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La technologie à la rescousse des victimes d’AVC : Un neuroradiologue interventionniste répond

Par Map -le

La technologie à la rescousse des victimes d’AVC : Un neuroradiologue interventionniste répond

Les Accidents vasculaires cérébraux (AVC), aussi appelés attaques cérébrales ou anciennement apoplexie, sont une urgence médicale et un problème de santé publique au Maroc comme partout ailleurs. Ils sont la deuxième cause de mortalité dans le monde après le cancer, la première cause de handicap acquis chez l'adulte et la deuxième cause de démence après l’Alzheimer.

Pour une meilleure guérison des AVC, les scientifiques ont mis à l'épreuve les progrès technologiques en optant pour la neuroradiologie interventionniste, très récemment introduite dans la prise en charge des attaques cérébrales. Il s'agit d'une technique moins invasive et plus légère que la chirurgie classique, qui a recours à l’imagerie guidée pour atteindre la zone de traitement.

Dans une interview accordée à la MAP, le neuroradiologue interventionniste Abdeljalil El Quessar, responsable de la radiologie interventionnelle à l'hôpital universitaire international Cheikh Zaid à Rabat, explique les avantages et les bienfaits de cette technique par rapport à la chirurgie classique, tout en évoquant les raisons du recours peu fréquent à cette technique au Maroc.

La radiologie interventionnelle, qui fait recours à une haute technologie, est d’usage fréquent pour le traitement de plusieurs organes, mais elle est récente dans la prise en charge des attaques cérébrales. C’est à cause de la complexité de l'acte ?

Effectivement, la prise en charge des attaques cérébrales est assez récente. Elle est intiment liée au développement de la technologie dans le domaine de radiologie avec le développement des équipements et des salles où sont réalisées les actes permettant une qualité impeccable de l’image avec des vues tridimensionnelles, des précisions des mesures inframillimétriques et ceci avec une réduction très importante des doses d’irradiation. D’un autre côté, le développement du matériel utilisé pour naviguer dans les vaisseaux intracrâniens les plus fins ou les plus tortueux permettent les traitements les plus compliqués des anomalies vasculaires intracrâniennes.

A partir d’études randomisées, le traitement par radiologie interventionnelle a pris le dessus sur la chirurgie pour le traitement des anévrysmes intracrâniens responsables des hémorragies méningées à cause du risque inférieur de la morbi-mortalité (mortalité due aux complications opératoires). En ce qui concerne les AVC ischémiques, c’est à partir de 2015 que les études ont démontré l’efficacité incontestable de la thrombectomie (extraction du caillot sanguin), en complément ou en remplacement de la thrombolyse (perfusion d’un médicament dans une veine de l’avant-bras en général pour dissoudre le caillot sanguin) quand celle-ci est contre-indiquée.

La radiologie interventionnelle s'impose désormais comme le traitement incontournable des attaques cérébrales, pour les deux cas d’ischémie et d’hémorragie. Mais pourquoi au Maroc la chirurgie traditionnelle est-elle toujours dominante ?

L'AVC est un problème de santé publique dans le monde et au Maroc. On distingue deux types d'AVC: l'ischémique et l'hémorragique. Pour le premier qui représente environ 80% des AVC, il est pris en charge par le neurologue et le neuroradiologue dans la phase très précoce (six premières heures) pour extraire le caillot de sang responsable de l'interruption de l'irrigation du cerveau.

En ce qui concerne l'AVC hémorragique, il s'agit d'un saignement dans le parenchyme du cerveau ou les espaces qui l'entourent. On parle d'hémorragie méningée. C'est une urgence vitale et qui survient dans 80% des cas à la suite de la rupture d'un anévrysme. Toutes les études ont démontré la supériorité du traitement par radiologie interventionnelle qui est plus efficace et moins risqué qu'un traitement classique par chirurgie.

Malheureusement, le traitement endovasculaire par radiologie interventionnelle reste limité par le coût du matériel utilisé et du geste en lui même non ou très peu remboursé par la plupart des organismes. Et pourtant, même si dans l'immédiat le coût de la radiologie interventionnelle est supérieur à celui de la chirurgie, il devient moins élevé au bout de quelques semaines si on prend en compte la durée d'hospitalisation surtout en réanimation, la rééducation et la durée d'arrêt du travail.


En quoi consiste en fait la radiologie interventionnelle et en quoi elle diffère de la chirurgie classique ?

La neuroradiologie interventionnelle consiste en une intervention minimaliste pour occlure un vaisseau qui saigne, déboucher ou dilater un vaisseau occlus ou serré, faire une biopsie (prélèvement) d’un organe profond, brûler une tumeur par différents moyens physiques (radiofréquence, ultrasons, cryothérapie…) ou chimiques, traiter certaines tumeurs par chimio-embolisation qui consiste en une injection directe des médicaments de la chimiothérapie dans l’organe cible…. En résumé, c’est un geste guidé par un moyen d’imagerie pour faire un prélèvement ou un traitement avec un abord très minime, souvent pour éviter une anesthésie générale, réduisant le temps d’hospitalisation et les risques liés aux gestes lourds.

Le traitement par neuroradiologie interventionnelle, en cas d’attaque cérébrale, est de loin très efficace que l’intervention lourde, mais il n’est pas accessible à tous au Maroc. Question de compétences et d’équipements ?

Vous évoquez ici un problème très épineux de compétences à l’échelle nationale. Les neuroradiologues interventionnistes sont comptés sur les doigts d’une main au Maroc. En plus, pour exercer il faut des structures dotées d’un bon équipement dédié à ce type d’interventions, d'un stock en dispositifs médicaux nécessaires aux différents gestes et d'un personnel rompu à ce type d’interventions.

Pour se spécialiser en neuroradiologie interventionnelle, il faut faire un tronc commun de radiologie générale, se spécialiser en neuroradiologie diagnostique puis en neuroradiologie interventionnelle. C'est un long cursus avec des formations théoriques diplômantes et des stages dans des services spécialisés d'une durée d'au moins deux ans pour devenir interventionniste.

Qu’en-est-il du remboursement du traitement des AVC à la radiologie interventionnelle ?

Malheureusement le remboursement par beaucoup d’organismes ne suit pas, ce qui limite énormément le développement de cette technique et entrave quotidiennement la prise en charge de nombreux patients qui ne peuvent pas se permettre le coût élevé des interventions, les exposant ainsi à des risques très élevés de mortalité ou de handicap permanent.


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