Sexe, humour et royalties

Sexe, humour et royalties
Source : LesInfos.ma
08/02/2019 14:00

Chers lecteurs,

J’espère que tout va pour le mieux et que le retour du soleil vous fait du bien. Me concernant, je me sens passablement bien. Je lis l’actualité avec un sentiment de déjà-vu et me réveille chaque matin avec la crainte de découvrir un énième scandale qui me plongerait dans mes éternelles questions existentielles… et il faut dire que j’ai été plutôt bien servie !

            Lundi, un vent de colère soufflait sur les réseaux sociaux. En cause, les propos d’une autoproclamée « psycoach » sur le plateau d’une émission de la chaîne « Télé Maroc » appelant carrément au meurtre des homosexuels (en citant un Hadith dont elle disait ignorer l’authenticité, cela va de soi). Ainsi, Fatiha Melloul, pour ne pas la citer, a jugé bon d’attaquer les deux invités transgenres de l’émission, les couvrant d’insultes et de théories fumeuses pour leur exprimer son « point de vue ». Un pseudo débat, violent et indigne, qui a fait couler beaucoup d’encre et a conduit la chaîne à présenter ses excuses. Des regrets qui, à mon humble avis, sont arrivés bien trop tard. La chaîne de l’illustre Rachid Niny (et est-il nécessaire de souligner mon sarcasme ?) aurait dû préparer rigoureusement son émission et se renseigner sur la qualité et les opinions de ses intervenants avant de s’attaquer à un sujet aussi sensible que complexe. Mais que voulez-vous ! Il faut croire que de nos jours, faire le buzz outrepasse les fondements mêmes de la profession et qu’un petit appel au meurtre par-ci, deux, trois insultes par-là ne sont pas si graves tant qu’on fait parler de soi et qu’on existe médiatiquement.

            Le même jour, et dans un autre registre tout aussi « glorieux », le MUR s’est attaqué au ministre de l’Éducation nationale. En effet, ce bras (cassé) idéologique du parti islamiste accuse Said Amzazi de conduire une « politique du fait accompli » en imposant le français comme langue d’enseignement des matières scientifiques. Il faut croire que les palabres de Molière n’enchantent guère l’arrière-boutique du PJD qui lui préfèrent l’arabe et l’amazigh. Ils se disent toutefois ouverts sur les langues étrangères « mais » uniquement comme langues enseignées. Personnellement, au vu des « bienfaits » de l’arabisation ces dernières décennies, je suis pour le come-back du français et tout aussi pour que le MUR se fissure, se désagrège et se brise tant qu’on y est. Amen.

            Mardi, pendant que Mustapha Ramid et Amina Maelainine nous ennuyaient avec leur guéguerre par médias interposés (« elle n’a pas le droit d’enlever son voile » dit-il, « mon voile est une affaire personnelle », répond-elle (soupir !)), un sketch raciste plongeait les Marocains dans une colère noire (et ceci n’est pas un jeu de mots, merci). Le numéro en question, joué par un candidat de l’émission « Stand up », mettait en scène un Ivoirien avec toute la panoplie de clichés racistes (accent, mendicité, violence), devant un public hilare et un jury heureux d’apprécier ce ''grand'' moment de télévision. Le tout clôturé par une scène surréaliste d’une Latefa Ahrare, actrice et accessoirement militante antiraciste à ses heures perdues, imitant l’accent subsaharien avec une nonchalance déconcertante. C’est drôle comment certains de nos compatriotes, et parfois même les plus érudits, ne savent toujours pas faire la différence entre l’humour et le racisme (sans parler de ceux qui les appellent « les Africains », comme si les Marocains vivaient sur un autre continent). Que le bon Dieu les aiguille !

            Mercredi, Gad Elmaleh se faisait encore épingler pour plagiat et je vous avoue que j’ai trouvé l’ampleur de la polémique un tantinet disproportionnée. Il est vrai qu’il a peut-être raté sa vocation de traducteur, mais moi qui ne maîtrise pas la langue de Shakespeare lui suis grandement reconnaissante et le remercie de me rendre, ainsi qu’à mes semblables, les vannes d’autrui compréhensibles. Bon, c’est un peu de la triche et ses sketchs cultes ne sont en réalité que des (bonnes, avouons-le au moins) copies, mais il a réussi son coup, c’est incontestable ! Bref, comme disait Paul Gauguin « l’art est soit une révolution, soit un plagiat ». Disons que l’heure de la révolution n’a pas encore sonné pour Gad, tout simplement.

            Le même jour, notre cher Mehdi Benatia nous jouait un sketch à l’humour bien halal. Dans une énième sortie médiatique depuis qu’il taquine la balle du Golfe, ''Al Captain'' (il n’est plus nécessaire de « romaniser » son titre, mettons-nous d’accord) nous explique avoir choisi le Qatar parce qu’il veut que ses enfants « grandissent dans une atmosphère islamique en apprenant la religion correctement ». Je vous confesse que j’ai éclaté de rire. Je plaide coupable. Honnêtement, j’avais complètement oublié que les pétromonarchies et autres émirats pétroliers avaient le monopole de ''l’Islam correct''. C’était donc ça ! Vu sous cet angle, effectivement, il faut respecter le choix de Mehdi et le laisser tranquille. Merci. 

            Jeudi, alors que Washington tentait – de manière plutôt clownesque - de renouer le dialogue avec les autorités palestiniennes en abusant de piques sur Twitter (ça s’appelle l’évolution apparemment) et que des dizaines de nos élus se faisaient épingler par la Cour des comptes pour non déclaration de leurs patrimoines (il faut les comprendre les pauvres, ils n’ont pas le temps), nous apprenions de la bouche du vénérable maire de Casablanca que la flotte des autobus ne sera renouvelée qu’en 2020. Que ceux qui pensaient que l’époque des ''poubelles'' de M’dina Bus était d’ores et déjà révolue se raisonnent : il n’en est rien. Il reste encore un an à tirer et il n’y a aucune espèce d’urgence. Bref, chacun son rythme.

            Aujourd’hui, nous apprenons – avec une incommensurable satisfaction (du moins, moi) – que le Maroc a rappelé son ambassadeur à Riyad pour « consultations » (puissent-elles durer longtemps). Dire que le torchon brûle entre les deux royaumes serait donc un euphémisme. Cela fait plusieurs mois que l’on hume le parfum de la crise diplomatique et qu’on s’impatiente d’une « pause » avec les Al Saoud, qui se sont illustrés dans leur guerre sanglante au Yémen (et nous, à leurs côtés), dans la remise en question de notre intégrité terriroriale et accessoirement dans le dépeçage d’un pauvre journaliste dont l’unique arme était son ''franc clavier''. Bref, l’Arabie Saoudite n’est (momentanément) plus notre amie… et c’est tant mieux ! À la bonne heure !

Allez, je vous salue chers lecteurs et vous donne rendez-vous la semaine prochaine !

Par Majda EL KRAMI




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