Le feuilleton politico-judiciaire Ennakl, première entreprise étrangère cotée à Casablanca

Le feuilleton politico-judiciaire Ennakl, première entreprise étrangère cotée à Casablanca
Source : Telquel.ma
19/10/2018 10:02

Ennakl, c'est l'histoire d'une entreprise tunisienne florissante qui, sur les conseils d'Attijariwafa Bank, est entrée en bourse simultanément à Casablanca et à Tunis. Propriété du gendre du président déchu Ben Ali, Ennakl a fait les frais de la révolution tunisienne de 2011.

Distributeur officiel en Tunisie des marques Volkswagen, Volkswagen Utilitaires, Audi, Porsche, SEAT et Skoda, Ennakl Automobiles est la seule valeur à être cotée à la fois à la bourse de Casablanca, et sur une autre place boursière : celle de Tunis. Et, c’est la banque marocaine Attijari Wafa Bank qui l’a conseillée lors de son introduction.

En janvier 2018, la Cour de cassation a donné raison à un actionnaire minoritaire d’Ennakl, l’expert-comptable Abderrazak Ellaji. Celui-ci avait porté plainte en 2013 à la cour administrative de Rabat contre la décision d’exemption octroyée par l’AMMC au consortium Poulina-Parenin, pour effectuer une OPA à la bourse de Casablanca en 2012. La décision de la cour de cassation vient ainsi contredire les jugements de la cour administrative et de la cour d’appel, qui avaient débouté le plaignant. « Le tribunal a considéré un communiqué de presse comme une décision administrative susceptible de recours en annulation pour excès au pouvoir, une décision inédite au Maroc, » nous explique l’expert-comptable. L’affaire est ainsi renvoyée à la cour d’appel administrative pour obliger le consortium à effectuer l’OPA.

Pour comprendre les ressorts de l’issue de ce feuilleton polito-judiciaire, il faut revenir sur l’histoire mouvementée de cette entreprise, dans laquelle se mêlent pouvoir, politique et argent.

Attijari à la manœuvre

La Banque du Sud appartenait à l’Etat tunisien jusqu’à sa privatisation en 2005. 54 % de son capital était ainsi cédé à un consortium appelé AndaluMaghreb, lui-même détenu à hauteur de 83,8 % par Attijari Wafa Bank et 16,20 % par les Espagnols de  Santander Central Hispano.

Quelques mois plus tard, ce même consortium acquiert encore 30 % des parts de l’Etat tunisien dans la Banque du Sud. Les 16 % restants, détenus par le groupe italien Monte dei Paschi di Siena, seront finalement cédés à AndaluMaghreb à travers un montage financier opaque.

Révélé par Tuniwikiun courrier datant du 5 août 2005 met en évidence l’implication d’un proche de Ben Ali dans cette dernière opération financière. Il s’agit de Mohamed Sakhr El Materi, gendre du président tunisien déchu. Le courrier révèle qu’en l’espace de deux jours la valorisation de la participation de la banque italienne dans la Banque du Sud a chuté de 7 millions de dinars pour passer sous la barre des 19 millions de dinars.

L’opération est financée à travers un achat à effet de levier (l’acheteur s’endette auprès d’une banque pour financer son acquisition et l’emprunt est remboursé à travers les actifs de l’entreprise acquise, ndlr) et un emprunt souscrit auprès de l’Arab Tunisian Bank. Trois mois plus tard, ces actions sont revendues à AndaluMaghreb pour un montant de 9 dinars par action. El Materi a réalisé dans cette seconde opération, une plus-value de plus de 30 millions de dinars. Opération que certains qualifient de « délit d’initié »...




Recherche


Les articles les plus lus

Buzz

Newsletter
Conformément à la loi 09-08, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition au traitement de vos données personnelles.
Ce traitement a été autorisé par la CNDP sous le n° D-W-343/2017

*: champ obligatoire

En poursuivant votre navigation sur notre site internet, vous acceptez que des cookies soient placés sur votre terminal. Ces cookies sont utilisés pour faciliter votre navigation, vous proposer des offres adaptées et permettre l'élaboration de statistiques. Pour obtenir plus d'informations sur les cookies, vous pouvez consulter notre Notice légale