Tests de virginité : Quand les médecins refusent de poursuivre cette hypocrisie !

Tests de virginité : Quand les médecins refusent de poursuivre cette hypocrisie !
Source : LesInfos.ma
14/01/2019 16:00

Humour : Il y a quelques années, plus précisément trois mois après mon mariage (le détail du timing est extrêmement important), j’ai eu la « brillante » idée de passer un test de virginité chez un gynécologue très réputé pour son sérieux et sa compétence dans la capitale...

… Le but ? Découvrir ce que plusieurs femmes de notre pays – toutes classes sociales confondues, je tiens à le préciser – subissent à la demande de leur famille, de leur futur conjoint ou de leur belle-famille. Je voulais absolument me mettre dans une situation que j’imaginais humiliante - et je n’avais pas tort ! - pour mieux comprendre ceux et celles qui dénonçaient, et dénoncent encore aujourd’hui, une pratique dont la fiabilité est plus que discutable.

Le jour du « jugement » arrivé, je me suis installée dans le salon confortable de ce cabinet à la décoration plutôt sophistiquée, attendant mon tour dans un stress absolu. J’étais déjà mariée et je ne jouais évidemment pas mon « avenir marital » (et je ne suis pas de celles qui auraient accepté pareille condition de toute manière), mais je ressentais tout de même quelque chose d’assez particulier : j’allais accorder un droit d’entrée à un inconnu dans mon intimité la plus absolue et le laisser me juger sur la base de la qualité d’un bout de membrane censé révéler au monde si je suis une fille « bien » ou non.

« Parfait ! Tout va bien ! »

Une trentaine de minutes plus tard, je mentais au médecin sur le motif de ma visite. « Je vais me marier dans quelques jours et j’aimerais passer un test de virginité », expliquais-je sans trop de détails. Ni une, ni deux, le gynécologue me lançait un « alors passons à la pièce d’à côté pour voir tout ça ! », automatique, presque détaché. La pièce en question n’avait rien d’exceptionnel, un divan banal et des machines un peu partout. Pendant que je me déshabillais, le « toubib » m’expliquait que ça allait être « rapide et indolore ». Foutaises ! J’étais tellement stressée et honteuse que je n’arrivais même pas à écarter mes jambes et à la moindre tentative du médecin, qui tentait d’utiliser son « écarteur de petite taille spécialement conçu pour les filles vierges », je me tortillais de douleur. Au bout de quelques minutes, qui me paraissaient interminables tant la douleur de la crispation et l’impatience du praticien me plongeaient dans un état de honte indescriptible, le médecin se redressait et m’annonçait, tout sourire, un « Parfait ! Tout va bien ! ». Perplexe et particulièrement secouée, je me rhabillais en toute vitesse en lui emboîtant le pas. « Vous êtes vierge ! Voulez-vous un certificat ? », m’avait-il lancé en s’affalant dans son fauteuil, tout sourire et dans une conviction absolue. Choquée, je lui ai demandé s’il était sûr de son ''diagnostic''. « Non mais mademoiselle, je vous certifie que vous êtes vierge, détendez-vous, tout va bien pour vous ! ». Après un court instant de réflexion où j’hésitais entre tout lui dire quitte à le ridiculiser ou me taire, j’optais pour la seconde option. J’acceptais donc le tristement célèbre certificat de virginité, et il en avait à portée de main par dizaines d’exemplaires (juillet, c’est la haute saison des certificats de virginité, alors bon !). Quelques blagues quelque peu douteuses plus tard pour détendre l’atmosphère, le médecin comblait les blancs du document tout en notant la date et l’heure précises de ma « certification » (sait-on jamais si par malheur je perdais le fameux sésame en cours de route, entre ce moment décisif et le jour de mon mariage imaginaire), tamponnait le bas de page et me félicitait pour mon union qui sera « j’en suis sûr, heureuse ».
« Comique », n’est-ce pas ? Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu’un débat est en train de naître – ce n’est pas trop tôt ! - et il pourrait bousculer les codes et tordre le cou à des croyances moyenâgeuses et peut-être, je dis bien « peut-être », faire passer à la trappe une pratique ridicule et particulièrement humiliante propre aux pays dont l’évolution – bien qu’en cours – est plus que relative. En effet, depuis le début de l’année, des médias locaux comme étrangers rapportent que plusieurs médecins marocains ont décidé de ne plus effectuer de tests de virginité parce que jugés « trop dégradants et inefficaces ». L’hamdoullah, leur clairvoyance me laisse sans voix. Une démarche en tout cas plus que louable que l’on se doit de saluer dans un pays où un bout de ''membrane'' est l’alpha et l’oméga de l’honneur familial et de certains futurs maris qui ne jurent que par les certificats de viriginité et par le sang (oui, quand tu perds ta virginité c’est obligatoirement un bain de sang) pour asseoir leur incertaine virilité.

Aucune valeur scientifique, voire dangereux
Alors bon, nuançons d’abord les choses. Cette initiative, qui a le mérite d'ouvrir le débat, n’est malheureusement pas générale et ces fameux tests ne se font pas exclusivement en milieu médical. Certains pensent même que la vérification de la chose en introduisant deux doigts (parfois trois, ça dépend de la motivation de chacun) est plus crédible que chez un ''charlatan'' en blouse blanche. Mais, le véritable problème qui se pose à mon sens, c’est que cette pratique (qui n’a rien à envier à son frère « le seroual ») – bien qu’elle ne soit pas obligatoire et que le certificat de viriginité ne fasse pas partie des pièces à fournir pour sceller une union – ne soit pas tout simplement interdite et punie par la loi. Je ne comprends pas non plus au nom de quelle hypocrisie notre pays refuse d’éduquer sexuellement les enfants sous prétexte de ''Hchouma'' et d’arguments religieux fallacieux. Ce test est d’une violence psychologique inouïe où un tiers viole l’intimité d’une femme pour la « certifier » épousable ou non, alors même que la fiabilité de la chose est plus que contestable. Plus encore, selon l’OMS, les tests de virginité n’ont « aucune valeur scientifique et sont potentiellement dangereux », ils sont même considérés comme une « violation des droits humains des filles et des femmes » par l'organisation qui appelle plusieurs pays, dont le plus beau du monde bien entendu, à mettre un terme à cette pratique « médicalement inutile, humiliante et traumatisante ». Des recommandations que je soutiens et des arguments que je confirme compte tenu de mon expérience qui n’est pas « insolite » en soi et qui me conforte dans l’idée que l’heure du réveil et du débat musclé a enfin sonné. Aucune femme ne mérite l’humiliation, aussi médicale soit-elle, pour valider son propre honneur !




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