qui lui aura coûté cher, vous en conviendrez. Autre faille, et pas des moindres, serait le dossier de cession de Saham assurance – boîte de son ami RNIste Moulay Hafid Elalamy (MHE) – au géant sud-africain Sanlam. En effet, l’ex-ministre aurait fait profiter MHE d’une mesure fiscale dérogatoire instaurant le principe d’exonération des droits d’enregistrement sur les cessions de parts d’actions ou de parts sociales et introduite dans le dernier projet de Loi de finances 2018. Un conflit d’intérêt - appelons un chat un chat - qui aurait privé les caisses de l’État de la très coquette somme de 420 millions de dirhams. Rien que ça.

Cette affaire avait d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre et énervé plus d’un. Mais permettez-moi de douter de la pertinence de cette information, parce que voyez-vous, si la cession de Saham faisait bien partie des raisons de l’éviction de Boussaïd, on aurait sans doute – et cohérence oblige – vu tomber au moins une deuxième tête… suivez mon regard. De ce fait, restons dans le conditionnel, prenons les choses avec des pincettes et vaquons à nos occupations. L’histoire nous a prouvés que ce pays n’a pas besoin de limogeages en série mais d’un sursaut de conscience de nos politiques … et de nous-mêmes pour faire avancer le schmilblick. Elle n’est pas belle la sagesse ?

 

Allez, je vous laisse ! Bon week-end et à la semaine prochaine !




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