L'heure des comptes...

L'heure des comptes...
Source : LesInfos.ma
02/11/2018 16:05

Chers lecteurs,

J’espère que tout va pour le mieux et que la pluie vous fait du bien. Pour ma part je vais bien, même si mon corps est quelque peu perdu sur un fuseau horaire inhabituel et que mon âme flâne au-dessus d’un océan bien agité d’informations. Bref, que le bon Dieu nous vienne en aide, nous commençons à en avoir cruellement besoin.

    Lundi, le maintien de l’heure d’été en hiver (une aberration parmi d’autres dans le plus beau pays du monde) figurait parmi les sujets les plus commentés de la toile et des terrasses de cafés. Les Marocains, pris de court par un gouvernement imprévisible, étaient très en colère et l’heure était aux questions existentielles : « Qu’est ce que c’est que ce gouvernement qui nous prend par surprise et nous impose des décisions sans nous consulter ? », « Comment allons-nous gérer l’entrée des classes de nos bambins à 9 heures alors que nous devons être au boulot à 8 heures ? », « Quelles sont les raisons cachées derrière ce virage à 180°, à deux jours du passage à l’heure d’hiver ? » (…). Et à cette dernière question, la toile a fourni quelques éléments de réponse des plus pertinents (ou du moins des plus plausibles) : Renault serait derrière cette décision surprise. En effet, le constructeur automobile français perdrait beaucoup d’argent à cause du décalage horaire entre le Maroc et l’Hexagone. Du coup, Carlos Ghosn – en visite au pays le 25 octobre - aurait personnellement demandé le maintien de l’heure d’été au Maroc (en même temps, il a du fric, il peut se le permettre). Bon, l’histoire peut paraître complètement tirée par les cheveux, il n’empêche que c’est le 26 octobre – c’est à dire au lendemain de la visite du PDG de Renault – que l’annulation de l’heure d’hiver a été actée. Simple hasard du calendrier ou amère réalité ? Nous ne le saurons sans doute jamais, mais si cette théorie est avérée, cette ingérence dans notre horaire (et du peu de bien-être psychologique qui nous reste) est extrêmement grave et témoigne du « je-m’en-foutisme » (à l’égard du peuple, j’entends bien) de ceux qui nous gouvernent. Fort heureusement, notre Chef du gouvernement a assuré suivre attentivement les avis des citoyens et être bien conscient des effets de cette décision. L’hamdoullah, à défaut de respect, nous avons l’honneur de l’empathie de Saâdeddine El Othmani, nous voilà sortis d’affaire.

    Mardi, l’enquête sur le déraillement du train qui a fait 7 morts et 125 blessés à Bouknadel prenait des allures rocambolesques. En effet, les vidéos retraçant les derniers instants précédents l’accident ont tout simplement disparu ! « Ba7 ! ». Ces enregistrements auraient été effacés sans aucune raison valable et personne à l’ONCF n’a été en mesure de fournir à la gendarmerie - qui se demande légitimement si c’est « accidentel ou prémédité » - des explications convaincantes. En attendant, seul le conducteur du train est mis en cause dans cette affaire. Bien qu’il hurle son innocence, il est encore derrière les barreaux en attendant son jugement. Parions que la sentence sera exemplaire et qu’en l’absence de preuves, il endossera à lui seul l’entière responsabilité de ce drame.

    Mercredi, les fidèles alliés - et surtout fournisseurs d’armes - de l’Arabie Saoudite ont sommé la pétromonarchie de mettre un terme à la guerre au Yémen. Pour information, ce conflit dure depuis presque quatre ans, a fait plus de 10.000 morts et a plongé le pays dans la famine et des maladies moyenâgeuses. Donc, quatre ans plus tard, on a Donald Trump et sa fine équipe qui sont (enfin) montés au créneau pour dire (en gros) : « Trop c’est trop ! Maintenant, ça suffit les bêtises ! Il faut arrêter ! ». Ridicule. En fait, Jamal Khashoggi serait encore en vie, cette « prise de conscience » (puant l’hypocrisie à 10.000 kilomètres) n’aurait pas eu lieu. Mais bon, maintenant que les Al Saoud sont dans de sales draps et que les regards sont braqués sur le très controversé Mohammed Ben Salmane – un prince héritier arrogant, menant une politique internationale impulsive, dangereuse et sanguinaire -, les États-Unis, comme la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne (pour ne citer que ces quatre-là), se doivent de sauver la face et de condamner une guerre, dans laquelle ils arment eux-mêmes l’agresseur. Un sketch de très mauvais goût où l’intelligence collective est copieusement et ouvertement insultée. Mais peu importe, qu’ils prennent le monde pour plus bête qu’il ne l’est, soit, on fera semblant de les croire pourvu que cela serve à ralentir l’hémorragie (oui, « ralentir », ce n’est pas parce qu’on cesse de bombarder un pays que tout revient à la normale comme par magie. Il faudra des décennies au Yémen pour se relever). Et dire que le Maroc a participé à cette guerre ! Mon Dieu que j’ai honte ! Bref, « à quelque chose, malheur est bon », le meurtre du journaliste saoudien aura au moins « servi » à rediriger les regards vers la pire crise humanitaire de notre époque. L’hamdoullah.

    Jeudi, pendant que notre gouvernement annonçait les nouveaux horaires des écoles (ça va devenir saisonnier : les gamins rentreront à l’école à 9 heures en hiver et à 8 heures au printemps… dire que c’est « tordant » serait un violent euphémisme), nous apprenions que les avocats du conducteur du train qui a déraillé ont demandé à la Cour de convoquer notre bon vieux Rabie Lakhlie – directeur de l’ONCF de son état – et le ministre du Transport pour répondre à quelques petites interrogations. Bon, il n’est pas dit qu’ils seront incriminés pour leur responsabilité dans cet accident puisqu’il est fort probable qu’ils ne soient considérés que comme des témoins, mais c’est mieux que rien. Par contre, plusieurs responsables des entreprises privées qui sous-traitent les enregistrements vidéo et les signalisations pour l’ONCF, seront aussi convoqués pour expliquer pourquoi les enregistrements vidéo se sont volatilisés. Gageons que les audiences de tout ce petit monde seront très amusantes.

Et pour clôturer cette semaine, quoi de mieux qu’une note positive (nous en avons grandement besoin). Cette semaine, Maryam Amjoun, une marocaine âgée de 9 ans a remporté une compétition qui consistait à lire une cinquantaine de livres et à écrire leurs résumés. Notre petite compatriote a réussi à s’imposer face à 250 compétiteurs venus de plusieurs pays du monde arabe et a rempoté la coquette somme de 120.000 euros. Merci à cette enfant qui nous a tous fait rêver !

Allez, je vous laisse et vous donne rendez-vous la semaine prochaine !

 

Par Majda El Krami

 




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