Les urnes viennent de s’ouvrir au Maroc. Dans les bureaux de vote, les premiers citoyens accomplissent leur devoir électoral. Dans la rue, pourtant, une autre réalité saute aux yeux. La campagne s’est achevée, mais ses déchets sont toujours là.
Sur les trottoirs et les chaussées s’accumulent tracts, prospectus et feuilles imprimées à la hâte. Distribués pour promouvoir un candidat, défendre un programme ou afficher les couleurs d’un parti, ces documents n’auront parfois été utiles que quelques secondes. Sitôt remis, sitôt jetés. Le message politique termine alors sa course au sol.
Ce gaspillage a un coût. Il mobilise du papier, de l’encre, des moyens financiers et des équipes de distribution pour un résultat souvent dérisoire. À cela s’ajoute une facture environnementale que les formations politiques ne peuvent plus ignorer.
Pendant que les électeurs glissent leur bulletin dans l’urne, les agents de propreté ramassent les vestiges de plusieurs jours de campagne. Leur charge de travail augmente. Certains tracts, détrempés, piétinés ou collés au bitume, résistent au balayage. Les slogans disparaissent, mais les déchets restent.
L’image est fâcheuse. Une campagne électorale devrait incarner le sens des responsabilités et le respect du bien commun. Elle ne peut pas se réduire à une compétition d’affiches, de prospectus et de papiers distribués sans contrôle. Demander la confiance des citoyens tout en laissant derrière soi des rues souillées relève d’une contradiction difficile à défendre.
Le paradoxe est d’autant plus visible que la protection de l’environnement figure désormais dans de nombreux programmes. Les engagements écologiques perdent pourtant leur portée lorsque les pratiques de terrain racontent l’inverse. La crédibilité politique se mesure aussi à cette cohérence entre les promesses et les actes.
Des solutions existent. Les réseaux sociaux, les vidéos, les plateformes d’information et les rencontres de proximité permettent de présenter des idées sans saturer l’espace public de papier. Le numérique ne remplacera pas entièrement le contact direct, mais il peut limiter les impressions inutiles et rendre les campagnes plus sobres.
Les partis doivent également encadrer leurs équipes. Distribuer un tract implique de veiller à son devenir. Chaque formation devrait organiser le ramassage de ses supports, sensibiliser ses militants et assumer la remise en état des lieux occupés pendant la campagne.
Au matin du vote, ces feuilles éparpillées livrent une leçon simple. La responsabilité politique ne commence pas après la proclamation des résultats. Elle s’exerce avant même le scrutin, dans les gestes ordinaires, le respect des rues et la considération due à celles et ceux qui les nettoient. Avant de prétendre gérer la cité, encore faut-il apprendre à ne pas la salir.


