Jamal Khashoggi : Les relations entre l’Arabie Saoudite et les États-Unis risquent de se compliquer

Jamal Khashoggi : Les relations entre l’Arabie Saoudite et les États-Unis risquent de se compliquer
Source : LesInfos.ma
10/10/2018 11:50

L’affaire de la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en Turquie pourrait gravement impacter les relations diplomatiques entre Riyad et Ankara, mais aussi avec Washington, où les sénateurs commencent à remettre en cause les relations des États-Unis avec la pétromonarchie.

La disparition de l’éditorialiste du Washington Post, Jamal Khashoggi, le 2 octobre à Ankara commence à exacerber les tensions déjà existantes entre l’Arabie Saoudite et la Turquie. Alors que dimanche le président turc, Recep Tayyip Erdogan, restait sur ses gardes en déclarant attendre les résultats de l’enquête avant de s’exprimer sur l’affaire, il semblerait que le Chef d’État ait décidé de hausser le ton avec les Saoudiens. « Les responsables du consulat ne peuvent pas s'en tirer en disant qu'il a quitté le bâtiment, les autorités compétentes doivent le prouver », a-t-il déclaré lors d’une visite à Budapest. Et d’ajouter : « S'il en est parti, vous devez le prouver avec des images ! ».
L’Arabie Saoudite a fini par donner son accord, ce mardi, pour une fouille de son consulat à Istanbul par les services de sécurité turcs. « Les autorités saoudiennes ont fait savoir qu'elles étaient prêtes à coopérer et qu'une fouille pourrait avoir lieu au consulat », a indiqué le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué. « Cette fouille va avoir lieu », a-t-il promis.
Du côté de Washington, la situation semble se compliquer pour les « alliés » saoudiens. Alors que plusieurs médias, dont The Washington Post [pour lequel Jamal Khashoggi est éditorialiste, NDLR], dénoncent l’assassinat politique du journaliste, plusieurs sénateurs sont montés au créneau pour appeler à « revoir les relations avec la pétromonarchie » dans le cas où l’assassinat est prouvé.

Vers une rupture entre Riyad et Ankara ?

Au centre de toutes les attentions en Turquie, cet épineux dossier recommence à compliquer les relations diplomatiques entre Riyad et Ankara. « Cette affaire porte clairement atteinte à la souveraineté et à la sécurité turques, elle constitue une première dans notre pays, et il est probable qu’elle débouche sur une crise bien plus profonde entre Ankara et Riyad, alors que leurs relations sont déjà tendues. Tous les médias turcs sont focalisés sur la disparition de Jamal Khashoggi, et les spéculations sur les éventuelles répercussions sur les rapports entre les deux pays vont bon train », explique à nos confrères de France 24 Jawad Gok, politologue basé en Turquie. En effet, les relations entre les deux pays sont notoirement tendues et les deux pays pourraient se diriger vers une rupture de leurs relations. « Cette affaire va forcément accroître les tensions et la ligne de fracture entre la Turquie et le royaume saoudien qui se disputent le leadership sunnite dans la région, sur fond d’antagonisme au sujet des Frères musulmans, appuyés par le camp du président Erdogan, mais honnis par la monarchie Wahhabite », décrypte, auprès de France 24, Karim Sader, politologue et consultant spécialiste des pays du Golfe. « Leurs relations sont empoisonnées par plusieurs dossiers, dont celui du Qatar, devenu le protégé et l’obligé de la Turquie depuis qu’elle lui a porté secours après sa mise en ban en juin 2017 », poursuit-il. L’expert rappelle que le président Erdogan n’avait pas hésité à défier les Saoudiens dans leur pré carré du Golfe en ravitaillant le petit émirat gazier et en y installant une base militaire. « Un geste qui n’est pas prêt d’être oublié par l’émir du Qatar… ni par les Saoudiens », commente Karim Sader. « Mais paradoxalement, cette affaire bien qu’humiliante, apparaît comme du pain béni pour le président turc, qui pourra jouer les défenseurs des libertés et des dissidences, afin de redorer son blason dans un pays qui ne ménage pas ses propres opposants et journalistes. Elle va lui permettre de hausser le ton et de réaffirmer son leadership tout en sachant qu’il n’est dans l’intérêt d’aucun des deux pays de voir la situation dégénérer plus que cela », conclut l’expert.

L’agressivité de MBS ne plaît pas aux Américains

Des sénateurs, républicains comme démocrates, sont montés au créneau après avoir appris le probable assassinat de Jamal Khashoggi, qui s’était exilé aux États-Unis en 2017, lorsque Mohammed Ben Salmane (MBS) a été désigné comme prince hériter de l’Arabie Saoudite. Ils demandent à Donald Trump de revoir les relations entre Washington et Riyad dans le cas de la confirmation du décès du journaliste.
« Depuis la fameuse visite de Donald Trump en mai 2017 à Riyad, son administration a décidé de donner une sorte de carte blanche aux Saoudiens, avec lesquels elle a signé des contrats d’armement faramineux, pour les aider à restaurer leur leadership dans le monde arabe », rappelle Karim Sader à nos confrères de France 24. « Le prince héritier Mohammed Ben Salmane, qui entretient une relation personnelle avec Donald Trump et son gendre Jared Kushner, qui avaient besoin d’une caution arabe pour leur plan de paix israélo-palestinien, a saisi cette carte blanche pour l’utiliser à sa manière, notamment en musclant son pourvoir à l’intérieur avec des vagues de répressions successives visant spécialement des dissidents, des religieux et des critiques, tout en cumulant les échecs à l’étranger avec le blocus contre le Qatar, l’enlisement au Yémen et la vraie-fausse démission du Premier ministre libanais Saad Hariri ». Et pour ce spécialiste des pays du Golfe, cette affaire témoigne aussi « de la nervosité, de l’agressivité et de la brutalité des méthodes » du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane. « Un tel excès de confiance ne peut venir que du sentiment d’impunité que lui procure le blanc-seing américain. Sauf que le blocus contre le Qatar, plusieurs fois remis en cause par la diplomatie américaine, et la guerre au Yémen ne font plus l’unanimité outre-Atlantique, car un Golfe divisé et instable est contre-productif pour les États-Unis ».
L’affaire de la disparition du journaliste, qui défraye la chronique en Turquie autant qu’aux États-Unis, pourrait ainsi grandement ternir les relations entre Riyad et Washington. Alors que plusieurs voix chez l’Oncle Sam s’élèvent contre l’alliance avec les Saoudiens, si l’assassinat de Jamal Khashoggi est confirmé, Donald Trump pourrait faire face à une levée de boucliers de la part de son propre clan, des médias mais aussi de l’opinion publique qui ne goûte pas à « l’amitié » entre les deux pays. Une crise qui pourrait être la plus grande depuis l’investiture du président américain







Recherche


Les articles les plus lus

Buzz

Newsletter
Conformément à la loi 09-08, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition au traitement de vos données personnelles.
Ce traitement a été autorisé par la CNDP sous le n° D-W-343/2017

*: champ obligatoire

En poursuivant votre navigation sur notre site internet, vous acceptez que des cookies soient placés sur votre terminal. Ces cookies sont utilisés pour faciliter votre navigation, vous proposer des offres adaptées et permettre l'élaboration de statistiques. Pour obtenir plus d'informations sur les cookies, vous pouvez consulter notre Notice légale