L’étude repose sur l’analyse minutieuse d’une plaque rocheuse contenant 12 empreintes conservées dans des couches géologiques anciennes. Grâce à des techniques d’imagerie et d’analyse modernes, les chercheurs ont pu en extraire des données morphologiques détaillées, révélant des caractéristiques inédites.
Dirigée par le chercheur Omar Aït Hadou, l’équipe a souligné l’importance majeure de cette découverte. Selon lui, il s’agit des premières traces documentées d’un reptile de type lacertoïde datant du Jurassique sur le continent du Gondwana, qui englobait notamment l’Afrique. Les empreintes ont été transférées à la Faculté des Sciences Dhar El Mahraz de Fès pour des analyses approfondies.
Les traces révélées montrent une empreinte de main complète et bien conservée, avec cinq doigts et un mode de déplacement en appui total. Le quatrième doigt, plus long que les autres, correspond aux caractéristiques des reptiles lacertoïdes, proches des lézards actuels. L’animal à l’origine de ces empreintes était de petite taille, chaque trace mesurant environ deux centimètres.
Cette découverte revêt une portée scientifique importante : elle constitue la troisième preuve mondiale de ce type de reptiles au Jurassique, après des cas identifiés aux États-Unis et en Espagne, et surtout la première sur le continent du Gondwana. Elle permet également de mieux comprendre la répartition géographique ancienne de ces espèces le long de la mer de Téthys, entre le nord de l’Afrique et la péninsule Ibérique.
Sur le plan paléontologique, les résultats confirment que la région du Haut Atlas abritait, durant le Jurassique, un écosystème riche et diversifié. Milieux humides, plaines alluviales, petits reptiles, dinosaures, invertébrés et espèces semi-aquatiques coexistaient dans un environnement complexe et dynamique.
Les chercheurs évoquent également de possibles interactions écologiques, notamment des relations de prédation entre dinosaures carnivores et petits reptiles, suggérant l’existence de chaînes alimentaires déjà structurées à cette époque.
Les travaux menés dans la région d’Amsemrir, où d’autres traces de dinosaures et de crocodiles avaient déjà été découvertes, se sont poursuivis pendant plusieurs mois. Les formations dites des « couches rouges » du Haut Atlas apparaissent ainsi comme un site fossilifère majeur. Les chercheurs appellent désormais à intensifier les fouilles dans des zones similaires, notamment Imilchil, Midelt et Demnate, afin de mieux reconstituer l’histoire de la vie au Maroc durant le Jurassique.


