Le Plan Biladi ou l’autre moteur en panne du tourisme marocain

Le Plan Biladi ou l’autre moteur en panne du tourisme marocain
Source : Challenge.ma
14/09/2018 10:00

Plus de 10 ans après sa mise en place, le Plan Biladi qui devait métamorphoser en quelques années le tourisme interne, marche sur les brisées de son « grand frère » le Plan Azur (destiné au tourisme international). Qu’en est-il aujourd’hui pour ce Plan qui fait partie de la Vision 2020 de son objectif de créer une dizaine de stations (pour une capacité cumulée de 30.000 lits) et de faire croître de 10% par an les nuitées annuelles réalisées par les touristes nationaux ? A deux ans seulement de l’échéance de la Vision 2020, le bilan est-il déjà plié ?

Si la Cour des Comptes vient, très récemment, de clouer au pilori la stratégie de la promotion du produit touristique marocain à l’étranger conçue par les différents organismes publics concernés et notamment le Plan Azur qui en fut le pilier majeur depuis 2001 (année du lancement de la Vision 2010), l’action publique mise en place pour dynamiser le tourismedomestique et en faire un véritable moteur de ce secteur clef de notre économie et un amortisseur conjoncturel (quand le segment du tourisme international est en panne…et il arrive souvent qu’il le soit !) est loin, à son tour, de mériter des louanges. En effet, le Plan Biladi, l’autre pilier de la stratégie nationale du développement du tourisme, est à ranger également au rayon des politiques publiques ayant échoué lamentablement à atteindre leurs objectifs.

Un constat des plus amers si l’on sait que sous d’autres cieux, le tourisme local est une véritable aubaine pour la consommation intérieure et un catalyseur de l’investissement privé dans le secteur du tourisme (en améliorant substantiellement les taux d’occupation des hôtels et, par ricochet, la rentabilité des investissements sous-jacents). En France par exemple, pays assez comparable au Maroc en termes de contribution de l’activité touristique au PIB global avec un taux qui caracole à un peu plus de 7% (mais la comparaison s’arrête là !), les touristes nationaux génèrent les deux tiers de la consommation touristique (contre à peine le tiers pour le tourisme marocain) et pourtant, le pays est la première destination touristique mondiale depuis plus de deux décennies (près de 11,35 millions de touristes étrangers reçus en 2017) !

Dix ans après, quel bilan ?

Revenons à ce fameux Plan Biladi lancé en fanfare en 2007. Quelle fut sa raison d’être? Quel bilan peut-on en dresser aujourd’hui ? Quelles similitudes et/ou différences avec le Plan Azur notamment en matière des causes d’échec ? Enfin, y a-t-il encore espoir de voir ce Plan rattraper le temps perdu d’ici son horizon final en 2020 ?

Avant d’apporter des éléments de réponse, il est de bon ton de rappeler que, conscients de la dimension stratégique que revêt le tourisme interne pour le pays, le ministère du Tourisme et l’ONMT (Office National Marocain du Tourisme) n’ont eu cesse de concocter bien avant le lancement officiel du Plan Biladi, et à plusieurs reprises, différentes initiatives destinées à promouvoir ce segment. Celle qui a le plus marqué les esprits et perduré dans le temps a été sans conteste l’opération Kounouz Biladi, initiée dans sa première édition en 2003. Cette « formule » consistait à fédérer des centaines d’établissements hôteliers (de différentes catégories) autour d’une offre promotionnelle à destination de la clientèle locale qui soit à la fois assez homogène et, autant se faire que peut, adaptée aux besoins de celle-ci. Après l’engouement des premières années, Kounouz Biladi a commencé à pâtir d’une adhésion de plus en plus déclinante de la part des hôteliers, à l’exception des années où la conjoncture internationale faisait tarir le flux des touristes étrangers et où on se tournait vers le tourisme local comme un bouche-trou. Et malgré les opérations coup de poing de la part de l’ONMT destinées à redonner un nouveau souffle à cette action emblématique de sa stratégie promotionnelle, à l’instar de celle de juin 2015 qui avait coûté plusieurs millions de dirhams au budget de cet établissement public, la donne n’a point changé.

Ce sont d’ailleurs les résultats à demi-teinte de Kounouz Biladi et le constat corrélatif de la non adéquation de l’offre existante standard (notamment des hôtels situés dans les villes orientées vers le tourisme international) avec les attentes et les besoins du voyageur marocain, qui ont poussé les stratèges du ministère du Tourisme à penser à un plan plus compact comprenant la confection d’une offre totalement nouvelle et mieux ciblée à grands coups de milliards de dirhams d’investissement dans de nouvelles zones et stations touristiques situées dans les principaux bassins d’attraction pour le voyageur marocain. Rien que les études préalables et les différentes enquêtes d’opinion censées aiguillonner l’Etat dans le ciblage des sites et le contenu de leurs offres, avaient coûté plus de 10 millions de dirhams à l’époque au ministère de tutelle.  Le nouveau Plan devait donc apporter une solution de diversification tant géographique que de clientèles, permettant ainsi aux opérateurs touristiques d’aboutir à une combinaison intelligente entre touristes résidents et étrangers. Il devait également contribuer au développement territorial des régions autres que les deux têtes d’affiche que sont Marrakech et Agadir où se concentraient l’essentiel des nuitées touristiques réalisées par les résidents, en favorisant la canalisation d’une part des richesses nationales vers les populations locales et en stimulant la pérennisation des emplois et des effets positifs induits sur les activités de transport et sur les autres prestataires de services (restaurants, commerces, artisanat …). Enfin, le Plan Biladi devait, à ce titre, agir de concert avec la Régionalisation Avancée que le Maroc avait annoncée (à quelques mois d’intervalle) comme réforme structurelle majeure sur les plans politique, socioéconomique, culturel et démographique...







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