Les coupures d’eau et d’électricité qui rythment le quotidien des Tunisiens depuis le début de l’été prennent désormais une tournure politique. Kaïs Saïed affirme que certaines de ces interruptions ne relèveraient pas de simples défaillances techniques, mais d’« actes prémédités » destinés, selon lui, à attiser les tensions.
Le président tunisien s’est exprimé à l’issue d’une réunion au palais de Carthage avec la cheffe du gouvernement, plusieurs ministres ainsi que les dirigeants de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) et de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede).
Selon la présidence tunisienne, Kaïs Saïed estime que les enquêtes menées sur plusieurs coupures auraient montré qu’elles ne résultaient pas toutes de « pannes ordinaires ». Il accuse leurs auteurs présumés de vouloir semer la confusion, propager des rumeurs et compliquer l’accès des citoyens aux services essentiels.
Des délestages en pleine canicule
Ces déclarations interviennent alors que la Tunisie traverse un été marqué par des températures particulièrement élevées. Après un mois de juillet caniculaire, le thermomètre a de nouveau approché les 50°C dans certaines régions à la fin du mois d’août, faisant bondir la consommation d’électricité et d’eau.
Face à la pression sur le réseau, la Steg a multiplié les avis de délestage dans plusieurs régions du pays, y compris dans le Grand Tunis. Ces coupures tournantes visent à préserver l’équilibre entre la production disponible et une demande fortement sollicitée par la chaleur.
Les interruptions d’électricité ont également des répercussions sur l’approvisionnement en eau, une partie du réseau nécessitant des systèmes de pompage électriques. Dans certaines zones, les coupures peuvent ainsi se cumuler et durer plusieurs heures.
L’eau minérale devient difficile à trouver
La crise touche également les circuits de distribution. La production et l’approvisionnement en bouteilles d’eau minérale ont été perturbés par les coupures de courant, auxquels s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement en emballages plastiques.
Dans plusieurs commerces, l’eau en bouteille est devenue plus difficile à trouver. Certains supermarchés ont instauré des limitations sur les quantités achetées afin d’éviter les ruptures de stock, accentuant l’inquiétude des consommateurs.
Kaïs Saïed affirme, pour sa part, que « les ennemis de la patrie » et leurs soutiens seraient désormais identifiés, tout en assurant que leurs supposées tentatives de déstabilisation échoueront si le pays reste uni.
Une crise qui nourrit la colère sociale
Au-delà des accusations présidentielles, les coupures répétées suscitent un mécontentement croissant. Des manifestations ont été organisées ces dernières semaines pour dénoncer les pénuries d’eau potable et les interruptions de courant, alors que plusieurs voix mettent également en avant les difficultés structurelles rencontrées par les réseaux publics.
La crise intervient dans un contexte politique déjà tendu. Depuis juillet 2021, Kaïs Saïed a profondément renforcé les pouvoirs de la présidence, tandis que plusieurs organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains dénoncent un recul des libertés et des poursuites contre des opposants, journalistes, avocats et militants.
Pour l’heure, les affirmations du chef de l’État sur l’existence d’actes prémédités restent présentées comme les conclusions d’enquêtes évoquées par la présidence. La question des causes exactes des coupures reste néanmoins au centre du débat, entre pression liée à la chaleur, fragilités des infrastructures et accusations de sabotage avancées par le pouvoir.


