J’ai rencontré le Crocodile Dundee français

J’ai rencontré le Crocodile Dundee français
Source : Vice.com
21/02/2019 09:00

L’histoire sans accroc d’un accro aux crocos.

En 1999 mourrait Rodney Ansell, 44 ans, le vrai Crocodile Dundee. Pas celui d’Hollywood mais bel et bien l’homme qui a survécu dans la mangrove plusieurs mois, faisant face aux crocodiles et assimilant leur mode de réflexion. C’est en me rendant à une soirée qu’organisait ma future ex-copine de l’époque que j’ai fait la connaissance de son homologue français, Tom Summer (un nom qui fait rêver et qui en dit long sur le personnage). Au détour de quelques blagues sur ma ressemblance avec Lou Bega à qui l’on doit la fameuse reprise du morceau Mambo 5, j’apprend qu’il vit au Costa Rica entouré quotidiennement de crocodiles.

J’ai donc gardé son contact sur Facebook. C’est en observant cette contradiction entre les publications sur sa marque de vêtements SWAP et les vidéos de lui à, trois heures du matin, perché au-dessus d’une mangrove sous une pluie battante à imiter le cri des crocodiles, que j’ai fini par me demander qui était-il vraiment.

VICE : Comment tu t’es retrouvé à prendre des crocodiles en photo ?
Tom Summer : Je suis né en Côte d’Ivoire, j’ai été imprégné de l'environnement tropical et tout ce qui va avec. Ensuite, dès mes 7 ans, j’ai commencé à voyager un peu partout lors d'expéditions transcontinentales, avec mon père. Du coup de fil en aiguille… Quand j’étais petit je voulais être cascadeur, puis zoologiste spécialisé dans les reptiles. J’ai vite trouvé ça « limité » pour ce que j’avais réellement envie de faire. Enfin, l’idée de devenir photographe m’est venue.

« On est rentré à deux heures du matin à la ferme après avoir fait plusieurs centaines de kilomètres, avec deux alligators dans le coffre »

Les gens réagissent comment quand tu racontes ce que tu fais dans la vie ?
En général, je ne m’étale pas trop sur le type de photos que je prends, ni sur mes activités annexes. Par contre, quand ils sont curieux et creusent un peu, là ça devient drôle. Soit ils acquiescent gentiment et se disent que je m’invente une vie, soit c’est une avalanche de questions où chaque réponse amène toujours plus de questionnements. J’ai souvent le droit au fameux : « Mais t’as pas peur ??? ».

C’était quoi ton premier contact avec les crocos ?
À 14 ans, j’avais l’habitude de traîner du côté de la ferme aux crocodiles de Pierrelatte. Je prenais plein de photos. Un jour, je leur ai proposé, au culot, de leur offrir mes photos s’ils me laissaient descendre dans les fosses au plus près des bêtes. Au début, j’étais surtout calé avec les serpents mais mon intérêt pour les crocodiles grandissait de plus en plus. Un jour, la ferme a acheté deux alligators albinos de Floride, 15 000 euros pièce. Ils avaient besoin d’un connaisseur pour aller les récupérer à l’aéroport et de quelqu’un pour prendre les photos. Du coup, ils m’ont envoyé. Avec l’un des employés de la ferme, on est parti en 207 pour Francfort, plus de 8 heures de voiture. Après quelques mésententes habituelles sur les papiers des reptiles, on a pu les charger dans le coffre. Ils n’étaient pas très grands, pas plus d’un mètre de long. On est rentré à deux heures du matin à la ferme après avoir fait plusieurs centaines de kilomètre, avec deux alligators dans le coffre. On devait les relâcher dans leur marre le lendemain matin. A l’époque j’habitais à Avignon, du coup j’ai demandé au patron de rester sur place pour la nuit. J’ai dormi seul dans la ferme et j’en ai profité pour passer du temps avec les crocos, prendre quelques clichés.

Et ta dernière rencontre en date ça s’est aussi bien passé ?
Oui, c’était il y a trois semaines, au Costa Rica. Une femelle de plus de deux mètres traînait près d’un hôtel sur la plage de Tamarindo. Un spot prisé des touristes et des résidents. Elle était devenue « l’attraction locale ». Elle avait pris pour habitude de sécher ses écailles sur la plage le matin. Quelques passants, mal avisés, lui ont balancé de la bouffe à plusieurs reprise. À force, elle perdait sa peur naturelle de l’homme et associait « humain » à « nourriture ». Un après-midi, alors que je m’avançais au bord de la mangrove pour la montrer à une amie, j’apprends que la fameuse bête venait de dévorer le chien d’un autochtone... C’était le douzième en quelques mois.

« J’ai l’habitude de ces situations. Une corde, un long bambou et quelques morceaux de poulet »

Je rencontre alors le directeur de l’hôtel et lui propose de la capturer pour la délocaliser. J’ai l’habitude de ces situations. Une corde, un long bambou et quelques morceaux de poulet. Je donne quelques consignes aux personnes présentes et j’avance dans l’eau tout en « appelant » la squamate d’un cri bien spécifique. La scène est cocasse et attire du monde. Rapidement, la bête fait son apparition. Grâce au poulet, elle s’approche jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’à un mètre de moi. Mon premier essai pour lui passer la corde autour de la mâchoire supérieure est un échec et dans la précipitation elle crée une immense gerbe d’eau et repart en arrière. J’en ai vu d’autres, je ne me décourage pas. Grâce au poulet et à ce fameux son, elle revient immédiatement. Cette fois-ci, à l’aide du bambou, je parviens à passer la corde au bon endroit et tire subitement dessus pour refermer le nœud coulant. Je demande alors aux trois employés de l’hôtel de venir m’aider en tirant sur la corde et à quatre nous la sortons de l’eau...




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