« L’Arabie Saoudite et ses alliés veulent mettre une marionnette à la place de l’émir »

« L’Arabie Saoudite et ses alliés veulent mettre une marionnette à la place de l’émir »
Source : LesInfos.ma
18/09/2018 12:40

Dans un entretien accordé à nos confrères de France 24, l’ancien Premier ministre du Qatar revient sur les relations très compliquées entre son pays et l’Arabie saoudite et ses alliés. Il ne mâche pas ses mots. Détails. 

Dans un entretien exclusif accordé à nos confrères de France 24, Hamad Ben Jassem al-Thani, ex-Premier ministre du Qatar, est revenu sur les relations extrêmement tendues entre son pays et l’Arabie Saoudite, en pleine tourmente diplomatique. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’ancien Premier ministre est catégorique : les raisons avancées par l’Arabie Saoudite et ses alliés ne sont en réalité qu’un prétexte pour asseoir leur domination sur le Qatar.

« Il faut construire la confiance avant de parler de solution »

Très critique envers l’attitude de ses voisins du royaume wahhabite, l’ancien Premier ministre qatari estime que pour le moment aucune solution n’est envisageable. « Il faut changer d’attitude », déclare-t-il d’emblée. « Ce n’est pas nous qui avons commencé cela [le déclenchement de la crise, NDLR], nous avons été pris par surprise. Il n’y avait aucune raison légitime », avant de poursuivre « ils veulent prendre le Qatar, complètement, l’envahir et mettre à la place [de l'émir, ndlr] une marionnette… c’est ce qu’ils ont dit au départ ! ». Hamad Ben Jassem al-Thani explique cela par une volonté de l’Arabie Saoudite de renverser l’émir du Qatar. « Il faut savoir pourquoi. Une des personnes qu’ils ont tenté d’utiliser, un membre de la famille, l’a dit clairement : ils veulent la richesse du Qatar, ils veulent le souverain du Qatar ». Et s’il y a bien un élément infranchissable pour l’ex-Premier ministre, c’est bien la souveraineté de l’émirat qui reste une ligne rouge hautement sensible. « Ce qui me surprend et m'interroge c’est : qui a donné ce conseil pour que cette décision soit prise ? », s’interroge Al-Thani, avant de poursuivre : « Comment pouvons-nous respecter la coopération du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) alors que les Saoudiens et les Emiratis l’ont détruite par leurs actions ? Nous voulons restaurer cela, mais comment pouvons-nous la restaurer s’il n’y a plus de confiance ? (…) Il faut construire la confiance avant de parler de tout type de solution ».

Une totale absence de preuves

Après une série de Tweets assez vagues publiés par Hamad Ben Jassem Al-Thani et dans lesquels il accusait « les États de ne pas assumer leurs responsabilités », sans pour autant nommer les personnes visées, l’ex-Premier ministre est aujourd’hui plus explicite : « Ce que je n’aime pas c’est qu’un nouveau dirigeant [Mohamed Ben Salmane, ndlr] commence son leadership avec tous ces conflits à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Arabie Saoudite. Pour moi et pour les Qataris, nous souhaitons que l’Arabie Saoudite soit stable. Nous souhaitons avoir un leadership fort en Arabie Saoudite, nous espérons qu’il réussisse, parce qu’une Arabie Saoudite stable est bonne pour les pays de la coopération du Golfe ». Néanmoins, pour Al-Thani, cette stabilité n’est pas gagnée alors que l’Arabie Saoudite s’évertue à « saboter et violenter » un des pays du CCG, supposément de son propre clan et sans aucune raison de surcroît. « Il n’y a aucune raison ! Toutes les raisons qu’ils ont mentionnées et les treize exigences qu’ils ont mises sur la table sont de fausses demandes ! », s’insurge l’ex-Premier ministre. En effet, deux semaines après l’éclatement de la crise, l’Arabie Saoudite et ses alliés ont imposé à Doha une liste de treize exigences à satisfaire dans un délai de dix jours, dont la fermeture de la chaîne Al-Jazeera, la réduction des relations avec l'Iran et la fermeture d'une base militaire turque au Qatar. Des sommations que Doha a rejetées, accusant ses rivaux de vouloir mettre le pays sous tutelle. « Dès le départ, ils ont dit qu’ils avaient des preuves contre le Qatar et jusqu’à présent nous ne connaissons pas ces preuves, où sont-elles ? », s’interroge-t-il. « Les États-Unis qui les ont soutenus pendant quelques semaines ne les soutiennent plus sur ce point parce qu’ils savent qu’il n’y a pas de preuves (…) ».

Une décision « folle » prise par des « irresponsables »

Effectivement, Donald Trump avait dès le départ pleinement soutenu « l’initiative » des Saoudiens et de leurs alliés, s’extasiant dans un Tweet sur la rapidité des dirigeants à pointer du doigt ceux qui financent les idéologies radicales, et ce, à peine trois jours après sa visite au Moyen-Orient, avant de nuancer ses propos et de prendre ses distances quelques semaines plus tard face à justement l’absence de preuves. « Je crois que ça [le blocus, NDLR] s’est décidé de manière folle, avec des gens irresponsables ! Agir de cette manière contre le Qatar, sans fondement, sans stratégie ! », s’indigne l’ex-Premier ministre qui dit que cette crise est le résultat d’une décision précipitée visant spécifiquement l’émir du Qatar et initiée par un Mohamed Ben Salmane mal conseillé. « On ne peut pas tout régler par la force, à l’intérieur comme à l’extérieur de son pays. Je suis déçu parce que beaucoup de choses qui ont été faites n’ont pas du l’être. Il a besoin d’écouter (…) et je pense que son allié d’Abou Dhabi ne lui donne pas de bons conseils ».
Pour rappel, à l’origine de cette crise, un communiqué supposément publié par la Qatar News Agency [l’agence de presse nationale qatarie, NDLR], comportant des déclarations qu’auraient faites l’émir du Qatar, qui aurait qualifié l’Iran de superpuissance, fait l’éloge du Hamas palestinien et expliqué que le président américain n’en avait plus pour longtemps à la Maison-Blanche. Et avant même que les autorités qataries n’aient eu le temps de supprimer la page et de dénoncer une opération de piratage – piratage qui a été confirmé après une enquête menée par les services de renseignements américains dépêchés sur place -, les médias d’Arabie Saoudite et de ses alliés s’étaient d’ores et déjà déchaînés en épinglant le Qatar. Dans la foulée, soit le 5 juin 2017, éclatait donc une crise sans précédent entre Doha et ses voisins du Golfe, chapeautés par l’Arabie Saoudite. Accusant Doha de soutenir des groupuscules islamistes radicaux et de ne pas prendre ses distances avec l’Iran, grand rival de l’Arabie Saoudite, Riyad, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte, rompaient de concert leurs relations diplomatiques avec l’émirat. Tout de suite, des mesures économiques ont été adoptées, notamment la fermeture des liaisons aériennes et maritimes avec le Qatar ainsi que le verrouillage des frontières terrestres partagées avec l’Arabie Saoudite.







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