Israël: des startupeurs ultra-orthodoxes et un espace de travail casher

Israël: des startupeurs ultra-orthodoxes et un espace de travail casher
Source : le360.ma
09/01/2019 10:00

Au coeur de Jérusalem, Bizmax, espace de travail partagé, ressemble à n'importe quelle start-up: open-space coloré, café gratuit et horaires flexibles. Sauf qu'ici, les étagères sont remplies de livres religieux et les entrepreneurs sont tous des juifs ultra-orthodoxes.

"L'industrie high-tech convient bien aux haredim", elle leur laisse la liberté nécessaire pour accomplir leurs obligations religieuses, explique Yitzik Crombie, kippa noire et barbe rousse, qui a fondé cet espace de travail il y a deux ans.

 

Les "haredim", ou "ceux qui craignent Dieu", représentent 10% de la population israélienne et plus d'un tiers de la population juive de Jérusalem. Les lois religieuses gouvernent tous les aspects de leur vie, du culte au code vestimentaire, en passant par les rapports entre les hommes et les femmes, l'éducation ou l'alimentation.

 

Seuls 52% des hommes ultra-orthodoxes travaillent, selon le think-tank Israel Democracy Institute. Les autres consacrent leurs journées à étudier les textes sacrés. Dans bien des cas, ce sont les femmes (73% d'entre elles travaillent) qui subviennent aux besoins du foyer, en même temps qu'elles assument les charges familiales.

 

Doucement, cependant, les moeurs évoluent. Selon Yitzik Crombie, 5.000 haredim, dont 1.500 hommes, travaillent actuellement dans le secteur des hautes technologies, un pan important de l'économie qui permet à Israël de se poser en "start-up nation".

 

Lui-même ingénieur-développeur, cet entrepreneur de 35 ans a d'abord monté sa propre entreprise. "Au moment de trouver des partenaires, je me suis retrouvé esseulé", se souvient-il. "Le secret de la +start-up nation+, c'est que tout le monde connaît tout le monde", parce qu'ils se sont rencontrés à l'armée ou dans des bars, raconte-t-il.

 

Or la plupart des ultra-orthodoxes sont exemptés de service militaire. D'où l'idée de Bizmax, qui se veut non seulement un espace de travail partagé, mais aussi un écosystème pour encourager les haredim à monter leur entreprise grâce à un réseau tissé autour des valeurs communes aux ultra-orthodoxes.

 

Ici, la nourriture est casher, internet est filtré pour bloquer les contenus contraires à la religion, et seuls les hommes peuvent louer un espace de travail. Les locaux sont ouverts 24H/24 tous les jours, sauf pendant le shabbat et les fêtes juives.

 

Bizmax, association à but non lucratif financée en partie par l'Autorité du développement de Jérusalem, dispense des conférences, met les entrepreneurs en relation avec des experts et leur propose des cours d'anglais -- nombre de haredim n'ont jamais suivi de cours de langue étrangère. Une centaine d'entrepreneurs ont rejoint le réseau.

 

Melech Wosk, 43 ans, a franchi le pas début novembre, pour être son propre patron et ne plus "vivre selon les valeurs" des autres. Avant, en tant qu'employé, "j'étais en présence de femmes qui s'habillaient de manière impudique, toutes sortes de situations qui étaient différentes de notre manière de vivre", explique-t-il, costume sombre, chapeau noir et longue barbe distinctifs des ultra-orthodoxes...




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