Choisir ses combats ou l'art des débats à la noix !

Choisir ses combats ou l'art des débats à la noix !
Source : LesInfos.ma
21/09/2018 12:45

Chers lecteurs,  

Avant de commencer je tiens à vous souhaiter d’excellentes fêtes, en espérant que vous vous portez bien et que l’actualité du royaume enchanté ne vous irrite pas plus que de raison. De mon côté, j’essaye toujours de relativiser sans pour autant tomber dans l’optimisme naïf. Une option qui toutefois se heurte aux limites de mon cerveau, plongé dans un océan agité d’incertitudes. Que le Tout Puissant pense à moi.

            Lundi, nous nous réveillions sur la nouvelle du retrait d’un manuel de français destiné aux jeunes collégiens d’un établissement privé de la capitale. En cause, un exercice - reprenant le passage d’un conte pour enfants et racontant que Dieu a dessiné le monde avec des crayons de couleurs (en gros)- qui a fortement énervé quelques parents. « Ce contenu peut être toléré en France, mais il n’est pas possible de représenter Dieu ou ses prophètes dans notre société ! », se sont-ils insurgés. Voilà, le souci serait strictement géographique et cette atteinte à la Divinité a été la goutte de crème qui a fait déborder la saucière. Du coup, l’Académie régionale a dépêché une commission pour enquêter sur place avant de décider de retirer le manuel blasphématoire et de sanctionner la directrice de l’établissement. Fin du conte. Tout ceci est risible. Depuis le début de cette année scolaire nous baignons dans d’interminables polémiques qui visent les manuels de nos petites têtes brunes. Baghrir ou pas Baghrir ? Darija ou pas Darija ? Blasphème ou pas blasphème ? Et si ces personnes pensaient à se poser des questions avant, histoire de ne pas perturber la scolarité des enfants pris en otage dans des guerres idéologiques et politiques? Et si on arrêtait de prendre les enfants pour des cobayes ? Et si on pensait à proposer des manuels de qualité pour tous, écoles publiques comme privées, histoire d’assurer l’égalité des chances et d’éviter la perte de temps et d’énergie dans ces cas-par-cas ? Ça serait bien et un véritable gain de temps, non ? Alors que l’Education nationale nous tartine les oreilles avec sa vision 2030, elle nous fourre des crayons dans les yeux et nous constatons juste que ça va de mal en pis. C’est...comment vous dire ? Très prometteur. Lah yester.           

            Mardi, les médias étaient en ébullition dès le petit matin et se posaient une question on ne peut plus « existentielle » : Saad Lamjarred retournera-t-il en prison ? (Soupir !). Et alors que les lecteurs criaient à l’overdose, des internautes ont lancé le mouvement « #MaSaktach » (littéralement, « je ne me tais pas ») pour demander aux radios nationales de cesser la diffusion des morceaux d’un chanteur empêtré dans beaucoup trop de scandales sexuels. Une demande tardive mais légitime qui a animé bien des débats. Pendant que, d'une part, certains le défendaient en expliquant, avec leurs habituels mots doux, qu’il faut le maintenir sur les ondes et faire le distinguo entre « vie privée » et carrière, le clan adverse tentait d'autre part de leur faire intégrer que tout ceci ne relève pas du privé mais du pénal. Saad Lamjarred a finalement été mis sous les verrous ! « Salina, salina », chantonnait-il, le bougre. Quelques heures plus tard, le mouvement a obtenu gain de cause et les radios ont décidé de le bannir… momentanément. L’hamdoullah, nos oreilles ont la vie sauve et Lamjarred a été mis hors d’état de nuire, que demande le peuple ? Vaquons donc à des occupations plus vénérables !           

            Mais Mercredi, alors que nous nous pensions enfin débarrassés de débats futiles sur un chanteur qui n’est finalement qu’un justiciable parmi d’autres, Hit Radio a décidé de pousser beaucoup plus loin le vice en réalisant un sondage auprès de ses auditeurs : « Doit-on maintenir ou non trucmuche sur nos ondes ? ». Que le bon Dieu ne nous donne jamais leur visage ! À croire que nous n’avons pas d’autres sujets qui mériteraient débats, sondages ou réflexions. Mais bon, il faut les comprendre ! Lamjarred est tellement « bankable » qu’il est difficile de ne serait-ce que faire semblant d’avoir une éthique. On n’abandonne pas sa poule aux œufs d’or sans avoir usé et abusé au préalable de stratagèmes farfelus pour la garder bien au chaud dans ce sombre et puant poulailler. Chada FM quant à elle a opté pour la rébellion : Présomption d’innocence oblige, on le maintient et « que la chèvre s’envole ! ». Pourquoi pas. Ça a le mérite d’être clair et l’histoire le retiendra tôt ou tard. Inchallah.           

            Jeudi, loin de ce brouhaha insupportable mais bien représentatif des mentalités locales, le porte-parole de notre vénéré gouvernement, a annoncé que le projet de loi relatif au service militaire entrera certainement en vigueur fin 2019. Il nous apprend donc que le projet en question sera débattu en commission cette semaine comme n’importe quel autre projet de loi « normal » et qu’il suivra son circuit législatif. L’hamdoullah. Je salue la célérité de notre fine équipe dans l’adoption de cette loi « normale ». Je comprends mieux maintenant pourquoi la loi sur l’avortement pue le moisi dans les tiroirs des législateurs depuis plus de deux ans… elle est juste « pas normale », quoi ! Ewa comment vous dire ? Je vais finir par me casser à perpète-les-oies en marche militaire, parce que là, je crois que nous avons touché le fond et mêmes les tréfonds de l’absurdité à la sauce charmoula. Que Dieu nous vienne en aide et colorie notre pays de couleurs un peu plus gaies. Amen.
Allez, Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine ! Salut !

 

Par Majda El Krami







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