Logo

Soutien au Maroc : l’urée, nouveau front du bras de fer entre Alger et Paris

Par Lesinfos -le

Soutien au Maroc : l’urée, nouveau front du bras de fer entre Alger et Paris
Le contentieux entre Alger et Paris gagne le terrain des engrais. Selon plusieurs sources diplomatiques et professionnelles, l’Algérie aurait demandé à ses producteurs de suspendre les livraisons d’urée vers la France, qui dépend du pays pour près de 30 % de ses importations de ce fertilisant.

Le bras de fer franco-algérien prend une nouvelle dimension. Après les restrictions qui touchent déjà plusieurs produits français, Alger aurait décidé de resserrer davantage l’étau commercial en ciblant cette fois les exportations d’urée, un engrais azoté largement utilisé par l’agriculture française.

 

Selon des informations rapportées par Reuters auprès de diplomates et de professionnels du secteur, les autorités algériennes auraient donné des instructions aux producteurs nationaux afin de suspendre leurs expéditions vers la France. Aucune décision officielle n’a toutefois été publiée à ce stade, laissant planer une incertitude sur l’ampleur et la durée réelles de la mesure.

 

Le Sahara au cœur de la crise franco-algérienne

 

Cette nouvelle tension intervient dans une relation bilatérale dégradée depuis l’été 2024. Le 30 juillet de cette année-là, Emmanuel Macron avait officiellement affirmé que, pour la France, « le présent et l’avenir » du Sahara s’inscrivaient dans le cadre de la souveraineté marocaine.

 

Paris avait également consacré le plan d’autonomie proposé par Rabat en 2007 comme la seule base permettant d’aboutir à une solution politique juste, durable et négociée. Une inflexion diplomatique majeure, favorable à la position marocaine, qui avait immédiatement suscité la colère d’Alger.

 

Les tentatives de rapprochement engagées par la suite n’ont pas permis de normaliser durablement les relations. Deux ans plus tard, le différend déborde largement du terrain diplomatique et affecte désormais les échanges commerciaux entre les deux pays.

 

Près de 30 % des importations françaises d’urée en jeu

 

Le dossier est particulièrement sensible pour l’agriculture française. L’Association française des fabricants et importateurs d’engrais (Afcome) et l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) estiment que l’Algérie représente près de 30 % des importations françaises d’urée.

 

Une interruption prolongée de ces volumes obligerait les importateurs à trouver rapidement d’autres fournisseurs, dans un marché déjà soumis à de fortes tensions. Les agriculteurs français préparent actuellement leurs achats de fertilisants pour les cultures du printemps 2027, ce qui rend le calendrier particulièrement délicat.

 

La hausse des prix du gaz, principale matière première utilisée dans la production d’engrais azotés, ajoute une pression supplémentaire. Les perturbations internationales sur les circuits d’approvisionnement en fertilisants compliquent également la recherche de solutions de remplacement à court terme.

 

Des restrictions plus larges sur les produits français

 

Le contentieux ne se limiterait pas aux engrais. Six diplomates français et européens cités par Reuters font état d’un dispositif instauré à la fin du mois de juillet qui bloquerait l’entrée d’une très grande partie des marchandises françaises sur le marché algérien.

 

Là encore, aucune mesure publique n’aurait formalisé cette politique. Des sources diplomatiques affirment pourtant que les restrictions sont déjà appliquées sur le terrain, tandis qu’Alger aurait contesté l’existence même de telles consignes lors de discussions avec des responsables français.

 

Ce fonctionnement rappelle le précédent du blé français. Les achats algériens avaient fortement reculé, puis quasiment disparu, après la détérioration des relations politiques entre les deux pays.

 

Paris saisit ses partenaires européens

 

Du côté français, le ministère des Affaires étrangères indique n’avoir reçu aucune notification officielle concernant une suspension des livraisons d’urée. Paris souligne également que les questions commerciales avec l’Algérie relèvent du cadre européen.

 

La France a donc porté le dossier auprès de ses partenaires de l’Union européenne. Les obstacles rencontrés par les exportateurs français ont notamment été évoqués lors d’échanges européens en octobre, alors que les mesures rapportées semblent viser spécifiquement les entreprises françaises plutôt que l’ensemble des fournisseurs du continent.

 

Cette situation pose la question du respect de l’accord d’association qui lie l’Algérie à l’Union européenne. Elle pourrait ouvrir un nouveau front entre Alger et Bruxelles si les restrictions venaient à être confirmées et considérées comme discriminatoires.

 

Les échanges bilatéraux déjà en recul

 

La détérioration politique se lit désormais dans les statistiques commerciales. En 2025, les exportations françaises vers l’Algérie ont reculé d’environ 12 %, pour s’établir à 4,2 milliards d’euros. La tendance s’est poursuivie durant les huit premiers mois de 2026, avec une nouvelle contraction de 12 % sur un an.

 

Le mouvement touche également les ventes algériennes vers la France, principalement composées d’hydrocarbures. Leur valeur avait baissé de 18 % en 2025, à 5,1 milliards d’euros, avant de reculer encore de 11 % entre janvier et août 2026.

 

Les tensions entre Alger et certains pays soutenant la position marocaine sur le Sahara se sont par ailleurs multipliées. En septembre, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, dans un contexte de désaccords régionaux plus larges, parmi lesquels figure également la question du Sahara.

 

Une menace encore difficile à mesurer

 

Pour les professionnels français des engrais, la prudence reste néanmoins de mise. L’Afcome souligne qu’il est encore trop tôt pour conclure à un arrêt effectif et durable des expéditions algériennes. Les variations de volumes peuvent également s’expliquer par les prix internationaux, les contrats commerciaux ou les conditions de marché.

 

Le risque n’en est pas moins surveillé de près. Si les livraisons venaient réellement à s’interrompre, les agriculteurs français pourraient subir une nouvelle hausse du coût des intrants, au moment même où ils préparent la prochaine campagne.

 

Au-delà de l’urée, cet épisode illustre surtout l’enracinement de la crise franco-algérienne. Deux ans après le tournant diplomatique de Paris sur le Sahara, les désaccords politiques se traduisent de plus en plus directement dans les relations économiques entre les deux pays.


Logo

Qui Sommes Nous ?

Lesinfos.ma , 10 ans d'actualités respectant les normes légales marocaines. Infos continues, alertes quotidiennes, et newsletter. Expérience éditoriale légitime et innovante en communication ciblée et marketing numérique.

2026 © LESINFOS.MA