Meurtre Khashoggi : Cinq peines de mort requises lors d'un procès teinté d'impartialité

Meurtre Khashoggi : Cinq peines de mort requises lors d'un procès teinté d'impartialité
Source : LesInfos.ma
04/01/2019 14:15

Le procès des meurtriers présumés de l'éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi s'est ouvert ce jeudi 3 janvier, en Arabie Saoudite. Le procureur général a formellement requis la peine de mort contre cinq suspects, tandis que de nombreuses zones d'ombre entachent cette affaire. Si les avocats sont parvenus a joué quelque peu la montre, rien n'indique que ce procès incriminera tous les responsables de ce sordide assassinat. 

Le sort en est jeté ! Trois mois après le terrible assassinat de l'éditorialiste critique envers le pouvoir de Ryad, Jamal Khashoggi, tué le 2 octobre par des agents saoudiens au consulat du royaume à Istanbul, un procès s'est ouvert jeudi devant la Cour pénale de Ryad, annonce un communiqué du procureur général publié par l'agence de presse officielle SPA. L'affaire a secoué le royaume wahhabite et l'onde de choc s'est propagée bien au-delà de ses frontières, entraînant d'importantes répercussions diplomatiques. Alors que certains responsables en Turquie et aux États-Unis ont évoqué une responsabilité directe du puissant prince héritier, Mohammed Ben Salmane (MBS), ce sont bien onze suspects – dont l'identité n'a pas été dévoilée – qui ont comparu en présence de leurs avocats, ajoute le communiqué. Le procureur général « demande la peine de mort pour cinq des accusés en raison de leur implication directe dans le meurtre », indique cette même source. Les avocats ont demandé à prendre connaissance des accusations exactes portées contre leurs clients et un délai pour les étudier. Le tribunal a accédé à leurs demandes, sans fixer de date pour la prochaine audience, pendant que l'enquête se poursuit, précise le communiqué. Quant au procureur saoudien, il a affirmé, selon la même source, que ses deux requêtes formulées aux autorités turques pour obtenir des éléments de preuve sur cette affaire sont restées sans réponse. « Ce procès suscite un immense intérêt au niveau international, mais aussi beaucoup de suspicion quant à savoir si les responsables réels du crime seront tenus de rendre des comptes », a déclaré à l'AFP H.A. Hellyer, membre associé du Royal United Services Institute (RUSI), un centre de réflexion britannique sur la défense et la sécurité.

Cette question demeure au centre de l'affaire aux relents politiques nauséabonds. La communication de Ryad autour du meurtre du journaliste a été chaotique a de nombreux égards. Après avoir un temps nié la mort du journaliste, Ryad a fini par expliquer qu'il avait été tué lors d'une « opération hors de contrôle » de l’État, supervisée par deux hauts responsables qui ont été destitués depuis. Mais Ankara a accusé les « plus hauts niveaux » de l’État saoudien. Des médias turcs et américains, ainsi que la CIA, soupçonnent le prince héritier saoudien, surnommé MBS, d'avoir lui-même commandité l'opération contre Jamal Khashoggi, rappelle l'AFP.

Une justice express

Une fois acculée, la justice saoudienne s'est livrée à un exercice express en désignant dès le 15 novembre 21 suspects et en inculpant onze personnes. Son impartialité dans cette affaire est mise en doute par des défenseurs des droits de l'Homme, dont Samah Hadid, directrice des campagnes d'Amnesty International au Moyen-Orient. « Vu le manque d'indépendance du système de justice pénale en Arabie saoudite, l'impartialité de toute enquête et de tout procès serait mise en doute », a-t-elle déclaré à l'AFP. « C'est pourquoi une enquête indépendante et dirigée par l'ONU est nécessaire sur ce meurtre », a dit Samah Hadid. Les Nations Unies et d'autres groupes de défense des droits de l'Homme ont appelé eux aussi à une enquête indépendante sur le meurtre de Khashoggi.

Dans cette même veine de justice express, les autorités saoudiennes ont annoncé le limogeage de cinq personnalités présentées comme des responsables indirects du meurtre, dès le 20 octobre. Parmi ces responsables figure le général Ahmed al-Assiri, chef adjoint du renseignement accusé, selon le procureur, d'avoir ordonné à une équipe de 15 agents de ramener de « gré ou de force » Khashoggi en Arabie Saoudite. Autre responsable destitué : Saoud al-Qahtani, conseiller à la Cour royale qui aurait joué un rôle de premier plan dans l'expédition turque. On ignore si ces anciens responsables seront ou non poursuivis par la justice, indique l'AFP.

Si les chances de voir d'autres responsables du meurtre sortir de l'ornière sont de plus en plus ténues en Arabie Saoudite, d'autres nations menacent pour leur part de jeter un pavé dans la mare. Bien que le président américain Donald Trump ait refusé de suivre les conclusions de la communauté du renseignement qui penche pour une responsabilité du prince héritier MBS, d'influents parlementaires au Congrès américain n'ont pas renoncé à l'idée de représailles contre Ryad et pourraient accentuer la pression sur Donald Trump dans les prochaines semaines.




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