8 mars … C’est la fête à la femmelette !

8 mars … C’est la fête à la femmelette !
Source : LesInfos.ma
08/03/2019 16:35

Ah ! Nous y voilà enfin ! C’est enfin notre journée ! Sautez au plafond, chères semblables du sexe dit faible, débouchez le champagne, chauffez les théières et sortez les violons ! Oui, sortez les violons, installez-vous confortablement et admirez ce festival fort ennuyeux de ceux qui veulent « nous célébrer » disent-ils, les bougres.

Installez-vous confortablement et attendez-vous à ces éblouissants feux d’artifice qui viendront incendier nos astres mal éclairés : À ces Unes de magazines, même pas féminins, qui célèbrent ces femmes – un peu trop parfaites et qui nous énervent – qui ont réussi, elles. Oui, apparemment une femme, ça réussit. Alors célébrons ! Célébrons l’exception ! Cette exception qui viendrait apparemment confirmer cette bonne vieille règle que j’aurais peut-être qualifiée de misogyne, si je n’avais pas une sainte horreur de ce mot abusé à tort et toujours, toujours de travers. Ce mot pleurnichard et sans aucune espèce d’intérêt à part celui d’exciter les esprits mal fagotés de nos compères masculins à bout de nerfs avec ces féministes « cinglé.e.s » qui n’ont de De Gouges que la Polka qu’elle danse dans sa tombe en signe de protestation. Attendez-vous aux panneaux publicitaires roses, cela va de soi, vous en conviendrez, nous invitant à nous épiler, aux opérateurs téléphoniques un peu trop vautours qui nous offrent en contrepartie d’abonnements (il y a toujours une contrepartie) des téléphones portables, pas très intelligents somme toute, mais petits et tellement mignons… comme nous voyez-vous !

Attendez-vous aux soirées organisées par ces hôtels, ces restaurants, qui nous jurent honneurs et célébrations sur les rythmes de Darbouka et autres Chikhates. Bon ! Encore faut-il en avoir les moyens, parce que se faire célébrer, ça a un prix, faut pas pousser le bouchon, du calme !

Attendez-vous aux émissions spéciales, en espérant qu’une chaîne nationale ne viendra pas (encore) nous expliquer comment nous maquiller pour masquer les coups de nos conjoints, ou comment bien enfoncer nos écouteurs – dans les oreilles, j’entends bien – pour filtrer les injures et autres invitations sexuelles des harceleurs qui pullulent dans nos rues. Croisons les doigts.

Attendez-vous aux émissions mielleuses de ceux qui – encore une fois – nous diront que « Trop c’est trop ! Il faut faire quelque chose ! Sauvons les femmes ! Sauvons les femmes-mulets ! Sauvons les petites bonnes ! Sauvons les mineures des mariages forcés ou même voulus ga3 ! Sauvons ces pauvres victimes des mâles en rut qui circulent en liberté dans nos rues ! Sauvons-les ! Elles sont aussi humaines que les hommes sapristi! ». Non mais oh ! Sapristi quoi !

Attendez-vous à ces éternels blagueurs en panne d’inspiration qui serviront l’éternelle boutade, assez révélatrice certes, du cheval qui – lui ! – est fêté toute une semaine ! Foutu animal qui a droit à plus d’honneur que toi ô femme mal née ! Je profite d’ailleurs de cette tribune pour inviter ces sombres faquins à changer de disque. Il est foutrement rayé.

Attendez-vous aux roses en plastique de l’ONCF aussi. Enfin, vous risqueriez quand même de les recevoir avec un jour ou deux de retard, mais c’est l’intention qui compte, ne soyez pas rabat-joie! Éternelles insatisfaites, d’accord, mais il y a des limites tout de même !

Attendez-vous à ce qu’on vous bassine avec cette sacro-sainte Moudawana. Cette révolution miraculeuse dans ce pays musulman et ouvert, attention, l’un n’empêchant bien évidemment pas l’autre. Bien évidemment. Soyez reconnaissantes même quand moult de ses articles vous desservent et cessez vos insupportables jérémiades. Pliez et taisez-vous de grâce !

Attendez-vous, ou même pas, à un statut Facebook de notre Ministre de la Famille, de la Solidarité, de l’Égalité, du Développement social et de mon postérieur sur la commode aussi tant qu’on y est, nous souhaitant une longue vie jonchée de belles choses mais ne nous promettant rien du tout. Une chose à la fois ! Hein ? Qu’ouïe-je ? Vous ne voyez pas de qui je parle ? Détendez-vous, vous n’êtes aucunement incultes, elle est juste du genre discret et pas très loquace. Je vous invite donc, et bien cordialement, à user et même à abuser de moteurs de recherche – en d’autres termes, la « Googler » - pour faire sa connaissance. Elle a l’air fort sympathique bien que ses rares sorties médiatiques soient pour le moins chaotiques et hasardeuses. Toutefois ne comptez guère sur moi pour émettre un quelconque avis ou jugement sur ses compétences, je n’ai pas eu le temps, ces sept dernières années, de les vérifier pour les confirmer ou les infirmer. Vous m’en excuserez.

   Bref, vous l’aurez compris, attendez-vous à l’éternel festival du néant - bien que partant d’intentions qui ont l’air, ma foi, bonnes - qui se fond dans une sombre masse en perpétuel déséquilibre.

Moi, et ce n’est pas pour incarner le cliché - pas si faux que ça - de la râleuse compulsive, je n’aime pas cette journée. En fait, j’aurais préféré que le 8 mars soit la journée des oies, des dauphins ou que sais-je encore ! Des poneys ! Oui, les poneys, c’est bien ! Mais pas la journée « de la lutte pour les droits des femmes » (oui, imprimez-le une fois pour toutes). En fait, j’aurais aimé que ça soit la journée du repos et que toutes les autres soient dédiées au combat. Oui, « le combat ». Parce qu’il faut se battre pour avoir ne serait-ce que la moitié des privilèges naturels de nos amis les hommes. Oh ! De grâce ! Cessez illico et même presto de me crever les tympans avec ces discours à base de « Oui mais bon ! Il ne faut pas rentrer dans un bras-de-fer avec les hommes, c’est contre-productif ! ». Non. Je vous rassure, je ne suis aucunement dans cette posture. Parce que déjà, malgré mon surpoids, mes gros bras ne sont qu’un amas de graisse et nullement de muscles, et que, au contraire, je crois viscéralement qu’un semblant de l’ombre d’une égalité pourrait certes venir des hommes mais surtout, oui surtout, des femmes. Des hommes qui se remettraient en question et qui se diraient qu’au final, nous ne sommes pas si mal et que nous avons le droit aussi. Nous avons le droit d’avoir les mêmes salaires qu’eux pour les mêmes postes, nous avons le droit de porter des shorts aussi courts que les leurs quand il fait chaud, nous avons le droit d’allumer nos clopes dans la rue quand l’appel malsain de la nicotine nous crève les tempes, nous avons le droit d’arpenter les avenues de notre pays dans la quiétude et le respect de nos dignités (oui, oui, nous avons nos dignités aussi), nous avons le droit à la même part d’héritage qu’eux parce que nous aussi nous travaillons, nous construisons ce pays, nous payons nos impôts et surtout, parce que les temps ont changé depuis le septième siècle et que le Jihad c’est aussi l’effort de se poser des questions logiques (Oh ça va ! Je ne déclare nullement mon apostasie ! Rangez vos claviers ! Posez-les ! Doucement… voilà ! Merci !). Et surtout, nous avons le droit de contester le concept ridicule qu’est « les hommes et les femmes ». Pour moi, il n’y a pas d’hommes ou de femmes qui tiennent. Il y a les « gens », les « humains », le « monde ». Ce distinguo est, à mon sens peut-être insensé, déjà problématique et une vraie barrière à l’égalité. L’égalité des droits humains.

Et maintenant, nonobstant ce speech très cliché sur mes attentes de nos amis les hommes, je vais vous confesser quelque chose. Quelque chose de grave, que j’ai consciencieusement exorcisé pendant plusieurs années avant de l’admettre. Mes semblables les femmes ont un sacré problème. Non, je ne généralise pas, mais si l’une se sent visée c’est qu’elle l’est certainement quelque part, ce n’est pas de ma faute. Il est évident que je ne m’aventurerai nullement dans le terrain miné et non maîtrisé par ma personne qu’est la psychanalyse, mais j’ai remarqué que la misogynie, cette terrible misogynie que j’abhorre dans mes tentatives vaines de déni, n’est pas l’exclusivité de « nos » hommes. Elle est même une caractéristique bien prononcée chez « nos » femmes. Oui, nous avons des femmes misogynes, en nombre impressionnant, qui ont une conception des rapports avec nos moitiés pour le moins biscornue. Comment ça je divague ? Non mais ! Elles sont les premières à croire très sincèrement que se faire refaire le portrait par un mâle est signe d’amour, que se faire enfermer à la maison parce que ledit homme refuse qu’elles travaillent est signe de virilité, que se faire harceler dans les rues est signe que leurs semblables – les femelles – sont forcément fautives parce que peu vêtues et donc trop provocantes pour les pulsions animales et impossibles à maîtriser de ces pauvres créatures sans jugeote (selon leur raisonnement, moi, je n’ai rien dit), que se faire violer est de la responsabilité des victimes qui ont osé s’habiller ainsi, aller ici et boire là-bas, que demander la même part d’héritage que son frère est une insulte à la religion sacrée, que réclamer un droit acquis des hommes est une offense à leurs valeurs ternies par des traditions ancestrales (…). Elles sont aussi les premières à monter au créneau dès que notre pays, quand il est d’humeur taquine sans doute, nous fait espérer un droit ou un autre qui serait soi-disant contraire à notre identité. « Non ! Ce n’est pas normal ! Nous vivons très bien au Maroc ! Ces féministes n’ont qu’à aller se faire voir en Occident ! Ici, nous sommes dans un pays musulman ! Personne n’a le droit d’importer les idéologies de ces kouffars chez nous ! Point ! ». Et ce, même quand ça leur est profitable en premier lieu ! C’est à en perdre son dialecte. Dans leur inconscient ou subconscient, au choix, pour elles, être femme c’est être soumise, asservie et surtout toujours coupable. Oui, être femme c’est être coupable par définition. Réfléchissez un instant. C’est fait ? Arrêtons-nous là alors.

   Bref, cette journée me fout le cafard. Elle est ennuyeuse à se taillader les veines. Tout ce rose, ces « petits trucs » mignons, ces clins d’œil de nos amis mâles qui d’un coup de coude nous lancent « Alors ? Heureuse ? C’est ta journée ! Je te prépare un jus ? », ces articles de presse, cette hypocrisie, ces meufs avec leurs bouquets de fleurs et leurs boites de chocolat, ces blagues ! Ya latif ! Changez de disque ! Je ne suis pas une femme, je suis un être humain et aujourd’hui je revendique le droit de rester cloîtrée chez moi, sous ma couette, à marmonner toutes les insanités qui traversent mon esprit mal luné. Aujourd’hui je suis « maître Hibou », celui de Bambi. Je suis ce vieux rapace qui se casse en agitant nerveusement ses ailes quand la saison des amours vient lui enfumer l’existence du haut de son arbre sacré. Je m’en vais donc de ce pas me percher sur un autre arbre et regarder ce monde célébrer les femmelettes sans une once de 7chouma.

Allez ! Salut !

Par Majda El Krami




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