Loi contre le harcèlement sexuel : Quand les Marocains défendent le droit au harcèlement !

Loi contre le harcèlement sexuel : Quand les Marocains défendent le droit au harcèlement !
Source : LesInfos.ma
24/09/2018 15:15

Pendant que la première Marocaine ayant porté plainte pour harcèlement sexuel se fait lyncher sur les réseaux sociaux, des Marocains défendent sur la toile comme aux micros de nos confrères le droit au harcèlement sexuel. Explications. 

Le 12 septembre dernier, la loi punissant le harcèlement sexuel entrait en vigueur après cinq années de débats musclés, mettant un terme – du moins, juridiquement - à l’impunité dont jouissaient les auteurs de harcèlements et d’agressions dans les espaces publics. Véritable fléau dans la société marocaine - on parle de deux femmes sur trois victimes de violences selon les derniers chiffres publiés en 2011 par le Haut-commissariat au plan – le harcèlement et les violences faites aux femmes dans la sphère publique sont pourtant défendus par moult Marocains, qui voient en la loi 103-13 une exagération voire une incitation à la débauche.

Oumaïma Requas, victime de lynchage depuis sa plainte

Le 7 septembre dernier, soit cinq jours avant l’entrée en vigueur de la loi 103-13, Oumaïma Requas a été victime de harcèlement sexuel. Alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre son mari dans un café de Casablanca, elle s’est fait harceler par un groupe de sept hommes attablés derrière son époux. Parmi ses harceleurs, trois sont des humoristes relativement connus du grand public. L’un d’entre eux avait même présenté un sketch au dernier Marrakech Du Rire sur le harcèlement sexuel. « Ils ont commencé à m’adresser des commentaires et des regards inappropriés. Ils me jetaient des clins d’œil (...). Je voulais d’abord ignorer la situation, mais même après avoir salué mon mari, ils ont continué à produire des onomatopées et des sons insultants. Ils pensaient sûrement que c’était juste mon copain », racontait-elle à nos confrères du HuffPost Maroc. Elle explique ensuite avoir réagi en « crachant sur le sol près de leur table ». Lorsque son mari est intervenu pour la défendre, les harceleurs l’ont menacée physiquement avant que les clients n’interviennent pour calmer les esprits. Tout de suite après, Oumaïma Requas a porté plainte contre ses agresseurs et malgré les supplications de ces derniers, elle se dit déterminée à aller jusqu’au bout. Considérée comme la première Marocaine à avoir porté plainte pour harcèlement sexuel, Oumaïma Requas a expliqué à nos confrères vouloir, par son geste, « encourager les femmes qui subissent chaque jour ces agressions, à faire valoir leurs droits et à déposer des plaintes ». Sauf que, depuis que cette histoire a défrayé la chronique, Oumaïma est victime d’une immense campagne de lynchage sur les réseaux sociaux. Pointant du doigt son physique qui serait « peu attrayant » selon ses détracteurs, des dizaines de milliers de commentaires – venant d’hommes comme de femmes – comportent des insultes et des moqueries quand ce ne sont pas des menaces. Certains ont même créé des pages en son nom en y publiant des photos intimes volées à l’intéressée, afin de la surexposer et laisser le champ libre à ses harceleurs virtuels de la lyncher en toute liberté. Sur son profil privé, même topo. Plusieurs commentateurs l’accusent de « mentir » et de chercher simplement à faire le « buzz ». « Comment les gens peuvent-ils croire qu’elle a été victime de harcèlement sexuel ? Elle n’a pas le physique pour mériter tant d’attention », commente l’un d’entre eux. Un autre lui suggère de cesser de salir la réputation des accusés et de retirer sa plainte.

Plusieurs avis abondent dans ce sens et la somment d’abandonner sa plainte, quand quelques uns de ses amis tentent de la défendre et d’expliquer que sa démarche est tout à fait normale. Oumaïma Requas, qui est réduite aujourd’hui à demander à ses amis de signaler des fausses pages qui circulent en son nom et à enchaîner les démentis sur les rumeurs infondées qui circulent sur sa vie privée, semble préférer ignorer ses détracteurs et être déterminée à ne pas abandonner les poursuites judiciaires.



Des Marocains qui défendent le droit au harcèlement

À l’occasion de l’entrée en vigueur de la loi contre le harcèlement, plusieurs de nos confrères ont réalisé des micros-trottoirs pour demander aux passants leur avis sur la question. Si quelques uns ont salué cette petite révolution, plusieurs ont exprimé leur mécontentement arguant que cette loi desservirait les femmes plus qu’autre chose. « Les femmes aiment se faire harceler dans la rue. Elles se maquillent et s’habillent de sorte à attirer l’attention et à maximiser leurs chances d’être abordées. Quand elles ne se font pas harceler, elles sont tristes et se demandent si elles ne sont plus attirantes », déclare très sérieusement un passant au micro de nos confrères de Chouf TV. « Il ne faut pas utiliser le mot « harcèlement ». Nous, nous leur disons qu’elles sont des bombes, qu’elles sont belles, qu’elles sont bien roulées… ce ne sont pas des mots méchants ! […] Et le problème au Maroc c’est que, quand tu es à pieds, tu es un harceleur et quand tu es en voiture, tu es un dragueur », s’indigne ce même passant, avant de conclure : « Je suis contre cette loi parce qu’à cause de ces punitions, il ne restera que des vieilles filles, elles ne se marieront pas et nous, nous finirons en prison ». Ce passage a été largement partagé sur les réseaux sociaux et les avis sont pour le moins partagés. Entre ceux qui sont indignés et ceux qui lui donnent raison en défendant leur droit au harcèlement, difficile de fermer les yeux sur la tendance majoritaire.
Sur le même sujet, un confrère de la ville de Tétouan a interrogé les passants. C’est désormais au tour d’une jeune femme de s’opposer à la loi. « Je suis contre. Les femmes étaient déjà dénudées avant et aujourd’hui avec cette loi elles se dénuderont encore plus pour provoquer les hommes et nous aurons encore plus de problèmes (…). Cette loi est une catastrophe, elle encourage la prostitution et la nudité. Si ces femmes sont harcelées verbalement, il n’y a rien de mal à ça. De plus, si les hommes ne parlent plus, les femmes s’habilleront comme elles voudront, et nous, il faut nous encadrer », avant de poursuivre : « Au contraire, si un homme me dit des propos blessants, ça me fera réfléchir et je m’habillerai avec plus de respect, ce qui est en ma faveur (…) ». Ce passage a lui aussi été largement partagé et les réactions, massives, sont pour le moins surprenantes. Si certains ont levé leurs boucliers pour condamner ces propos, d’autres, plus nombreux, ont salué la « franchise » de cette intervenante.

 







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