Sportivement, l’essentiel est acquis. L’Algérie a validé son billet pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, mardi à Rabat, grâce à un but tardif d’Adil Boulbina. Une délivrance à la 119e minute, au bout d’une prolongation tendue face à une RD Congo courageuse.
Le scénario avait tout pour rester dans les mémoires. Il en restera autre chose. Un goût amer, né loin du jeu, dans ces instants où la victoire révèle autant qu’elle expose.
Quand le jeu s’efface
La RDC sort la tête haute. L’Algérie avance, non sans souffrir. Jusque-là, rien que le football. Puis viennent les gestes. Ceux qui n’ajoutent rien au score, mais beaucoup au malaise. Dans ces moments de bascule émotionnelle, la ligne est fine entre exultation et excès. Elle a été franchie.
Une scène, filmée, a cristallisé les critiques. Mohamed Amoura s’est dirigé vers un supporter congolais bien connu du public, surnommé « Lumumba ». Une figure devenue symbole pacifique dans les tribunes, en référence à Patrice Lumumba. L’imitation moqueuse, suivie d’une chute théâtrale, a fait le tour des réseaux. Face à lui, un homme en larmes. Une élimination, puis une humiliation.
Ce n’était plus du chambrage. C’était un manque de retenue. Et le football, à cet instant, a reculé.
Les mots qui restent
Autre séquence, autre trouble. Baghdad Bounedjah s’adresse aux tribunes. Des propos crus, captés par les caméras. Leur interprétation, largement partagée, a ravivé de vieilles tensions. Dans un tournoi organisé au Maroc, où l’accueil réservé aux délégations algériennes a été salué de toutes parts, ces mots ont résonné de façon discordante.
Ils contrastent avec les gestes de soutien observés dans les tribunes, où de nombreux Marocains ont encouragé les Fennecs au nom d’une fraternité revendiquée, souvent résumée par une expression devenue populaire : « Khawa Khawa ».
Une mémoire qui ne s’efface pas
Ces dérapages ne surgissent pas dans le vide. Ils réveillent des souvenirs encore vifs. Impossible d’ignorer l’épisode du CHAN 2022, lors de la cérémonie d’ouverture à Alger. Des chants racistes avaient alors retenti dans un stade plein, sous les regards du monde du football. Le sport africain en était sorti abîmé.
Depuis, les discours se répètent. Et l’impression demeure que, trop souvent, le football est chargé de régler d’autres comptes.
Le contraste marocain
Pendant ce temps, l’édition marocaine de la CAN déroule. Organisation saluée, infrastructures modernes, logistique fluide. Les témoignages de supporters algériens présents sur place abondent dans ce sens. Le vécu tranche avec certains récits relayés à distance, qui peinent à masquer une réalité visible dans les stades.
Le contraste est là. Entre ce que le tournoi montre et ce que certains refusent de voir.
Gagner ne suffit pas
Ce quart de finale aurait pu rester un simple fait sportif. Il restera comme un révélateur. Celui d’un rapport à la victoire où l’excès prend parfois le pas sur l’exemplarité. Gagner est un droit. Célébrer aussi. Mais provoquer, humilier ou insulter n’a jamais grandi le football.
À Rabat, l’Algérie s’est qualifiée. Le jeu, lui, attend encore que tous ceux qui le servent soient à la hauteur de ce qu’il représente.


