Quand la justice file droit, le Maroc va de travers ?

Quand la justice file droit, le Maroc va de travers ?
Source : LesInfos.ma
14/12/2018 17:40

Chers lecteurs,

J’espère que vous allez bien malgré le retour soudain de la grisaille et de la pluie. Pour ma part je fais aller, j'observe toujours avec autant « d’amusement » l’actualité de notre contrée et celle des contrées voisines... tout en m’enfonçant davantage dans le déni. Que vous dire ? Je préfère fermer les yeux et vivre dans la quiétude, plutôt que de les ouvrir, plier bagage et partir loin. Très loin de cet interminable et ennuyeux brouhaha que mes frêles épaules ne supportent plus.

            Lundi, pendant qu’Emmanuel Macron jouait les prolongations à la télévision avec les « gilets jaunes » en annonçant, entre autres, une augmentation de cent euros du salaire minimum (et que, bien évidemment, nos amis Français n’étaient pas contents), du côté du plus beau pays du monde d’autres prolongations se jouaient chez les membres du PJD. Pour faire court, le parti de la Lampe était paniqué suite à l’arrestation de l’un de ses membres, un certain Abdelali Hamieddine, inculpé pour meurtre dans une affaire remontant à 1993. Une condamnation qui a particulièrement irrité notre bon vieux Mustapha Ramid – vous savez, le ministre d’État en charge des droits de l’Homme – qui s’est fortement énervé contre la justice marocaine dans un (trop long) post Facebook. « Un tel procédé n'honore guère notre pays et sert avant tout le nihilisme qui se donne, ainsi, la preuve d'avoir raison. Autant je suis en colère contre une telle bêtise, autant j'espère qu'une telle déviation va cesser lors de la prochaine étape judiciaire », a-t-il notamment écrit suant et tremblant (je vous laisse le soin de deviner le ton solennel de son propos). C’est… comment vous dire ? Gargantuesque ! Un retournement de veste des plus ridicules, de la part du même personnage qui défendait bec et ongles, il y a encore quelques semaines, « l’indépendance de la justice marocaine » à la clôture du procès du Hirak. Mais c’est compréhensible, l’hypocrisie est une composante indissociable de la politique et il faut croire que Monsieur Ramid ne déroge pas à la règle. Que le bon Dieu lui vienne en aide.

            Mardi, tandis que la photo d’un couple nu au sommet de l’une des pyramides égyptiennes faisait péter une durite à nos amis pharaons qui ont « naturellement » vite crié au scandale sur les réseaux sociaux (sans commentaire), du côté de l’Hexagone, un attentat a secoué la ville de Strasbourg. Un terroriste a ouvert le feu sur des inconnus, en plein marché de Noël, faisant quatre morts et plusieurs blessés, avant de prendre la fuite (non mais !). On apprendra quelques heures plus tard qu’il est « radicalisé » (sans blague), « fiché S » (que diable faisait-il dehors sans surveillance ?) et accessoirement « d’origine marocaine » (« Ouais quand l’équipe de France gagne la Coupe du Monde personne ne parle des origines des joueurs mais dès qu’il s’agit d’un terroriste, là on sort l’arbre généalogique ! », c’est bon, on a compris, pas la peine de rabâcher le même refrain !). Mais ce qui est fascinant, c’est que quelques minutes à peine après que le monde a appris la nouvelle, les complotistes étaient déjà de sortie et nous tartinaient les neurones avec leurs théories fumeuses. Selon ces illuminés du dimanche, tout ceci n’est qu’un vaste complot du gouvernement français pour faire barrage aux « gilets jaunes ». Édifiant ! Autant je peux comprendre la crise de confiance qui secoue le monde, autant je ne comprendrai jamais la capacité qu’ont certains de pondre des théories aussi farfelues en si peu de temps. Si vous, vous avez une idée, prière d’éclairer ma lanterne. Merci.

            Mercredi, alors que beaucoup d’entre nous s’imaginaient déjà accueillir la Coupe d’Afrique à la maison, vêtus du nouveau maillot des Lions de l’Atlas (d’ailleurs, 90 euros le maillot, ils sont sérieux ?) une annonce des plus inattendues est venue mettre un point final à nos fantasmes collectifs : Non, le Maroc ne présentera pas sa candidature pour accueillir la CAN et n’a jamais envisagé de le faire. Voilà. Point. Les raisons de tout ceci ? Je ne sais guère. En fait, personne ne sait étant donné que notre ministre de la Jeunesse et des Sports s’est contenté de lancer la bombe, sans aucune espèce d’explication, avant de tourner les talons. En d’autres termes, notre pays, qui nous casse littéralement les oreilles (restons polis) depuis des années en criant au monde qu’il est capable d’accueillir la Coupe du Monde (et il le dit depuis plus de vingt ans), s’est offert le luxe de refuser d’organiser la CAN alors même qu’il était le grand favori de l’instance africaine de football. Je n’y comprends strictement rien. Déjà qu’en 2015 la désillusion, sur fond d’Ebola, était terrible, alors maintenant... ! Bref, que dire de plus qu’un simple « tant pis », la prochaine fois sera peut-être la bonne ! Inchallah !

            Jeudi, la sortie très énervée de Mustapha Ramid (expliquée plus haut), a fait réagir plusieurs associations de magistrats qui accusent le ministre d’État « d’atteinte à leur indépendance », « d’ingérence » et de « jeter le discrédit sur une décision juridictionnelle ». À cet effet, la coalition des associations professionnelles de justice organisera une conférence de presse pour répondre aux délires « facebooquiens » de Mustapha Ramid. D’ailleurs ce dernier risque un mois à un an d’emprisonnement pour sa prise de position publique qui serait, selon toute vraisemblance, de nature « à faire pression sur les décisions des magistrats ». Bref, Ramid risque de bien se faire remonter les bretelles et moi, je vais renouveler mon stock de pop-corn pour suivre ses nouvelles péripéties, le sourire en coin. Ça promet !

            Aujourd’hui, vendredi oblige, l’imam « coquin » de Berkane - qui s’amusait à droguer et à violer ses clientes, en leur faisant croire qu’il exorcisait leurs « démons » alors qu’en réalité il les filmait pour leur faire du chantage  – aurait, selon plusieurs médias, avoué les faits au juge d’instruction tout en précisant « qu’il ne maîtrisait tout simplement pas la Roquia Char3iya » (pauvre bonhomme !). Son procès a été reporté au 15 janvier et l’une de ses innombrables victimes se fait lyncher de toutes parts depuis que l’affaire a éclaté sur les réseaux sociaux. Hé oui ! Le viol dans ce pays est visiblement compliqué à comprendre, alors j’aimerais – avant de conclure – apporter une petite précision : Dans une affaire de viol, le coupable est le prédateur et non la proie. Capice ? Tant mieux !

Allez, je vous laisse et vous donne rendez-vous la semaine prochaine !

Par Majda El Krami




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